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La coalition allemande et le désordre italien vont bloquer les ambitions d’Emmanuel Macron de construire les Etats-Unis d’Europe

Le projet de réforme de l’Union européenne défendu par Emmanuel Macron aura bien du mal à convaincre la coalition gouvernementale allemande et l’ébullition italienne.

Atlantico Business

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La coalition allemande et le désordre italien vont bloquer les ambitions d’Emmanuel Macron de construire les Etats-Unis d’Europe

Rien de ce qui avait prévu par Emmanuel Macron pour renforcer l’Union européenne ne pourra fonctionner avec une Allemagne congelée par une coalition SPD-CDU laborieuse et une Italie en effervescence, qui va menacer la zone euro d’une crise bancaire sans précèdent en Europe.

Du coup, les ambitions du président français qui visaient à réformer l’Union européenne et surtout à accélérer une mutation vers plus de fédéralisme auront du mal à avancer.

Le projet d’Emmanuel Macron était de renforcer la cohésion de la zone euro pour la rendre compétitive face aux deux blocs qui se partagent la planète avec une Amérique du Nord qui n’a jamais été aussi puissante et une Chine qui accroit ses velléités hégémoniques sur l’ensemble de la zone Asie-Pacifique et au-delà.

Cette cohésion passait par trois séries de transformations.

Un : une coordination plus resserrée sur le terrain fiscal, social et budgétaire.

Deux : une réforme des institutions pour donner à Bruxelles plus de pouvoir et plus de légitimité démocratique, avec pour commencer un ministre de l’économie, un ministre des affaires étrangères et un ministre de la défense.

Trois : une plus grande solidarité financière avec un FMI européen capable d’intervenir au niveau des Etats et d’apporter aux banques en difficulté des moyens de recapitalisation. En clair, il s’agirait d’un mécanisme plus sophistiqué qu‘aujourd’hui, qui pourrait gérer une mutualisation des banques.

A terme, le projet secret d’Emmanuel Macron rejoint celui dont rêvaient les fondateurs de l’Europe : parvenir à installer « de véritables Etats-Unis d’Europe » à l’image de ce qui existe avec les Etats-Unis d’Amérique.

La situation politique qui s’installe en Allemagne aurait dû favoriser une évolution de la politique économique de l’Allemagne vers plus d’ouverture, de demande intérieure et par conséquent d’un effet d’entrainement plus fort qu’auparavant sur le reste de l’Europe.

L’arrivée des membres du SPD au gouvernement avec un plan de réformes très ambitieux et des pouvoirs importants dans l’équipe de direction aurait pu inspirer une évolution assez spectaculaire. D’autant que la conjoncture n’a jamais été aussi dynamique, ce qui gonfle la demande sociale et booste la demande interne.

Cela dit, le passage à l’acte des réformes va se heurter au radicalisme des deux fractions de la coalition. La CDU considère qu‘elle s’est fait voler son programme, elle va donc s’arc-bouter sur ses principes de rigueur budgétaire.

Du côté du SPD, les dirigeants étaient tellement réticents à participer à la gouvernance qu’ils craignent que les réformes qu’ils défendent n’engendrent pas les résultats qui leur permettraient de gagner des points d’audience. D’où leur extrême prudence politique.

Avec une coalition majoritaire un peu congelée, une chancelière ultra prudente mais en fin de parcours, on voit mal l’Allemagne accepter des abandons de pouvoir que le projet Macron implique. L’Allemagne peut à la rigueur accepter une refonte des institutions qui reviendrait à écarter les partenaires les plus faibles, à installer un ministre, à coordonner les systèmes fiscaux et sociaux. Mais l’Allemagne n’est absolument pas prête à installer une mutualisation des dettes sauf entre des pays d’un noyau dur qui serait constitué autour des principes de fonctionnement communs.

 
Commentaires

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  • Par bherry - 05/03/2018 - 09:32 - Signaler un abus Etats unis d'Europe! Même

    Etats unis d'Europe! Même dans tes rêves tu peux l'oublier. Et Macron l'envoyé spécial des oligarques on peut l'oublier aussi. Il finira dans les oubliettes de l'histoire.

  • Par Ganesha - 05/03/2018 - 10:36 - Signaler un abus Conditionnel

    Une fois n'est pas coutume : excellent titre, qui résume bien la situation. Mr. Sylvestre, lui, essaie toujours d'y croire... en conjuguant tous ses verbes au conditionnel !

  • Par cloette - 05/03/2018 - 11:14 - Signaler un abus @ganesha

    Où voyez vous un seul conditionnel dans l'article ? et je déteste la conclusion de JM Sylvestre " tout se met en place pour une fermeture, un repliement sur soi," etc.... On aurait pu conclure "tout se met en place pour plus de liberté et d'indépendance ",

  • Par vangog - 05/03/2018 - 19:32 - Signaler un abus Il a à peine un mandat pour la France...

    le minet-à-Cougars n’a aucun mandat, ni pour détruire l’Europe, ni pour déverser sa moraline gauchiste au Moyen-Orient. Tais-toi, Macrouille, et pense au sort de Matteo Renzi, qui sera bientôt le tien, comme celui de tous les mondialistes immigrationnistes...dans la bauge à cochons!

  • Par gerint - 05/03/2018 - 21:36 - Signaler un abus Donner à Bruxelles plus de pouvoir

    Ce n’est pas lui donner plus de légitimité démocratique mais bien le contraire et c’est ce qui est exaspérant

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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