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Combien êtes-vous prêt à payer pour être heureux ? Quand le bonheur devient un bien de consommation comme les autres

Le bonheur est une quête pour beaucoup de personnes. Exploité sur le plan économique et politique, ce but de l'existence est devenu un enjeu de société, se transformant même parfois en bien consommable.

Il en faut peu...

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Combien êtes-vous prêt à payer pour être heureux ? Quand le bonheur devient un bien de consommation comme les autres

Aujourd'hui le bonheur est devenu un enjeu politique majeur. Crédit Reuters

Atlantico : Aujourd'hui le bonheur est devenu un enjeu politique majeur. Des moines, précurseurs du mindfulness comme Matthieu Ricard, des scientifiques et même des économistes s'y sont penchés dans le but de développer une "science du bonheur". Autrefois une notion philosophique, le bonheur est-il en passe de devenir un bien de consommation ? 

Jean-Louis Prata : La question que l’on peut se poser, c’est de savoir pourquoi la science se saisit si tardivement de cette préoccupation qui pourtant semble essentielle pour l’homme, son équilibre et son développement ? C’est plutôt rassurant de savoir que les scientifiques se saisissent de cette question, avec la rigueur qui les caractérise, pour la comprendre, trouver ou évaluer les moyens d’aider les individu à trouver le bonheur, ou plutôt leur bonheur. La difficulté pour les scientifiques dans l’étude du bonheur résidait dans le fait qu’il paraissait encore tellement subjectif, il y a quelques années qu’il se prêtait difficilement à une étude rationnelle.

Depuis quelques décennies, les sciences cognitives étudient la subjectivité en cherchant à comprendre comment les pensées et les émotions se construisent, se combinent et interagissent, mais l’émotion de bonheur est tellement impalpable qu’elle est resté le parent pauvre de l’étude des émotions, contrairement au plaisir qui résulte de la satisfaction d’un besoin.

Le bonheur peut se décrire comme un état de sérénité et d’absence de stress que l’on commence à relier à des structures cérébrales. Des études neuroscientifiques sur les méditants et sur la mindfulness, réalisées notamment par Davidson et relayées par Mathieu Ricard, ont montré que la méditation sollicitait  une partie du cerveau situées dans le cortex préfrontal, impliquée dans la capacité de prise de recul par rapport aux sollicitations démotivantes ou stressantes. Les neurosciences cognitives décrivent donc des circuits du cerveau qui semblent être le substrat du sentiment de bonheur, de bien être ou de sérénité.

Cela signifie que certaines posture cognitives, en particulier celle qui nous permet de nous adapter aux situations complexes, incertaines ou inconnues, seraient à l’origine du sentiment de bonheur

Le bonheur est exploité économiquement, ceci s'illustre notamment par le coaching en entreprise. Les grands de ce monde, dirigeants politiques et économiques, s'intéressent-ils de plus en plus à cette notion dans une perspective d'acquérir davantage de pourvoir et de richesse ?

Si on considère le rôle premier d’un système économique et politique, le fait qu’il se saisisse de la question du bonheur n’est pas surprenant. Ces systèmes ont pour vocation d’organiser la production des biens ou services pour satisfaire les besoins de l’homme : Nos besoins de subsistance, de sécurité et de santé, de confort… sont aujourd’hui pris en charge par un système socio-économique, alors pourquoi pas le « besoin de bonheur » ?  On ne reproche pas à un agriculteur de cultiver et vendre sa production, qui répond pourtant à un besoin vital de l’homme, et de « faire de l’argent », alors pourquoi le reprocherait-on à un professionnel qui œuvre avec éthique dans ce domaine ?

Nous consacrons aujourd’hui, dans les pays développés, une part importante de notre pouvoir d’achat à l’acquisition de biens et de services dans la finalité de se « faire plaisir », alors que l’investissement dans des moyens efficaces, éthiques et écologique pour mieux se comprendre et atteindre un état de mieux être et de « bonheur » est probablement un investissement plus durable et moins polluant que l’acquisition continue de bien onéreux pour se faire plaisir.

On a longtemps cru que le bien être dépendait du confort matériel et donc de la richesse. C’est en partie vrai, mais jusqu’à un certain point seulement. Daniel Kahneman, Prix Nobel d'Economie, et Angus Deaton ont réalisé auprès de 450.000 Américains interrogés en 2008 et en 2009 une étude qui conclut que l’argent fait le bonheur… jusqu’à 75.000 $ par an, soit 58.600€ (sans toutefois préciser le nombre de personnes qui composent le foyer). Au-delà, le sentiment de bonheur n’est plus corrélé avec les revenus.

Aujourd'hui, ne se trouve-on pas dans une situation dans laquelle une idée bien particulière du bonheur serait mise en avant car elle permettrait la commercialisation de biens de consommation allant des compléments alimentaires aux iPhones ou autre gadget ? Quel est réellement leur impact ? 

Les crises économiques et financières à répétition que nous vivons depuis quelques décennies et la prise de conscience progressive des limites écologiques de notre environnement contribuent probablement à nous amener à nous questionner de plus en plus sur le sens de notre vie, de nos actes, sur la recherche du bonheur et des moyens de l’atteindre. On voit en conséquence fleurir des offres commerciales en réponse à ce besoin, de qualité et d’efficacité diverses. Certains de ces outils peuvent être des déclencheurs d’une prise de conscience et d’une motivation à entamer une véritable démarche de travail sur soi : apprendre à mieux se connaitre, savoir ce qui nous motive, comprendre comment on fonctionne, pourquoi on stresse, et s’entrainer à mieux utiliser nos ressources mentales pour tendre vers un état de bien-être et de sérénité. Le bonheur n’est pas tant une destination qu’un chemin sur lequel on peut décider d’avancer, mon expérience de formation et d’accompagnement de plusieurs centaines de personnes à l’Institut de Neurocognitivisme depuis 2008 tend à le confirmer.  

 
Commentaires

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  • Par trotro75 - 12/05/2015 - 09:00 - Signaler un abus Ma mesure du bonheur

    Je connais bien le Mindfulness et je crois aux bienfaits de la méditation. Concernant le bonheur à partir des biens matériels, je pense que ça existe et que la mesure de ce bonheur se fait en vérifiant si quelques mois après, voire quelques années après, l'achat de ce bien, il nous procure autant de plaisir. Par exemple, je suis fan de musique. Il y a maintenant 10 ans, j'ai acheté un système Haute Fidélité (ampli, enceintes, tuner et surtout ma platine vinyle..) le tout pour 8000 euros (pas de jugement svp sur le prix...). Aujourd'hui, j'ai toujours autant de plaisir à écouter un bon disque vinyle et j'allume ma hi fi comme si c'était le premier jour. Alors vous me direz que cela est bien matériel. Mais c'est ma mesure du bonheur par rapport au bien matériel puisque c'est en grande partie le sujet de l'article. Ensuite, il y a bien sûr et avant tout le reste : notre philosophie de la vie, l'altruisme, la méditation, la contemplation d'un paysage, la paix intérieure (on l'a rarement ce moment où tout nous paraît bien, serein), la transmission du savoir et du savoir être à nos enfants...

  • Par cloette - 12/05/2015 - 10:02 - Signaler un abus mais voyons

    Le bonheur ? il suffit de prendre une pilule , ne le saviez vous pas ?

  • Par Anouman - 12/05/2015 - 20:38 - Signaler un abus L'argent fait-il le bonheur?

    Non , quand on se fait chier, on se fait chier même avec plus d'argent. Mais on se fait moins chier quand on a de l'argent, ou quand on n'en manque pas, puisqu'on évite toutes les contrariétés financières de base. 75000$ ce n'est pas idiot, mais à condition que ce soit de la rente, pas du salaire, car le bonheur c'est aussi de faire ce qu'on veut et n'avoir pas (trop) d'obligations. Après si le bonheur matériel passe par la possession d'un Picasso (ou même d'un petit Monet) ou même d'un yacht de 30m ou d'un jet privé alors là il faut trouver plus de fric.

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Jean-Louis Prata

Après une formation en sciences de gestion à l’université de Paris 1 et un parcours de 18 ans dans un groupe européen d’ingénierie et de conseil (consulting, direction opérationnelle et  DRH), Jean-Louis Prata a rejoint en 2006 l’Institut de Médecine Environnementale (IME) en qualité de directeur de la R&D puis de l’Innovation. Co-fondateur de l’Institut de Neurocognitivisme en 2008, coach, consultant et formateur expert de l’Approche Neurocognitive et Comportementale appliquée à l’entreprise, il accompagne les professionnels et les entreprises dans l’appropriation et la mise de cette approche.

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