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Colère des producteurs de fruits et légumes : grande distribution, Europe, consommateurs ou producteurs eux-mêmes... à qui la faute ?

Le désarroi est toujours plus important chez les producteurs français, qui ne savent plus quoi faire face à la concurrence déloyale de leurs voisins européens. Pour protester, deux tonnes de pêches ont été déversées devant le Consulat d'Espagne mardi 11 juillet.

Coupable

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Colère des producteurs de fruits et légumes : grande distribution, Europe, consommateurs ou producteurs eux-mêmes... à qui la faute ?

Atlantico : Environ deux tonnes de pêches ont été déversées mardi à Perpignan devant le Consulat d'Espagne par des agriculteurs afin de protester contre une concurrence jugée déloyale des producteurs espagnols. En partant de ce problème-ci, mais en élargissant également aux autres types de productions, existe-t-il selon vous des solutions qui permettraient d'éviter ces situations de colère et de drames humains chez les producteurs ?

Bruno Parmentier : La France est un grand pays exportateur de matières agricoles. Donc l'idée de dire "on ferme les frontières et nous n'achetons pas les produits des autres" est folle. Objectivement, il y aura beaucoup plus de chômage si l'on ferme les frontières aux commerces de produits agricoles que si l'on ne les fermes pas. 

Il est vrai que c'est compliqué de vivre sur un continent sur lequel nous vendons plus de nourriture aux espagnols que l'inverse.

Le problème est différent selon les produits : Il y a le marché du produit que l'on peut garder (céréales par exemple, on peut garder le blé pour le revendre l'année d'après) et le marché des produits périssables qui n'ont rien à voir. Si la pèche, par exemple n'est pas mangée dans les dix jours, elle n'est plus consommable. 

Le commerce du produit périssable lui est très compliqué car il se planifie plus difficilement. La récolte dépend de la météo. Il y a plus ou moins de pèches en fonction des années et ce n'est pas parce que l'on produit beaucoup de fruit que les français vont en consommer plus. Le cours des prix des fruits et légumes est extrêmement sensible à ces problèmes de surproductions car on ne peut pas stocker. 

Redevenir nationaliste n'est pas la solution. D'ailleurs, il n'y a pas de solution magique à tout cela. Comme les producteurs de fruits et légumes ont deux mois pour faire leur chiffre d'affaire, il est normal qu'ils soient sensibles (ce qui peut donner le type de réaction observé à Perpignan). 

Ce qu'il faut, c'est que l'Europe régule, et il y a plein de manière de réguler. Quand il y a trop de production de fruits et légumes par exemple, comme ça ne se garde pas, il faut acheter les pèches à un prix minimum au producteur afin de les détruire. Et ce, même si c'est compliqué psychologiquement.  Mais comme nous ne le faisons pas, cela se fait dans la souffrance, l'inégalité et la violence. Nous sommes dans une situation ou l'Europe ne veut plus réguler. La faute à une forte liberté du marché etc… Quand les producteurs de pèches commence leur récoltent en même temps, la consommation elle n'augmente pas. Donc les prix se cassent la figure. Et les agriculteurs ne sont pas payés de la même manière d'un côté de l'autre de Pyrénées. Ce n'est pas normal.

Antoine Jeandey : Les producteurs de fruits du sud de la France en particulier sont soumis aux concurrences des pays voisins, notamment l’Espagne pour notre sud-ouest. Le problème vient du fait que cette concurrence ne s’exerce pas à armes égales. Nous sommes en Europe, que le marché français soit aussi ouvert aux Espagnols n’est, en soi, pas anormal. En revanche, chacun ne suit pas les mêmes règles. Nous sommes, en France, les champions des cadres réglementaires qui vont au-delà de ce que prescrit l’Europe pour tous ses Etats-membres. De fait, avec une application plus souple du cadre réglementaire chez nos voisins, notamment espagnols, on retrouve chez eux des facteurs concurrentiels de premier ordre. Et cela à différents niveaux. Concernant l’utilisation des produits de protection des plantes (ou favorisant leur croissance), les producteurs français sont soumis à des règles bien plus strictes que leurs homologues espagnols. Les conséquences, moins de risques face aux intempéries, attaques d’insectes, etc. côté espagnol, des fruits plus beaux pour les étals aussi, et produits à des coûts inférieurs grâce à cette meilleure protection des plantes. Autre facteur important, le droit du travail. Pour cueillir les fruits, il faut de la main-d’oeuvre, importante, en saison. En 2017, le Smic est deux fois moins élevé en Espagne qu’en France (source Le Journal du Net). Au-delà, certains syndicalistes agricoles vont plus loin en dénonçant l’embauche de migrants en Italie, pays où il n’existe pas de Smic, « presque pour rien ». L’ensemble de ces facteurs fait que l’on retrouve sur nos propres étals français des produits étrangers moins chers que ceux qui ont poussé juste à côté ! Et qui plus est, sans respecter les mêmes normes sanitaires. Au passage, les consommateurs français, au nom desquels on réclame à nos producteurs ces règles environnementales strictes, s’empressent dans leur grande majorité pour acheter les fruits espagnols et italiens, simplement parce qu’ils sont moins chers... Derrière, il y a des drames humains, des jeunes qui ne restent pas sur les fermes, des fermes qui s’arrêtent, des terres en friche, des suicides d’agriculteurs...

 

Quelle est la part de responsabilité des règles de commerce ? Du non-respect de la concurrence par exemple ? (D'autres pays respectent moins normes sanitaires ou ont un droit et un coût du travail plus souple) 

Bruno Parmentier : En Europe la majorité des pays sont ultra-libéraux, ils ne veulent plus de règles et en particulier ne veulent pas faire l'Europe social. On a l'Europe financière, l'Europe du commerce, mais pas sociale.  En France, sauf scandale, toutes les personnes qui ramassent de pèches sont payées au smic français. En Espagne il  y beaucoup de travailleurs marocains payé au prix du Maroc. On est dans la même Europe, alors pourquoi ne pas faire une Europe sociale avec les mêmes revenus ? 

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 12/07/2017 - 09:58 - Signaler un abus La patriotes sont-ils récompensés par la kamarade agriculteur ?

    Depuis dix ans au moins, je mets un point d'honneur à n'acheter l'été QUE des fruits français. En début de saison, j'attends 15 jours de plus pour que les fruits soient mûrs. Je paye le prix demandé sans regarder. A ce compte là, j'aimerais au moins avoir un fruit qui a du goût, au moins autant que la concurrence. Et honnêtement, ce n'est pas toujours le cas. Alors Monsieur Parmentier, le reste de l'Europe est ultrâliberâââââle, mais voilà, la France ne l'est pas. Et c'est les Français qui sont dans la mouise. Coïncidence ? Les producteurs agricoles Français qui font de la qualité ET qui ont réussi être en contact direct avec un segment de marché qu'ils comprennent, s'en sortent très bien. Même dans les fruits et légumes. Et je peux donner des noms.

  • Par Jean-Benoit - 12/07/2017 - 10:28 - Signaler un abus L'Europe qui PROTEGE qu'ils disent ?

    Et c'est pas fini ! Il y a aussi le CETA le TAFTA le Japon la Chine etc...etc...de mieux en mieux cette Europe là !

  • Par J'accuse - 12/07/2017 - 13:53 - Signaler un abus Pas plus d'Europe, mais mieux !

    Plus que ce qu'on fait déjà mal, certainement pas ! Mais moins d'Europe (en quantité) pour une meilleure Europe (en qualité), tout le monde sera d'accord. Sauf les dirigeants politiques, pour qui agir, c'est en faire toujours plus...

  • Par celajun - 12/07/2017 - 14:00 - Signaler un abus Fruits espagnols ? Pouah !

    En dehors des oranges, pas le choix, je n'achète jamais de fruits et légumes espagnols, bourrés de produits de toutes sortes et totalement insipides (le bouquet état les fraises strictement sans aucun goût alors que les fraises locales sont délicieuses. Elles arrivent plus tard certes). Hélas, quand on n'est pas dans une région de production, il devient quasi impossible de trouver de bonnes pêches. J'en redecouvre le goût en ce moment...,en Grèce !

  • Par vangog - 12/07/2017 - 16:07 - Signaler un abus Article incompréhensible!!!!

    qui a parlé de devenir nationaliste???? si cet article prétend attaquer le patriotisme économique, précisons deux choses à cet idéologue: il n'y a plus de nationalisme, comme le fut le socialisme allemand, car il n'y a pas d'idéologie, excepté les dernières idéologies gauchistes et leur dernier avatar, le macronisme! Et deuxio; la campagne des présidentielles est finie! mais les déboires du gouvernement Philippe-Macron ont si rapides et si prévisibles, qu'il faut de nouveau installer la peur pour préserver les escrocs au gouvernement de la France...

  • Par artesan - 12/07/2017 - 23:10 - Signaler un abus Responsables et innovants?

    Qu'attendent les producteurs français pour proposer des fruits de qualité ? Sûr, ils ne pourront jamais être aussi compétitif en termes de coût que les espagnols, les portugais ou les marocains. Par contre ils peuvent faire le pari de la qualité et des circuits de distribution plus directs, vers des consommateurs qui ne trouvent plus guère de fruits et de légumes de qualité (sauf à des prix prohibitifs) Plus difficile certes que de manifester et de demander la protection du Dieu État. Ceux qui se sont engagés dans cette voie n'ont pas besoin de déverser leur mauvaises marchandises devant les consulats. La France a encore besoin de grandes transformations culturelles.

  • Par Sangha26 - 13/07/2017 - 09:49 - Signaler un abus Péche ? NON ! Pêche !

    à Atlantico on ne sait pas que pêche s'écrit avec un accent circonflexe !!!!!! Par contre, il est indéniable qu'une pêche de la Drôme Provençale cueillie "à point" est quelque chose de délicieux et sans égal ! Pourquoi aller chercher hors de nos frontières ce que nous avons sur place ? Et surtout ne pas oublier qu'il y a un temps pour tout et que les pêches ne mûrissent pas au mois de mai en France !

  • Par zombikiller - 13/07/2017 - 14:15 - Signaler un abus orthographe

    il y a tellement de fautes d'orthographe et de syntaxe que je n'ai même pas fini l'article. Eh, Monsieur Atlantico, je paie un abonnement quand même....

  • Par Vm - 14/07/2017 - 08:36 - Signaler un abus Pensée collectiviste

    Encore une fois c'est la faute au grand méchant libéralisme ! Il faut le dire aux clients car eux ils veulent des fruits bons, beaux et pas chers, bande de salons. Quand à monsieur Parmentier il veut encore plus d'une URSS molle :"On ne pourra vivre sainement qu'avec plus d'Europe et non l'inverse. Avec une Europe qui régule, une Europe sociale, qui fait que tous les travailleurs qui ramassent les fruits soient payés de manière identique.". Il oublie de dire qu'en France on a pas le droit,de faire monter quelqu'un sur un escabeau dans un verger car c'est du travail en hauteur. Il y a t il une ligne éditoriale sérieuse à atlantico !

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Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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