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Comment nous avons sous-estimé l’importance des forces d’Al Qaida

Selon un rapport d'experts de l'ONU, les deux organisations que sont l'Etat Islamique et Al Qaida conserveraient d'importantes capacités d'action.

Terrorisme

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De nombreux groupes qui étaient lié à al-Zawahiri ont cependant migré vers Daech en 2014/2016 lorsque cette ancienne branche irakienne de la nébuleuse a commencé à remporter succès sur succès. En dehors du noyau syro-irakien où les volontaires du monde entier ont afflué pour rejoindre le « Califat islamique », il n’y a pas eu de mouvements importants d’activistes de Daech vers d’autres zones de guerre. Ce sont les combattants locaux "ex-Al-Qaida" qui ont changé de bannière car elle était jugée comme plus porteuse.

A noter qu'AQPA sert de base arrière pour toutes les opérations terroristes envisagées par le commandement d'Al-Qaida hors de ses zones d'opérations habituelles (c/f attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015).

Daech perd du terrain sur le front syro-irakien mais n’est pas vaincu. En Irak, il tient encore la province d’Al Anbar (et le bastion d’Al Qaim situé à la frontière syrienne en face de la ville d’Abou Kamal) située au centre-ouest du pays, et les villes de Tal Afar à l’ouest de Mossoul et Hawija au sud de Kirkouk. En Syrie, il tient la vallée de l’Euphrate depuis la frontière syrienne jusqu’à Raqqa où il oppose une résistance forcenée aux Forces démocratiques syriennes (FDS) emmenées par les Américains. Daech est encore capable de mener de vigoureuses contre-attaques et bien sûr, des attentats terroristes jusqu’au centre des capitales des deux pays.

Si Daech n’a pas rencontré les succès escomptés au Sahel, surtout par le fait qu’Al-Qaida n’a pas voulu lui céder sa place, il est encore présent dans l’est du Nigeria et dans la région des grands lacs. Par ailleurs, il est à l’offensive dans le Sinaï, aux Philippines et dans une moindre mesure en Afghanistan.

Par contre, il a une capacité terroriste à l’extérieur qui est supérieure à celle d’Al-Qaida. Il a même été capable de frapper à Téhéran et de nombreuses capitales européennes. Cela est surtout dû à sa propagande très bien menée (via les moyens de communications modernes) qui inspire de nombreux individus isolés qui décident de passer à l’action sans en référer à qui que ce soit. D’ailleurs, Daech ne revendique pas toutes ces actions terroristes(1) mais parfois ne fait que les citer dans ses organes de propagande (comme pour l’attaque de Levallois Perret du mercredi 9 août - jusqu'à plus amples informations -).

1. Il faut pour cela que l’activiste ait fait, d’une manière ou d’une autre, allégeance à Abou Bakr al Baghdadi avant ou après être passé à l’action.

Alors que les deux organisations peuvent se faire concurrence, est-il possible d'anticiper, en cas de défaite de l'Etat Islamique, d'un renforcement d'Al-Qaida ? Dans quelle mesure ces deux organisations sont-elles poreuses entre elles? En quoi cela pourrait-il changer l'approche de nos gouvernements face à la menace terroriste ?

Tout d’abord, je pense avoir démontré que Daech n’est pas défait et ne le sera pas demain. Le mouvement d’activistes entre les deux formations va se poursuivre au gré des situations locales. Je veux dire que là où un des deux est dominant, l’autre a tendance à perdre des fidèles qui rejoignent celui qui est en « odeur de victoire ». Il est vrai que Daech a su se montrer très attractif - toujours grâce à sa propagande (le "Club Med du terrorisme"-, alors qu’Al-Qaida propose plutôt une vie de « moine soldat », ce qui ne convient pas vraiment à beaucoup de volontaires venant d’Europe occidentale.

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 14/08/2017 - 10:59 - Signaler un abus Dites-nous ce que nos gouvernants

    n'ont pas sous-estimé, car ce sera plus simple à énumérer.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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