Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 19 Juillet 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Comment l’Autriche pourrait se servir de sa présidence du Conseil de l’UE pour structurer une coalition de pays anti-immigration

Le très jeune (31 ans) dirigeant conservateur de l'Autriche Sebastian Kurz veut mettre l'accent sur la sécurité en Europe. Avec l'accession de son pays à la présidence de l'Union européenne, les remous sont à prévoir.

Union européenne

Publié le
Comment l’Autriche pourrait se servir de sa présidence du Conseil de l’UE pour structurer une coalition de pays anti-immigration

 Crédit ALEX HALADA / AFP

Atlantico : Depuis le 1er juillet, l'Autriche a pris le gouvernail de l'Union européenne pour une durée de 6 mois. Durant une cérémonie organisée à Schladming, le chancelier autrichien Sebastian Kurz s'est exprimé en ces termes : "Nous voulons mettre l'accent sur le thème de la "sécurité" en Europe. Nous voulons créer une Europe qui protège sa population. Nous voulons avoir une Europe qui protège aussi le niveau de vie que nous avons atteint jusque-là". Quel peut-être le risque de voir un eurosceptique à la présidence de l'UE ?

Cyrille Bret : Les institutions européennes sont suffisamment robustes pour faire face à l’euroscepticisme durant les présidences tournantes du Conseil de l’UE. Le Conseil ne décide pas seul: il partage ses prérogatives législatives avec le Parlement et avec la Commissions qui sont garants d’une certaine continuité de la construction européenne. Quant à l’euroscepticisme du gouvernement autrichien, il convient d’être nuancé : l’Autriche gouvernée par la coalition ÖVP-FPÖ et menée par Sebastian Kurz est hostile à certaines des politiques de l’UE. Elle est en particulier hostile à l’accueil de migrants, comme les Etats du Groupe de Visegrad V4 (Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Hongrie) et comme le ministre de lintérieur allemand. Ce sur quoi l’Autriche est vigilante est le caractère volontaire de l’accueil des migrants. On l’a vu lors du dernier sommet européen, les Etats d’Europe de l’est, l’Italie et la Grèce ne veulent plus se faire imposer des populations migrantes sur leurs territoires. L’Autriche sera leur avocat. En revanche, l’Autriche est profondément europhile d’un point de vue économique : largement ouverte, son économie dépend de la liberté de circulation des biens, des fonds et des personnes. De ce point de vue l’Autriche n’est pas eurosceptique.

La présidence autrichienne sera centrée sur la question migratoire. Concrètement, quelle influence le pays peut-il avoir sur ce sujet ? Si Sebastian Kurz entend incarner le mécontentement de certains Etats européens sur la question migratoire, que peut-il se passer ?

La présidence Kurz aura pour priorité de structurer une coalition des petits pays hostiles aux politiques migratoires considérées comme imposées par la France et l’Allemagne au reste de l’Union. L’Autriche de Kurz se fera le porte-parole des pays du V4 mais également de la Grèce et de l’Italie. A cet égard, l’Autriche fera en sorte que le souverainisme en matière migratoire ne soit plus l’apanage des Etats du Grand Elargissement de 2004. L’impact sera nécessairement limité car la présidence tournante ne dure que 6 mois. Toutefois, l’Autriche dispose au sein de l’UE du prestige nécessaire pour changer la tonalité des travaux du Conseil de l’UE sur le long terme.
 

L’Autriche plaide pour une plus grande intégration de ses voisins des Balkans dans l'UE. Le sujet divise. Peut-on voir en 6 mois de réels changements de ce côté-là ?

L’Autriche a un lien historique solide avec les Balkans. Ancienne puissance impériale en Croatie, en Slovénie ou encore en Bosnie, l’Autriche, revenue à ses frontières postérieure aux Guerres Mondiale se considère comme le porte-parole de l’ancienne Yougoslavie au sein de l’Union européenne. Elle y a également un intérêt économique direct : ses grandes institutions bancaires, ses industries et ses réseaux diplomatiques y sont particulièrement présent. De même, Vienne et sa région accueillent de très nombreux ressortissants des Balkans depuis la Guerre de Yougoslavie. Elle a par exemple soutenu la candidature de la Croatie et de la Slovénie à l’entrée dans l’Union européenne lors du Grand Elargissement de 2004. Depuis, l’Autriche soutient activement les processus de candidatures de plusieurs Etats candidats. Ainsi, la Serbie a déposé sa candidature en 2009 et l’Union européenne lui a accordé le statut de candidat officiel en 2012, après la conclusion d’un accord entre Belgrade et Pristina pour remédier à la situation du Kosovo. Toutefois, comme vous l’indiquez, 6 mois est bien court pour faire avancer des processus très longs.   Il en va de même avec les candidatures de la Macédoine du Nord, du Monténégro et de l’Albanie. Vienne pourra donner une nouvelle impulsion aux politiques balkaniques de l’UE mais elle ne pourra mener ces candidatures à bien dans un délai aussi court.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 02/07/2018 - 09:47 - Signaler un abus Dans la perspective d’une Union de Nations...

    telle que les peuples d’Europe en auront décidé dans un an, l’union peut-être la plus large possible sur le sol européen. Pour que les processus d’adhésion à cette future union de Nations soit cohérente , le processus d'adhésion de la Turquie doit être stoppé irrémédiablement, car elle ne fait pas partie de l’Europe, ni par l’esprit, ni par la géographie. Sebastian Kurz peut faire progresser tous ces dossiers hypocritement bloqués, ainsi que le retour des clandestins dans leurs pays d’origine, la matérialisation de frontières européennes, la réforme des institutions, la future défense de l’Union...

  • Par Poussard Gérard - 02/07/2018 - 10:39 - Signaler un abus Espoir si ce jeune homme es tplus lucide que

    Nazillon 1er. Une nouvelle Europe celle qui veut garder son identité ses valeurs se profile..notre salut va venir de l'est et rapprochons-nous de Poutine puisqu'il refuse l'invasion musulmane..

  • Par Haddock36 - 02/07/2018 - 13:38 - Signaler un abus L'Europe authentique

    Plutôt que l'Europe Atlantique! Je suis d'accord avec mes deux prédécesseurs sur le sujet. Ils ont voulu nous présenter Wladimir Poutine comme un menace; ça ne marche plus. La menace est désormais outre-manche et outre-Atlantique. Vivent l'Autriche et la Hongrie! Qu'importe l'avenir de l'Europe au couple Merkel/Macron dont aucun n'a des enfants?

  • Par wwmat - 02/07/2018 - 14:28 - Signaler un abus Vite

    que l'Autriche prenne la présidence, ca URGE....

  • Par Frangipanier123Paris - 02/07/2018 - 23:04 - Signaler un abus Les patriotes de TOUTES les nations européennes ...

    Les patriotes de TOUTES les nations européennes sont de tout coeur avec Sebastian KURZ et tout ce qu'ils pourront faire pour lui faciliter la tâche pendant le semestre de sa présidence de l'UE, ils le feront.

  • Par WhiteWalker - 03/07/2018 - 05:35 - Signaler un abus Si l'Europe maîtrise les flux migratoires,

    tous les européens applaudiront sans se poser de questions métaphysiques sur le plus ou moins de fédéralisme que les institutions doivent contenir. Quand on veut, on peut. Les pays qui veulent contenir le flot récupèrent les données des téléphones portables des clandestins et y trouvent leur parcours, leur vrai pays d'origine, leurs passeurs. Pourquoi la France ne le fait-elle pas ? Macron est immigrationniste. Ses "efforts" pour limiter le flux sont pure simulation.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€