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Comment la Chine construit aussi ses nouvelles routes de la soie dans l’espace

En 2013, la Chine a lancé la Belt and Road Initiative (BRI) aussi surnommée route de la soie. Près de 65 pays asiatiques et européens sont concernés, ce qui représente près de 55% du PIB mondial et touche près de 70% de la population mondiale. Depuis plus d'une décennie elle s'est aussi lancée à l'assaut de l'espace par la vente de satellites à des pays en voie de développement comme le Laos, le Pakistan, le Nigéria, la Mongolie ou le Myanmar.

La Chine en orbite

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Comment la Chine construit aussi ses nouvelles routes de la soie dans l’espace

 Crédit YASUYOSHI CHIBA / AFP

Atlantico: Le BEIDOU, système de navigation et de positionnement par satellite chinois (opérationnel d'ici à 2020) est développé par près de 60 entreprises de l'industrie chinoise . Quelles sont ses ambitions précises et enjeux stratégiques ? Pourquoi suscite -il autant d'intérêt et à qui va t-il profiter? 

Olivier Sanguy: Avec Beidou la Chine a l'ambition de constituer un système de positionnement par satellites dont les performances sont comparables au GPS américain. L'enjeu stratégique est tout simplement celui de l'affirmation de la souveraineté de ce pays en matière spatiale. N'oublions pas que si le GPS est utilisable par tous à travers le monde, il reste un système américain qui est même sous la responsabilité du département de la défense des États-Unis. À ce titre, aucun accord international n'oblige les États-Unis à laisser accessible le signal permettant une localisation à quelques mètres et ils peuvent donc à loisir revenir vers un mode partiel où le GPS civil aura par exemple une précision réduite à quelques centaines de mètres.

Ce serait bien évidemment une décision très critiquée et aussi très difficile si on prend en compte les nombreuses applications qui dépendent aujourd'hui du GPS. Mais les États-Unis sont logiquement seuls maîtres à bord de leur GPS. C'est pourquoi l'Europe a décidé de se doter de son propre système de localisation par satellites appelé Galileo. Avec Beidou, la Chine applique cette même logique d'indépendance !

 

Ces pays ont-ils les moyens de prétendre à une telle technologie  sans contreparties risquées pour leur économie?

La Chine n'est plus une puissance spatiale émergente. C'est une puissance spatiale à part entière et la technologie de la localisation par satellites ne lui pose pas de problèmes de compétence. La mise au point d'un tel système fait appel à des technologies poussées (horloges atomiques), tout en nécessitant des dizaines de satellites et donc les lancements associés sans oublier les stations de contrôle au sol : bref, un ensemble d'activités qui dynamisent le tissu universitaire et industriel chinois.​ Plus qu'un risque pour leur économie, cela peut même être une aubaine. L'Europe estime ainsi que Galileo crée entre 15000 et 20000 emplois pour le programme et 2000 permanents après pour son exploitation. Je ne vois pas pourquoi la Chine ne serait pas capable d'en faire autant.

Quelles sont les conséquences possibles de  l'exportation de satellites made in China dans de nombreux pays en développement ?

La conséquence est que les industriels européens comme Airbus ou Thales Alenia Space peuvent perdre des parts de marché. Ces entreprises ne font d'ailleurs pas l'erreur de considérer comme acquises leurs avancées technologiques sur le spatial chinois. Mais tout ne se joue pas que du côté des performances opérationnelles. La Chine utilise aussi le spatial comme un moyen d'étendre son influence diplomatique, ce qui va de pair avec sa volonté de devenir une superpuissance. Aujourd'hui, la Chine peut proposer à des pays en développement une sorte de "package" qui comprend le ou les satellites nécessaires à mieux gérer les ressources naturelles et/ou les télécommunications avec la prestation de lancement, l'installation des stations au sol pour exploiter les satellites et même le financement de toute l'opération par des banques chinoises ! Ce type d'accord négocié au niveau étatique comprend souvent des contreparties qui donnent par exemple à la Chine un accès garanti ou prioritaire à certaines ressources naturelles du pays en développement. Même à l'ère du NewSpace et des start-ups innovantes dans le domaine astronautique, le spatial reste plus que jamais un indéniable instrument de souveraineté.

 
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Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

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