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Cold case à l’état de nature : le massacre préhistorique qui sape les fondements de la pensée de gauche

Après la découverte des traces d'un massacre vieux d'environ 10 000 ans, les fondements de la pensée de Jean-Jacques Rousseau sont mis à mal. Et pour cause : ceux-ci reposent sur l'idée que l'Homme est, par nature, bon mais que la société et la propriété le corrompent. Ces découvertes précédant la notion de propriété, l'argumentaire en prend un coup.

C'est la faute à Voltaire ?

Publié le - Mis à jour le 29 Janvier 2016
Cold case à l’état de nature : le massacre préhistorique qui sape les fondements de la pensée de gauche

Atlantico : La découverte d'ossements témoignant d'un massacre d'humains il y a environ 10 000 ans vient d'être faite au Kenya. Datant de l'ère où les hommes préhistoriques étaient encore des chasseurs-cueilleurs, elle tend à démontrer que des humains se sont entretués bien avant l'apparition de la propriété. C'est la première fois que l'on trouve trace de violences entre groupes humains de l'époque du nomadisme, d'après un article paru le 20 janvier dans la revue scientifique Nature, signé de chercheurs de l'université de Cambridge et de l'institut Turkana.

Cette découverte archéologique peut-elle être interprétée comme étant contraire à la thèse de l'état de nature suivi notamment par Jean-Jacques Rousseau (selon qui l’homme est originellement bon, mais la société le corrompt) ?

Vincent Cespedes : Cela fait très longtemps que cette thèse de Rousseau a été invalidée. Cette dernière, bien que savoureuse, ne s'est jamais appuyée sur des données anthropologiques sérieuses et ce, depuis longtemps. Les chasseurs-cueilleurs se font la guerre. Il existe des massacres plus importants. Certains, au Soudan, sur la rive du Nil, concernaient une trentaine de personnes et étaient datés de l’an -13000, donc 3000 ans avant cette récente découverte. Des femmes et des enfants ont été massacrés.

Les zones de conflit sont des zones giboyeuses, où il y a de l'eau, des animaux, donc des ressources. C'est un conflit pour les ressources.

Dans le mythe de Rousseau de l'état de nature, l'idée d'une certaine abondance est primordiale. C'est là son erreur principale. Très clairement le monde n’est pas construit sur ce modèle, cela ne fonctionne pas ainsi : il n'y a pas partout des ressources, du gibier ; des zones de concentration de ces ressources et des zones désertiques. Par ailleurs le phénomène-même du nomadisme prend justement place dans les milieux où les ressources sont rares. Dès que les ressources peuvent être localisées, il devient possible de se sédentariser – avant même l'agriculture.

Rousseau s'appuie sur une idée d'abondance, de profusion et d'individus qui ne formeraient pas de communauté. Nous savons aujourd'hui, et ce depuis un moment déjà, qu'il y avait non seulement des communautés nomades mais aussi que les ressources étaient rares.

Quelle thèse, quel courant, quelle idéologie politique ou philosophique cela peut-il remettre en question ? Est-ce que cela peut servir de preuve pour invalider certains courants de pensée ?

C'est une analyse très complexe, mais cela invalide les thèses marxistes et même celles des libéraux fondées sur l'exploitation du travail d'autrui. Des esclaves et même des prisonniers ont été massacrés. On a affaire à l'exploitation de l'homme par l'homme. Avant même de parler de guerre il y a d'abord le problème d'exploitation et donc des inégalités.

Or, pour les marxistes et les libéraux, l'exploitation du travail d'autrui apparaît avec la mise en place de la dépossession de l'Etat, et finalement des classes sociales qui se mettent en place et qui vont s'affronter.

 
Commentaires

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  • Par Alain Proviste - 27/01/2016 - 09:43 - Signaler un abus ARTICLE INTERESSANT...

    Mais 2 questions : 1) Les ressources étaient rares. Certes, mais les hommes étaient au moins aussi rares : quelques millions d'individus sur tout la Terre. Il est vrai que certaines régions sont plus généreuses que d'autres. 2) Le succès du rousseauisme ne peut-il être relié à un sentiment de culpabilité européenne (la culpabilité est une exclusivité occidentale semble-t-il) suite à la conquête des Amériques ?

  • Par adroitetoutemaintenant - 27/01/2016 - 10:31 - Signaler un abus Les pedo-psychiatres le savaient depuis longtemps !

    Le nouveau-né lui même tuerait sa mère s'il le pouvait car cette "chose" ne répond pas assez vite à ses besoins de manger. Cela prends du temps pour enseigner à un enfant l'altérité! D'ailleurs certaines sectes en profitent pour soumettre leurs individus comme la secte musulmane où l'homme prévaut sur la femme, où la secte prévaut sur les autres et où quitter la secte est un blasphème puni de mort. Le caractère principal de cette secte est de garder ses sujets dans un état infantile. Altérité et tolérance sont des mots inexistant en arabe, langue de base de la secte.

  • Par zouk - 27/01/2016 - 11:01 - Signaler un abus Rousseau, l'homme naturellement bon?

    Quelles que soient les évidences, et m^me archéologiques, vous ne pouvez rien contre l'idéologie de la "glorieuse Révolution française". Elle nous a totalement détruits mais reste l'ultima ratio de la pensée PS.

  • Par vangog - 27/01/2016 - 11:15 - Signaler un abus Le phénomène du potlach est toujours répandu dans

    les sociétés socialistes et islamistes, et certaines peuplades indigènes reculées. Le don contre soumission avait quasiment disparu de nos sociétés occidentales, après la chute du mur, et les socialistes français ont remis à l'honneur cette pratique ancestrale...dans les sociétés islamistes archaïsantes, il a permis l'ascension des frères musulmans en Egypte, et, probablement, l'accession d'Erdogan au pouvoir. psychologiquement, le don contre soumission est très intéressant, car il échange des biens contre du pouvoir, soit deux idéaux qui nécessitent le même carburant, l'érotisation, carburant inépuisable à gauche. A propos de soumission, je n'ai rien compris au parallèle réalisé avec le libéralisme, parallèle qui sert sans doute d'équilibre satisfaisant la pensée unique en vigueur et qui exige que toute critique du gauchisme doit être modérée et s'accompagner obligatoirement de la critique du libéralisme...

  • Par J'accuse - 27/01/2016 - 11:24 - Signaler un abus Par-delà le Bien et le Mal

    Les concepts de Bien et de Mal sont inventés par l'homme : la nature -et donc l'homme, entre autres- n'est ni bonne ni mauvaise, elle est. La gauche est née et vit sur des idées religieuses, où Dieu s'appelle socialisme, Satan est le Capitalisme, et le serpent de la Genèse est l'argent. Le marxisme est l'opium du peuple, bien plus que le catholicisme qui a perdu une grande partie de son influence, et à peu près autant que le judaïsme sioniste et l'islam radical.

  • Par Camtom - 27/01/2016 - 12:47 - Signaler un abus Vangog

    Merci je me sens moins bête...je ne voyais pas non plus le parallèle avec le libéralisme...

  • Par REVERJOVIAL - 27/01/2016 - 13:43 - Signaler un abus Libéralisme et définition

    Je ne sais pas s'il faut faire le procès du libéralisme, mais je sais que personne n'est d'accord sur sa définition ? Quand à l'échange marchand ou le troc il est aussi vieux que le monde et il repose sur l'offre et la demande qui est à l'origine du capitalisme.

  • Par BOCE64 - 27/01/2016 - 14:09 - Signaler un abus libéralisme

    Le liberalisme, avant d'être une doctrine économique, c'est une Philosophie de la Liberté de la Responsabilité Individuelles. Simple non !?

  • Par Lorenzaccio - 27/01/2016 - 14:26 - Signaler un abus Oui mais le présupposé reste le même...

    Article intéressant mais qui reprend en partie la principale erreur dans la pensée de Rousseau, qu'il entend démonter, à savoir l'idée que l'état de nature a réellement existé. "L'homme à l'état de nature" ne peut être ni bon ni mauvais, puisque cette notion est en soi un non-sens : dès lors qu'on fait appel à la notion "d'homme", on le distingue par essence de "l'état de nature". Les réflexions pseudo-scientifiques sur le "processus" qui permettrait d'arriver à la civilisation relèvent donc du bavardage. Il y a homme dès lors qu'il y a langage et conscience de soi, or je n'imagine pas que l'on pourra un jour établir de façon mathématique l'ordre d'apparition du langage et de la conscience par rapport à d'autres comme, la propriété, la civilisation, etc. Tout au plus peut-on reconnaître que la naissance de ces deux ordres n'est pas datée précisément : elle a très probablement connu plusieurs naissances, ainsi que des morts temporaires, plus ou moins simultanées, à différents endroits du globe. Or, même en admettant cela, à l'échelle de l'âge de l'humanité tout ceci ne représente rien ou presque. L'homme est donc né avec la civilisation et tous les vices que Rousseau lui attribue.

  • Par vins100 - 27/01/2016 - 15:55 - Signaler un abus L'accès aux ressources ou l'état de conscience ?

    Peut-être me trompé-je mais il me semble que moins que l'accès aux ressources, c'est l'état de conscience - c'est à dire la quintessence même de ce qui nous fait homme - qui a conduit l'homme à massacrer son prochain. La conscience du beau, la conscience du rare, la conscience que ce qui est dans la main de l'autre serait mieux dans la sienne propre, cette pierre polie, ce bout de bois taillé, cette peau de bête, cette femme, cette pomme, etc. Même pas la notion de propriété mais la notion de détention. Cela précède toute idée de civilisation, de troc, de stockage

  • Par Neurohr Alain - 27/01/2016 - 16:26 - Signaler un abus El Sidron -50.000

    Dans cette grotte du nord de l'Espagne ont été retrouvés les ossements de douze membres d'une famille néandertalienne portant des traces de découpe de boucherie. Ils ont été massacrés et mangés crus (pas de trace de feu !) par d'autres Néandertaliens vers -50.000. Plus on remonte vers la bête, plus l'homme est bestial.

  • Par vangog - 27/01/2016 - 16:48 - Signaler un abus Et si l'homme était mauvais par nature...

    et qu'il devienne bon, grâce à l'expérience morale accumulée? Bon, allez, c'est décidé, j'écris l'antithèse à Rousseau, le nez dans le ruisseau...

  • Par Marco137 - 27/01/2016 - 17:19 - Signaler un abus @vangog

    Pas besoin d'écrire l'antithèse de Rousseau, Hobbes l'a fait : l'homme est un loup pour l'homme

  • Par vangog - 27/01/2016 - 20:26 - Signaler un abus @Marco137 heureusement que vous m'avez prévenu!

    Mais pourquoi ce Hobbes n'est-il pas plus connu que Rousseau? Les élites bruyantes nous auront encore menti à l'insu de notre plein gré?...

  • Par adroitetoutemaintenant - 27/01/2016 - 23:07 - Signaler un abus @Marco et Vangog

    On ne peut pas dire que Hobbes ait fait la critique de Rousseau car il est mort avant que Rousseau ne soit né. Donc vous pouvez faire la critique de Rousseau ! LOL. Même si Voltaire l’a faite. Le problème de la secte socialope est le refus systématique de revoir ses croyances même quand ils sont placés devant des faits scientifiques. Ils continuent à s’accrocher à des vieilles chimères comme des morpions aux poils du cul. Et comme les muzz ils maintiennent leurs élèves dans un état d’infantilisme et de soumission absolus. Et comme Rousseau, ils continuent à nous abreuver de la faute de la société à l’égard des racailles. La preuve en est le départ de cette ordure de la Justice qui faisait tout pour en abaisser le décorum nécessaire à la fonction de la justice, la ramenant à une justice digne d’une raie publique bananière.

  • Par Mike Desmots - 28/01/2016 - 10:20 - Signaler un abus Article rare et interessant ....

    Bon ...si j'ai bien compris ...., le marxo/socialisme est généralement bon. comme Rousseau ou Lénine and Co...mais , hélas, les hommes le corrompt ...! je comprend mieux pourquoi .., il ne peut que vivre et survivre qu'avec l'argent des hommes ...! d'où le potentiel de guerre rémanent ...pour combattre cette intolérance ....

  • Par Malaparte - 28/01/2016 - 11:10 - Signaler un abus C'est la faute à rousseau....

    Rousseau, un fumiste du siècle des Lumières qui préfigurait à merveille "l'intellectuel de gauche" du triste vingtième siècle.

  • Par Ganesha - 28/01/2016 - 11:55 - Signaler un abus Combat d'arrière-garde

    Vraiment amusante, cette avalanche de commentaires ''de droite'' qui voient dans cet article une justification de leur théories ! Dans la nature, la règle, c'est la prédation : les espèces carnivores se nourrissent des herbivores. Et chez les animaux qui vient en groupe, comme les singes ou les loups, il s'établit une hiérarchie sociale. Cela s'appelle la ''Loi de la Jungle''. Et chez les humains ? Le Libéralisme ! Tout l'idéal de la révolution de 1789 a été d'établir une plus grande égalité entre les citoyens, leur donnant les mêmes droits et devoirs. Le Marxisme et le Socialisme sont des tentatives pour aller encore plus loin dans la lutte contre les ''bas instincts de prédation et de domination''. Les résultats sont encore loin d’être parfaits, mais le combat continue ! Être ''Libéral de droite'', c'est un combat d'arrière-garde ! Une lutte désespérée contre les progrès de l'Humanité...

  • Par Mike Desmots - 28/01/2016 - 12:17 - Signaler un abus La révolution de 1789....une erreur historique fatale...!

    Même de nos jours .... 220 ans après ...nous vivons et subissons , toujours les séquelles de son inconscience criminogène .... c'est quelque part compréhensible ...vu que le socialisme et ses dérivés , est né dans le sang et la prédation du bien des autres ........

  • Par Karg se - 28/01/2016 - 12:18 - Signaler un abus Le néolithique

    C'est déjà la fin de l'état de nature. Notre espèce à 250 000 ans, les 3/4 de ce temps fut de la survie pendant les ères glaciaires et de l'expansion durant les périodes plus chaudes. Le néolithique c'est le début des problèmes: infanticides, massacres etc. Ca ne remet pas en cause le mythe du bon sauvage qui a toujours était une figure allégorique. Il faut simplement le corriger: c'est l'occupation total de l'espace qui entraine l'agressivité entre groupe humain.

  • Par Théophile - 29/01/2016 - 11:04 - Signaler un abus Contre-sens sur Rousseau

    Cet article concentre un bon nombre d'erreurs, je me contente de revenir sur la plus grossière. Cespedes semble penser que pour Rousseau, l'homme aurait réellement vécu, à l'origine, dans un "état de nature", où régnait l'abondance et la tranquillité, avant que la société ne vienne mettre la pagaille. "Etat de nature" qu'il compare sans trembler au jardin d'eden biblique. Or, si on prend la peine de lire le second discours de Rousseau, celui-ci précise bien que cet état de nature est une fiction, une expérience de pensée visant à établir si les inégalités viennent de la nature. Rousseau sait très bien que l'homme a toujours vécu en société, et même, il s'en félicite (cf contrat social partie 1 chapitre 8). Il sait très bien, également, que la nature n'est pas abondante et que de là vient entre autre la nécessité de la société et du travail en groupe. Quand au jardin d'eden, rappelons simplement que l'homme y vit sans connaitre la douleur, et la mort... or dans l'état de nature imaginé par rousseau, la nature est féroce et élimine les plus faibles, d'où une certaine homogénéité des survivants... Cette découverte ne remet donc pas en cause Rousseau.

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Vincent Cespedes

Vincent Cespedes est l'auteur de nombreux ouvrages, dont chez Flammarion, en 2010, "L'homme expliqué au femmes" et "L'ambition ou l'épopée de soi", en 2013. Ancien professeur de philosophie, il anime aujourd'hui des conférences et voyage dans le monde entier.

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