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Comment la Chine déroule méthodiquement son plan pour imposer sa super puissance militaire

Selon l'historien américain Hal Brands, la Chine aurait de vraie prétentions militaires. Et pas qu'au niveau régional, comme on l'entend souvent.

L'art de la guerre

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Quels sont les défis qui attendent les États-Unis découlant d'une telle ambition chinoise ? Que peut-on attendre de ce qui apparaît comme une concurrence pour Washington, quels sont les points de friction à venir entre les deux pays ? 

L'émergence de la Chine est un peu ambivalente pour les Etats-Unis. D'un côté cela est quelque chose qu'ils ont constamment recherché depuis les années 70 et la politique de Kissinger. Il y a la volonté des Américains d'avoir une Chine qui se développe et prospère, sur la base d'un calcul qui est que plus la Chine sera riche plus elle sera connectée avec l'Occident et moins elle sera un État agressif, révolutionnaire, et désireux de faire la guerre à l'Occident. De ce point de vue-là, cela est plutôt positif, mais la surprise des années 80 et de Tian'anmen est que la Chine a connu un développement économique mais sans se libéraliser sur le plan politique.

Elle est toujours un État dont l'idéologie est le marxisme -elle a fêté en grandes pompes le bicentenaire de la naissance de Karl Marx cette année – donc le défi pour Washington est de voir un concurrent stratégique avec des valeurs très différentes de celles de l'Occident arriver et menacer sa stratégie. Alors comment les Américains réagissent-ils ? Il y a eu la politique d'Obama de pivot vers l'Asie donc de renforcement des alliances avec les alliés traditionnels de l'Amérique comme le Japon ou la Corée du Sud, ils ont aussi renoué des liens avec le Vietnam par exemple, bien que communiste. Aujourd'hui, on peut dire que la politique de Donald Trump, qui, même si elle paraît un peu erratique, conserve quand même cette même logique puisque les Américains mènent des patrouilles militaires en mer de Chine pour dénier à Pékin toute souveraineté sur les îlots qu'ils revendiquent. Et puis d'autre part, on peut même interpréter le sommet avec Kim Jung-un comme une forme de réengagement américain dans la région parce qu'effectivement si la Corée du Nord s'engage dans une discussion avec Washington et Séoul, c'est une manière de la désolidariser de son allié chinois.

Sur le long terme, il sera difficile pour les Américains de contrôler la puissance militaire chinoise parce qu'elle est en extension constante mais ce "long terme" sera tout de même long à venir parce qu'aujourd'hui les positions des Etats-Unis sont très assurées en Asie avec quand même une présence militaire et politique qui est forte. Mais inévitablement la rivalité est là, et on peut voir par exemple les Philippines hésiter entre les deux blocs chinois et américain.

Ainsi, la rivalité est évidente mais on peut imaginer des scénarios de coopération avec la constitution d'une sorte de G2 – un dialogue sino-américain- qui aurait pour objet d'essayer d'éviter les crises. D'une certaine manière, c'est ce que l'on voit avec la Corée du Nord parce que les Chinois semblent avoir exercé une forte pression économique sur Pyongyang pour qu'elle change un peu sa politique et aille vers plus de coopération avec les Américains. En même temps que les Chinois entretiennent ces ambitions qui les opposent aux Américains, il ne faut pas oublier que ces derniers restent leurs premiers clients et leur premier foyer de placement avec les achats de bons du Trésor américain. Les liens sont très importants et pour l'instant l'espoir que l'on peut avoir est que ces intérêts économiques l'emportent sur la rivalité politique.

 
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Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de  Questions internationales en fiches (Ellipses, 2013 (deuxième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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