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Comment apprendre des erreurs de nos parents en matière de santé cardiaque

Une étude publiée aux Etats-Unis montre que le choix de style de vie de nos parents a eu des conséquences sur notre santé cardiaque. Un Indien âgé de 80 ans, de la tribu bolivienne Tsimane en Amazonie, possède un système cardiovasculaire en aussi bon état qu'un Américain de 50 ans.

Un coeur sain dans un corps sain

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Comment apprendre des erreurs de nos parents en matière de santé cardiaque

Atlantico : Une étude publiée dans le journal The Lancet montre que les Chimane, un peuple de Boliviens vivants en Amazonie possèdent des fonctions coronariennes au même état à 80 ans que des Américains à 50 ans. Qu'est-ce qui explique dans nos modes de vie respectifs que notre système cardiaque soit plus abîmé et que nous soyons plus exposé a des accidents cardiaques ?

Guy-André Pelouze : Ce qui frappe dans cette étude très détaillée c’est que les Chimane ont un score calcique très bas tout au long de leur vie. Et en effet à 80 ans les Chimane ont un score calcique moyen qui est celui de nord américains de 50 ans. 

Les investigateurs ont ensuite étudié leurs facteurs de risque cardiovasculaires au sens où nous l’entendons aujourd’hui.

Presque pas d’obésité, pas de diabète, une tension artérielle basse et des particules lipidiques dans le sang qui ne sont pas athérogènes - en particulier les particules LDL qui sont basses. Les Chimane ont un profil de risque bas et leur arbre artériel vieillit bien moins vite: 85 % d’entre eux tous âges confondus n’ont aucun marqueur de risque cardiovasculaire et présente un score calcique normal. Mais surtout ils ne sont que 13% à avoir un risque coronarien et il est faible. Selon les auteurs, leur mode de vie est la principale explication: ils sont physiquement très actifs, chassent, pêchent et construisent leur maison. Ils ne fument pas. Sur le plan alimentaire ils ne mangent presque pas de céréales, pas de sucre, pas de produits laitiers et bien sur quasiment aucun produit industriel. Ajoutons qu’ils consomment moins de gras que les Français ou les Américains du nord mais avec 38 g de gras par jour, 11 g/j de graisse saturée (29%), 14 g/j de graisse mono-insaturée (37%), et 8 g de graisse polyinsaturée (21%), la proportion de graisse saturée est plus élevée que la notre.

Quelles sont les conséquences pour la santé de ce mode de vie sédentarisé où nous ne faisons plus assez de sport, ou nous nous alimentons mal ? 

Notre dépense énergétique s’est effondrée quand l’humanité s’est assise et que les travaux physiques ont été remplacés par des machines motorisées. Les Chimane font 15000-17000 pas par jour en moyenne. Chez nous l’activité physique de loisirs n’a pas du tout remplacé les efforts que nos parents et nos ancêtres faisaient. Dans le même temps l’alimentation s’est brutalement et profondément transformée. Nous vivons dans l’abondance de produits alimentaires ce qui conduit à une consommation excessive de calories. De surcroît ces calories sont présentes dans des produits industriels très riches en glucides simples ou qui sont rapidement transformés en glucides simples après ingestion et les mécanismes métaboliques de stockage de ces glucides conduisent à l’obésité et au diabète type 2. Les deux facteurs, abondance et part importante des sucres caractérisent notre régime alimentaire. 

Quelles leçons avons-nous tiré des erreurs de nos parents dans leur façon de vivre ? Est-ce qu'un retour à un mode de vie plus proche de celui des Tsimane peut s'observer ? 

Il est certain que nous sous-estimons les possibilités d’un changement de mode de vie dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Pour des raisons liées à notre modèle allopathique médicamenteux et aussi parce que ces changements demandent une pleine responsabilité des patients. A ce sujet il faut rappeler qu’il n’est pas nécessaire pour obtenir des résultats de faire des changements extraordinaires: ne pas fumer, avoir un poids normal, consommer un minimum de sucres (sucres simples ou amidons) et faire tous les jours une activité physique à l’extérieur qui entraîne un essoufflement ne nécessite ni moyens supplémentaires ni avis médical. Nos ainés le faisaient il n’y a pas si longtemps. Ce que nous apprend cette étude c’est que l’activité physique est d’environ 8 kilomètres par jour. Évidemment c’est très loin de l’activité physique moyenne des Français.

Quelles sont les limites de cette étude ?

Tout d’abord il s’agit d’une étude observationnelle et non d’une étude interventionnelle. Donc les conclusions en particulier les causes de cette santé des artères chez les Chimane restent incertaines. Nous devons être prudent avec les corrélations observées. Il reste que du point de vue des paramètres médicaux la santé cardiovasculaire des Chimane est remarquable. Nous savons aussi que leur mode de vie produit aussi chez les patients des pays développés des changements similaires et la prévention la plus efficace des accidents cardiovasculaires.

Il ne faut pas sous estimer les questions de génétique et d’épigénétique c’est à dire des différences qui participeraient à une causalité dans l’atteinte artérielle athéromateuse. En particulier pour nous européens. Cette question reste très ouverte. D’autres travaux sont nécessaires pour mettre en évidence d’éventuelles différences génétiques avec les européens notamment qui pourraient expliquer une partie de cette santé cardiovasculaire à côté du mode de vie.

Enfin compte tenu de l’inflammation observée chez les Chimane, inflammation en rapport avec un parasitisme endémique il faut certainement s’interroger sur le modèle de l’athérome que nous utilisons. Il a été démontré que l’inflammation chronique était associée à une progression de l’athérome dans les populations des pays développés. Ce n’est pas ce que l’on observe chez les Chimane sans que nous sachions pourquoi.

 
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  • Par J'accuse - 25/04/2017 - 15:38 - Signaler un abus Lisez d'abord la deuxième page !

    On comprend mieux en commençant pas la fin...

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Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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