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Comment la cigarette électronique peut endommager nos cellules immunitaires

Selon une étude publiée par le journal Thorax, vapoter pourrait nuire à nos cellules immunitaires.

Fumer tue

Publié le
Comment la cigarette électronique peut endommager nos cellules immunitaires

 Crédit Tolga AKMEN / AFP

Atlantico : Selon une étude publiée par le Journal Thorax, réalisée par le professeur David Thickett de l'Université de Birmingham, vapoter ne serait pas sans risques, et entraînerait notamment des risques concernant nos cellules immunitaires. Concrètement, que sait-on des risques induits par les cigarettes électroniques, quels sont les apports de cette nouvelle étude ?

Stéphane Gayet : tout ne peut pas être mauvais dans une cigarette classique.

 

La "vraie" fumée de tabac (cigarette classique) : un cocktail des plus dangereux

 
La fumée de tabac est surtout constituée de substances nocives.
La fumée de cigarette est un mélange de gaz et de particules qui contient de l'ordre de 4000 substances, dont plus de 40 sont cancérigènes. Il y a une différence énorme entre ce qui se trouve dans une cigarette (froide) et ce que l'on inhale en la fumant (cette transformation phénoménale du tabac par la combustion est à l'origine de la grande nocivité de sa fumée). Il ne faut donc pas se laisser abuser par la composition chimique des cigarettes ou tabacs. Le mot goudron ne correspond pas à une famille chimique, mais à un ensemble complexe et très hétérogène de substances visqueuses (noirâtres ou brun foncé) produites par la combustion du tabac. La suie formée dans une cheminée où l'on brûle du bois évoque les goudrons de fumée. Ils sont le principal groupe de substances responsables des cancers liés au tabagisme. On y trouve un nombre considérable de molécules (notamment de nombreux hydrocarbures, comme le benzène et le benzopyrène). Parmi les produits les plus nocifs de la fumée, il y a aussi des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxydes d’azote, acide cyanhydrique, ammoniac), ainsi que certains métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome). Le monoxyde de carbone (CO) est un poison pour les globules rouges : il bloque leur hémoglobine qui devient donc indisponible pour transporter l’oxygène. Par ailleurs, diverses autres substances irritantes sont libérées dans la fumée de cigarette : acétone, aldéhydes (formaldéhyde plus connu sous le nom de formol ; acétaldéhyde, acroléine) et phénols (hydroquinone, crésols, résorcinol). Associées aux goudrons, ces substances favorisent l’inflammation des bronches et la toux.
 

La nicotine, oubliée de la liste précédente : un alcaloïde intéressant, mais toxique

 
En revanche, la nicotine, l'oubliée de la liste précédente, est intéressante. C'est un alcaloïde (substance végétale - généralement basique - contenant du carbone, de l'hydrogène, un ou plusieurs atomes d'azote et souvent un autre élément comme l'oxygène). Elle est incolore, liquide, huileuse et très soluble dans l'eau. Comme beaucoup d'alcaloïdes, c'est un produit très actif. La nicotine n'est pas le seul alcaloïde du tabac, mais elle représente 90 à 95 % du contenu en alcaloïdes du tabac. Elle est présente dans d'autres végétaux, dont des légumes de consommation courante. Elle a de nombreuses propriétés. C'est un insecticide, mais elle n'est presque plus employée comme tel aujourd'hui. Dans le corps humain, ses effets sont indissociables de ceux de la cotinine, son principal dérivé métabolique. La nicotine - et son dérivé la cotinine - est avant tout un produit psychoactif : elle agit sur le cerveau. Elle donne une sensation de plaisir (bien-être), procure une détente (effet anti-stress) et une réduction de l'anxiété (effet anxiolytique) ; elle a également un effet antidépresseur (rehaussement de l'humeur, c'est un effet euphorisant). Elle est encore douée d'un effet coupe-faim. Mais l'un de ses effets sans doute les plus intéressants et recherchés est son effet psychostimulant : la nicotine active l'idéation et accroît les performances intellectuelles. Au cours des grandes années du tabagisme en Europe de l'Ouest et aux États-Unis d'Amérique (du tout début des années 1950 au début des années 1980), le tabagisme quotidien était pratiquement la règle dans les milieux intellectuels et artistiques, souvent en association avec la caféine (un autre alcaloïde qui se trouve dans le café, le thé, le guarana et la kola). Cependant, la nicotine - et son dérivé - est également un produit toxique, tant pour l'appareil cardiovasculaire que pour l'appareil respiratoire. En outre, c'est elle qui est responsable de la dépendance à la fumée de tabac, ce qui confirme le fort impact psychique de cette substance.
 

Obtenir les effets recherchés de la nicotine sans la toxicité de la fumée : l'e-cigarette

 
Inventée en Chine par Hon Lik en 2006, la cigarette électronique s'est développée de façon spectaculaire. En France, on estime à bien plus d'un million le nombre d’utilisateurs que l'on appelle des "vapoteurs" (en fait, ce n'est pas une vapeur – gaz, toujours invisible -, mais un aérosol). Le principe est de générer par un chauffage doux (environ 60 °C) un aérosol plus ou moins riche en nicotine. Contrairement à la cigarette classique où la température du foyer peut dépasser les 700 degrés, il ne s'agit pas ici d'une combustion. La cigarette électronique associe l'oralité, la gestuelle rituelle, la sociabilité, la production emblématique d'une sorte de fumée, ainsi que surtout l'apport de nicotine, et sans l'ensemble des effets irritants, toxiques et cancérigènes de la fumée de tabac. C'est une invention géniale, il faut le reconnaître.
 
 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 16/08/2018 - 11:10 - Signaler un abus Moins de cancers, plus de dépendances

    En résumé, la cigarette électronique est une autre pipe à nicotine (drogue anxiolytique), moins toxique que le tabac mais qui reste néfaste à la santé. Dans peu de temps, il y aura des joints électroniques, autrement dit des pipes à cannabis. La toxicité physiologique diminue, mais l'intoxication psychique s'accroit. L'homme pourra-t-il s'en passer un jour ?

  • Par Stéphane Gayet - 16/08/2018 - 12:42 - Signaler un abus Joints électroniques et pipes à cannabis

    On peut déjà utiliser un narguilé pour fumer des drogues, en particulier des solutions à base de cannabis. Il est également possible de préparer du cannabis pour qu’il puisse être vapoté. Sur le plan de la toxicité corporelle (somatique), il est presque impossible de rivaliser avec la fumée de tabac qui est un poison de premier ordre. L’homme pourra-t-il un jour se passer de drogues à impact essentiellement psychique ? Rien ne permet de le penser. La toxicomanie existe depuis des siècles (fumeurs d’opium : l’opium est le liquide ou suc qui s’écoule des capsules du pavot - Papaver somniferum - lorsqu’on les incise avant leur maturité ; c’est un latex riche en alcaloïdes, dont le plus puissant est la morphine).

  • Par gerint - 16/08/2018 - 19:55 - Signaler un abus L’article est clair

    Le vapotage est un pis-aller mais le tabac est une catastrophe. Encore plus chez la femme que chez l’homme pour qui la toxicité est déjà impressionnante et sur le fœtus en cas de tabagisme durant la grossesse. Quand on pense que certains fument dès la pré-adolescence il y a de quoi nourrir de grosses inquiétudes pour eux. Et quand on ajoute le cannabis on peut se retrouver par exemple avec des bouffées délirantes très graves, des obstructions artérielles précoces et bien sûr des cancers surtout pulmonaires. Mais aussi ORL, urinaires (vessie: une bonne moitié liée au tabac). Et s’il s’y ajoute l’alcool: c’est encore pire et c’est très fréquent. Les traitements anti-addiction comportent des risques comme presque tous les traitements mais à comparer aux risques mortels des addictions elles-mêmes.

  • Par Stéphane Gayet - 16/08/2018 - 20:48 - Signaler un abus Danger du cannabis

    Merci Gerint pour ces précisions. Le cannabis est redoutable lui aussi. A la différence de la fumée de tabac, il endommage le cerveau. C'est très grave (déficit intellectuel, schizophrénie...).

  • Par pale rider - 17/08/2018 - 16:00 - Signaler un abus @S Gayet merci pour votre précision

    sur le cannabis. Ces effets délétères sont généralement occultés, niés.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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