Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 23 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Comment Bachar-el Assad s’est remis en position de pouvoir réaffirmer ses ambitions sur le territoire syrien

Bachar el-Assad se sent en position de force depuis que son armée a repris l’initiative après l’intervention russe qui a débuté en septembre 2015. Au point qu'il commence à envisager la situation du pays après la guerre.

Insubmersible

Publié le
Comment Bachar-el Assad s’est remis en position de pouvoir réaffirmer ses ambitions sur le territoire syrien

Atlantico : Dimanche dernier, Bachar Al-Assad a affirmé lors d'un discours à Damas que l'avenir stratégique était à l'Est et qu'il n'y aurait pas de coopération avec les pays qu'il considère "liés" au terrorisme. Une façon de se dresser face aux États-Unis. Mais est-il vraiment en position de force pour éviter une installation américaine en Syrie? Si oui, comment y est-il arrivé?

Alain Rodier : Bachar el-Assad se sent effectivement en position de force depuis que son armée a repris l’initiative après l’intervention russe qui a débuté en septembre 2015. En effet, le régime en place à Damas, même avec le soutien de Téhéran qui avait dépêché en Syrie des éléments de la force Al-Qods (des pasdarans), des milices chiites constituées d’Irakiens, d’Afghans et même de Pakistanais sans compter le Hezbollah libanais, était au plus mal à l’été 2015. Les pays qui soutenaient l’opposition armée, États-Unis, Europe, Arabie saoudite, Qatar, Turquie, étaient aux anges.

Leurs protégés, les rebelles « modérés » allaient s’emparer de la région de Lattaquié, le fief du clan Assad, établir une capitale provisoire à Alep et libérer le Sud depuis la Jordanie. Le seul bémol venait de Daech qui était totalement incontrôlable et qui, en sus de s’être emparé de la quasi-totalité de l’Est du pays, menait des opérations terroristes en dehors de son berceau syro-irakien. L’intervention directe de l’armée russe a surpris toutes les capitales. Ankara a bien tenté de réagir espérant vraisemblablement que l’OTAN suivrait, mais ce fut un échec. En effet, le président Poutine avait quelques atouts dans sa manche et, en particulier, un éventuel soutien discret du PKK via son cousin syrien, le PYD. Les sanctions russes ont aussi durement frappé la Turquie après qu’un de ses chasseurs bombardiers Su-24 ait été abattu par l’aviation turque le 24 novembre 2015.

Depuis, l’aviation russe a desserré l’étau qui pesait sur l’armée syrienne, affaibli l’ensemble des groupes rebelles et, désormais, accompagne les offensives de Damas par ses appuis aériens. Se sentant conforté, Bachar el-Assad se croit désormais en position pour afficher ses ambitions. Il semble persuadé (ou du moins, il fait semblant de le croire) qu’il est en mesure de reconquérir l’ensemble de son pays et qu’il convient désormais de penser à l’après-guerre. C’est dans cette perspective qu’il affirme sa volonté de ne pas coopérer avec les pays qui continueraient à soutenir des mouvements rebelles - par exemple en refusant de renouer des relations diplomatiques avec eux -. Il rajoute que l’avenir de la Syrie sera tourné vers l’est, c'est-à-dire vers l’Irak, l’Iran et la Russie. Il considère les négociations de Genève et d’Astana comme secondaires dans la mesure où il veut d’abord remporter une victoire militaire.

Dans ce jeu complexe, les Turcs ont vendu un secret militaire de leur « allié américain ». Ils ont diffusé à la presse la localisation de douze bases US installées au Kurdistan syrien (dont deux pouvant accueillir des gros avions porteurs). Ces bases étant faites pour durer, Washington se retrouve dans la position inconfortable du pays qui veut « balkaniser » la Syrie alors que l’axe Damas  - Bagdad - Téhéran - Moscou (et maintenant Ankara) souhaite une Syrie unie en un seul bloc. Sur le plan strictement militaire, Damas n'a pas les capacités de reprendre le Rojava (Kurdistan syrien).

Le soutien de la Turquie à l'alliance russo-syrienne, ne rend-il pas la tâche encore plus ardue aux États-Unis?

Ce n’est pas le soutien de la Turquie à l’alliance russo-syrienne qui dérange le plus les États-Unis d’autant qu’elle est très fluctuante. C’est surtout l’entente turco-iranienne qui est en train de se dessiner. Un signe important a été la visite de trois jours effectuée en août 2017 par le chef d’état-major iranien, le major général Mohammad-Hossein Afshordi alias Bagheri (c’est un pasdaran qui aurait fait sa carrière dans le renseignement) à Ankara, une première depuis quarante ans ! Les deux pays sont unis par une cause commune considérée comme prioritaire : empêcher la création d’un « grand Kurdistan » établi au nord de la Syrie et de l’Irak. En effet, les deux capitales craignent que cela ne déborde ensuite chez eux où les populations kurdes sont nombreuses (14 millions en Turquie et 7 millions en Iran) et ont toujours entretenu des velléités d’autonomie - au minimum -.

Plus discrètement, une délégation de haut niveau des services secrets turcs (le MIT) aurait participé en juillet à une réunion tripartite Turquie-Russie-Iran à Téhéran. Il est utile de souligner que le MIT joue aujourd'hui un rôle de premier plan en Turquie. D’ailleurs, il dépend depuis le 25 août directement de la présidence et plus du Premier ministre.

C’est dans ce cadre qu’il faut se rappeler que l’administration Trump a replacé l’Iran dans les pays de l’« axe du mal ». Voir le président Recep Tayyip Erdoğan pactiser avec Téhéran et Moscou (Erdoğan a reçu le 2 juillet 2017 le ministre de la défense russe Serguei Choïgou à Ankara. La Turquie, membre de l’OTAN, devrait acquérir des systèmes anti-aériens russes S-400) met extrêmement mal à l’aise Washington. Il faut dire que le soutien inconditionnel octroyé par les États-Unis aux Forces démocratiques syriennes (FDS) (le mot « Démocratique » est à relativiser dans le cadre des FDS constituées principalement de marxistes révolutionnaires, d’anarchistes internationalistes étrangers et de mercenaires en mal d’aventures sans compter quelques idéalistes) constituées majoritairement de Kurdes du YPG, les « cousins » syriens du PKK, place Washington dans une position délicate vis-à-vis de Ankara qui les considère comme un mouvement « terroriste ».

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Lazydoc - 26/08/2017 - 12:04 - Signaler un abus Eh oui!

    Qui Macron va-t-il bombarder? Va-t-il faire comme ses prédécesseurs Sarkosy et Hollande, en montrant les muscles à l'extérieur pour compenser (en vain) leur nullité à l'intérieur? Ou va-t-il s'occuper de renforcer la France pour en faire de nouveau, un pays prospère, dont la voix sera ainsi plus forte?

  • Par vangog - 27/08/2017 - 02:14 - Signaler un abus La France???? He ho, c'est la Syrie...

    et la France n'a pas à intervenir... Elle a déjà assez à réparer quarante années de gauchisme irresponsable dans son propre pays...les Kurdes ont conquis un territoire qui leur appartient, désormais. Les Américains vont intelligemment retirer leur aide aux marxistes-internationalistes du FDS qui ne représentent plus rien...et la partition de la Syrie et de l'Irak a débuté entre forces loyalistes à Assad et Kurdes, qui méritent leur territoire, gagné de haute lutte contre les radallah islamistes. L'Iran et la Syrie devront s'écraser devant cette nouvelle donne, et ne doutons-pas que Donald comprenne ces nouveaux enjeux moyen-orientaux...

  • Par PierreReneAlbert - 27/08/2017 - 17:36 - Signaler un abus Kurdistan Syrien

    12 bases US? Foutaise. Le Kurdistan syrien c'est un mouchoir de poche . Les kurdes " Kurdisants" sont une micro-ethnie en Syrie. Ce n'est pas sérieux !

  • Par Marie-E - 27/08/2017 - 19:32 - Signaler un abus @PierreReneAlbert

    le 23 juillet 2017 : http://www.afrique-asie.fr/la-turquie-devoile-la-presence-de-dix-bases-americaines-en-syrie-pour-soutenir-les-kurdes-du-pkkpyd //////////////////il s'agit en fait de 2 bases aériennes et de 8 positions militaires où sont stationnées des unités spéciales. L'article évoque 10 base mais comme j'ai tendance à croire Alain Rodier surtout quand il parle de cette région... De plus un mouchoir de poche je ne crois pas : 15 000 Km² tout de même uniquement pour la Syrie et en fonction de l'avancée des troupes dans certaines régions, cela peut être plus s'il y a continuité.

  • Par RODIER - 27/08/2017 - 20:31 - Signaler un abus @Marie-E & PierreReneAlbert

    Merci de me lire. Effectivement, je connais - un peu - la région, et pas uniquement via Wikipedia. Sur ce site, les Kurdes syriens sont estimés à 4,6 millions d'âmes (en 2014). Personnellement, je pense qu'ils sont désormais plus nombreux car des Syriens d'origine kurde qui vivaient plus au sud sont venus rejoindre le Rojava fuyant la guerre civile. C'est sans doute aussi le cas de Kurdes turcs proches (ou membres) du PKK qui sont passés en Syrie pour aider leurs "frères" syriens mais aussi pour échapper à la répression féroce menée par le président Erdogan depuis l'été 2016. Globalement, le Rojava couvre 1/5 du territoire syrien. Marie-E est bien informée sur les bases US et la superficie du Rojava. Bravo. Pour PierreReneAlbert, je peux faire des erreurs - comme tout chercheur - mais je n'écris pas de "foutaises". Cordialement Alain Rodier .

  • Par RODIER - 27/08/2017 - 20:49 - Signaler un abus Suite

    La base US la plus au sud-ouest du Rojava (Shaddadi, province de Hassaqeh) a été annoncée attaquée ce jour par Daech.

  • Par Marie-E - 27/08/2017 - 22:13 - Signaler un abus Merci Monsieur Rodier

    pour votre réponse et pour vos articles que j'ai toujours plaisir à lire tellement ils sont documentés. Le Proche Orient m'a toujours passionnée et comme je passe actuellement mon temps entre ici et là bas ...; il vaut mieux se tenir bien informée avant d'y partir définitivement. .

  • Par Ganesha - 29/08/2017 - 10:44 - Signaler un abus Dictateurs

    Sans doute faut-il voir la réalité en face : les sunnites de Syrie et d'Irak ne sont pas encore un ''peuple civilisé'' ! Pas des ''êtres humains'', mais des ''bêtes sauvages'' ! Il faut donc leur imposer un dictateur, comme Saddam Hussein, Kadhafi ou Bachar el-Asssad, qui les éduque encore pendant au moins quelques décennies !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€