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Comme Deezer, pourquoi les start-up françaises réussissent en France et pas à l'étranger

La jeune entreprise française d'écoute de musique en ligne, Deezer a levé 100 millions d'euros. Un montant qui lui permettra de se développer à l'international, notamment face à Spotify, son concurrent, déjà très présent.

Dur dur dur

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Comme Deezer, pourquoi les start-up françaises réussissent en France et pas à l'étranger

Deezer a décidé de miser sur le marché international. Crédit Reuters

Atlantico : Deezer a levé 100 millions d'euros afin d'assurer son développement à l'international. Mais outre cet exemple, pourquoi les start-up françaises, à l'inverse de leurs homologues américaines, peinent à s'exporter à l'international ?

Jonathan Lascar : Le premier facteur qui entre en jeu, et qui constitue un frein à l'exportation des jeunes entreprises françaises, est lié à la taille du marché français. Forcément  lorsqu'une entreprise lance un produit à destination d'une communauté de 65 millions d'habitants, comme c'est le cas en France, il y a une limitation du potentiel du modèle. Certes, une entreprise française peut vendre son produit aux autres pays européens, mais les cultures et les langues variant, elle sera obligée d'adapter son offre.

A l'inverse, une société américaine s'adresse directement à plus de 300 millions d'habitants. Quelque soit le produit ou le service vendu, il aura quatre à cinq fois plus d'impact qu'en France. Cela se ressent en termes de chiffre d'affaire ou de volume de vente, ce qui joue sur les coûts de fabrication.

De fait, la seule solution est de penser immédiatement à développer son entreprise à l'échelle européenne. C'est ce qu'avait fait Pierre Chappaz pour peser face aux américains lorsqu'il créa Kelkoo. Une stratégie qui a fonctionné puisqu'il a revendu le comparateur de prix pour plus de 400 millions d'euros.

Dailymotion, Price Minister... Les start-up françaises qui ont réussi se sont-elles toutes basées sur des modèles américains ?

Effectivement, la plupart des entreprises du secteur internet ayant réussit à se développer se sont inspirées de sociétés qui existaient déjà aux Etats-Unis. Aujourd'hui, seul Vente Privée a réussit à créer et exporter son modèle. Toutes les autres ont été des "copies" de modèles américains.

Son fondateur, Jacques-Antoine Granjon, est d'ailleurs le seul à s'être attaqué au marché américain. C'est l'exception qui confirme la règle. Nous verrons les retombées.

Les start-up françaises font-elles face à des problèmes de financement ?

Le marché du financement des jeunes entreprises françaises est plus faible car notre marché est structurellement plus petit que celui des Etats-Unis. De même, beaucoup de notion, comme celle de business angel (une personne investissant dans des start-ups et qui apporte son savoir-faire, NDLR), restent encore assez méconnues du grand public.

La culture de l'investissement et du risque sont également trop faibles de même que la taxation des entreprises rend difficile de dégager un dividende pour les investisseurs. L'argent des Français va davantage dans l'épargne et l'investissement.

Pourtant, la France reste l'un des pays où il est le plus favorable de tenter l'expérience entrepreneuriale. L'hexagone est le seul pays au monde où un créateur d'entreprise peut être aidé et financé par Pôle emploi. Un point non négligeable. Pouvoir maintenir 70% de son précédent salaire pendant un an et demi ou deux ans est un atout considérable. L'Etat soutient donc la création et le développement des entreprises.

Quels sont les principaux éléments qui manquent aux entreprises françaises par rapport aux entreprises américaines ?

Un entrepreneur est encore trop peu reconnu en France. Il est presque mal vu et pointé du doigt.

Mais il y a un changement de tendance depuis quelques années. Les écoles de l'enseignement supérieur ont développé les filières "entrepreneuriat ". La culture entrepreneuriale commence donc à se développer. Il faut démystifier la création d'entreprise.

 
Commentaires

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  • Par Airsicknessbag - 09/10/2012 - 10:47 - Signaler un abus Cher Jonhatan, vous l'avez dit: Penser Européen dès le départ.

    Démarrer sa stratégie de start-up et de croissance sur un modèle européen en non franco-franchouillard. ça veut dire langue de travail en Anglais, puis français en seconde langue, plaquettes, site web, élements de language et marketing lisible et compréhensible par plus de 500 Millions d'habitants... Voilà le secret. Dénationaliser son entreprise pour interesser les clients et les investisseurs quelque soit leur origine. A part les tripoux et le maroilles, nous vivont sur les mêmes standards et avons les mêmes besoins. Les Hongrois, Slovaques, Slovènes, Polonais et autres pays satellites de l'ancienne URSS l'ont compris avant nous.

  • Par Charles25 - 09/10/2012 - 10:57 - Signaler un abus Airsicknessbag, vous croyez

    Airsicknessbag, vous croyez attirer les gens avec du vinaigre ? Désolé, mais la soupe globalisée où tout est partout pareil, non merci... Vous devez faire partie de ceux qui veulent faire du rosé en mélangeant du blanc et du rouge parce que c'est plus facile à standardiser et à exporter. Sinon, vous croyez vraiment que les gens ont envie de lire en anglais ? Moi, je peux vous dire que les gens ont envie de lire dans leur langue ! Sinon, franchouillard, c'est pour dénigrer ? Parce si vous voulez remplacer un modèle franchouillard par un modèle anglouillard, non merci.

  • Par Airsicknessbag - 09/10/2012 - 11:12 - Signaler un abus @Charles25

    Votre réaction est caractéristique des chefs d'entreprises que je rencontre. Pour ma part, j'ai appliqué ce principe depuis 2001, ça été un choc culturel, mais aujourd'hui mes produits sont présents dans 45 pays en lieu et place de ceux de mes concurrents américains et asiatiques. Créer une filiale en Belgique a été une expérience enrichissante, voilà un pays bilingue (en excluant l'allemand minoritaire) où la langue de travail au quotidien est l'Anglais entre Francophones et Flamands. La globalisation des échanges ne veut pas dire abandonner ces spécificités. Puisque vous parlez vin, savez vous pourquoi les vins français perdent des parts de marché ? 46% en 1990 et 27% en 2009 .Parce que l'on maintient des étiquettes en Français qui ne disent rien au clients asiatiques ou Américains, qui préfèrent voire Cabernet, Chardonnay ou Merlot sur l'étiquette qu'un "Chateau-Mouchabeuf" mis en bouteille à Saint Bougnat Les Olivettes. Pourtant cher Charles25, le vin à l'intérieur de la bouteille est succulent ...

  • Par Charles25 - 09/10/2012 - 11:54 - Signaler un abus Mais, Airsickness, pour faire

    Mais, Airsickness, pour faire des produits standardisés, on ne sera jamais aussi bons que les EU, surtout dans des produits comme le vin...

  • Par Mani - 09/10/2012 - 11:59 - Signaler un abus Pourquoi Deezer ne marche pas à l'étranger ?

    Parce que c'est pourri, tout simplement.

  • Par zelectron - 09/10/2012 - 12:56 - Signaler un abus de la poudre aux yeux

    Deezer est un contre exemple, c'est Orange désormais qui préside à sa destinée (les conditions d'acquisition ont été assez troubles) avec dailymotion pour couronner le tout.

  • Par HdT - 10/10/2012 - 05:36 - Signaler un abus Il faut d'abord préciser certaines choses...

    ... quant aux start-up ou toute forme d'entreprise avanat de parler national, international, ou plus simplement régional, voire même très local, c'est: quelle est l'activité de cette entreprise? Les entreprises trouvant un développement international ne sont pas autant légion que cela, un certain nombre y vont, certe, mais presque autant disparaissent, absorbées ou mises au ban par des majors capables de créer des sociétés juste désignées pour jouer les régulatrices de concurrence (j'ai travaillé sur ces entreprises "régulatrices" que l'on pourrait appeler en quelque sorte le contremarché). Il serait impossible à toutes les entreprises de lever autant de fonds pour une simple raison, le disponible est à comparer à une tarte, la part peut être grande si et seulement si la majorité n'en demande rien. Bien entendu qu'une certaine maîtrise de l'Anglais est souhaitable mais pour avoir appartenu à des grands groupes avant de me mettre à mon compte, la fameuse vérité à propos de la nécessité obligatoire de l'Anglais est une contre-vérité. C'est le produit lui-même ou le service qui importe d'abord, il n'est pas certain que le chiffre d'affaires soit si vrai loin de son point de diffusion

  • Par HdT - 10/10/2012 - 05:54 - Signaler un abus Il faut d'abord préciser certaines choses... (suite 2)

    tout cela est bien marginal. Quand je lis dans une réaction que des acteurs belges travaillent en Anglais, je ne peux m'empêcher de sourire, d'autant que comme précisé ils sont bilingues et parfaitement capables de se comprendre dans leur bilinguisme commun (j'ai grandi et vécu pas mal d'années entre gens de langue flamande et gens de langue française aussi bien en région flamande que wallone. L'expérience que j'ai connu entre Pays-Bas et Allemagne fut sur la base de l'Allemand, et lorsuqe l'ensemble des acteurs venaient tout aussi bien du Bénélux, d'Allemagne, du Danemark et même de Pologne, le débat était mené non pas en Anglais mais en Allemand, il n'y a qu'à se pencher sérieusement sur les offres d'emploi cadre qui précise sans ambiguité: langue allemande maîtrisée exigée). Le marché "s'attaque" dans la langue la plus usuelle localement, c'est bien pour cela que les grands groupe de distribution forment leurs cadres au développement international dans la langue locale (voilà mon expérience). La seule fois où l'Anglais m'a été enseigné pour usage, ce fut dans le cadre bien précis de la Royale, et encore, il faut plutôt parler de procédures conduites en Anglais.

  • Par HdT - 10/10/2012 - 06:05 - Signaler un abus Il faut d'abord préciser certaines choses... (suite 3)

    Pour ce qui est des Polonais, et bien, ils s'expriment en Polonais, je suis marié à une Germano-Polonaise, qui ne maîtrise rien de l'Anglais... et pourtant... sa carrière jusqu'alors se passe bien avec de nombreux acteurs, sujets de sa Majesté la Reine Elisabeth. Et pourtant là encore, grands échanges entre son entreprise et la Grande Albion, mais aussi l'Allemagne et d'autres destinations s'exprimant dans une multitude d'autres langues (cette grande diversité européenne). Le problème de lever des fonds est autre chose et n'a rien de nécessairement contre-franchoullard ou contre autre chose, tout dépend surtout du projet lui-même, du carnet de relations et d'adresses que l'on peut avoir en sa possession et pour avoir étudier de près ces start-up pour le compte de mes employeurs à cette époque, il s'est surtout avéré que les dits-patrons de start-up été issu d'une certaine bourgeoisie sociale et que leur identité était davantage un prête-nom pour un gros porteur ne prenant pas le risque de s'exposer plus que cela pour ce que l'on appelait alors: une ligne de test. Combien reste-il de ces entrepreneurs quelques années plus tard? Peu, très peu, les entreprises ayant été "récupérées"

  • Par HdT - 10/10/2012 - 06:18 - Signaler un abus Il faut d'abord préciser certaines choses... (suite 4)

    par leurs "anges". Les Polonais, les Slovènes, les Hongrois, comme beaucoup d'auytres jeunes Européens sont rentrés à la maison après quelques années d'exil, il y avait surtout le phénomène "évasion" après la chute du mur en 1989, dix ans plus tard, beaucoup rentraient déjà, vingt ans plus tard, à l'exception de quelques-uns, tous ont été de retour, le rêve ne prenait plus. Le rêve américain est le plus souvent devenu un mirage parce que des rêveurs il en arrive de partout, tous plus ceci que les autres, tous plus cela que les précédents et rien ne se pérennise à très long terme, il suffit de voir l'instabilité des entreprises dans le domaine du e-commerce et autres e-quelque chose, même si les noms ne changent pas, derrière c'est un turn-over épouvantable voire assassin et criminel. Une entreprise se monte brique par brique, quelles que soient ces briques, exactement comme une vie personnelle, il existe partout des loups capables de souffler sur cette maison de briques contrairement à celui des petits cochons, que le business angelisme est à contrepartie, ce qui semble tout à fait logique (je me suis monté par ce moyen), que dépendre d'une banque n'est pas le meilleur moyen.

  • Par Airsicknessbag - 10/10/2012 - 09:32 - Signaler un abus @HdT Vous ne répondez pas à la question

    Avec tout le respect que je vous dois, vous éludez la question par des exemples qui appelleraient autant de contre-exemple. On parle ici d'une entreprise High Tech, Deezer, avec un ecosystème internationalisé et internationalisable, où la source de l'offre, des biens culturels musicaux sont internationaux et le modele économique universel, (abonnement par Internet), soutenu par un groupe Multi-national, Orange, et comme nouvel actionnaire, une major EMI. Toutes les composantes d'une réussite internationale sont présents et néanmoins, Deezer n'émerge pas sur la scène mondiale face à Spotify, Grooveshark, et n'est pas une alternative à I-tunes alors que l'on peut écouter les titres avant de les acheter. La réponse est malheuresement lumineuse. Un actionnaire Orange instable dans sa stratégie, faisant des allers et retours inexplicables, significatif d'absence de capitalisme d'investissement stable accompagnant les start-up pendant leur phase de croissance, et une entreprise n'ayant pas visé délibérément le modèle international. Deezer dans la Silicone Valley aurait levé 1Md$. Airbnb.com (dont une française et fondatrice) vaut 2 Md$ sur un modèle identique.

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Jonathan Lascar

Jonathan Lascar est cofondateur de l'Accélérateur qui investit et accompagne un pool de jeunes entreprises du web dans leur stratégie de développement.

Il a intégré en qualité de consultant le cabinet américain Accenture. Motivé et passionné par l’entrepreneuriat, il lance sa première entreprise, QuelSeminaire.com en Juin 2009, qu’il revendra fin 2010 à un groupe de communication.

Il est co-auteur de Entrepreneurs du Web : Les grandes réussites françaises, paru aux Editions du Palio.

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