Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 30 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le clash qui arrivait au pire moment : pourquoi ce début de semaine plombera non seulement Montebourg mais aussi Hollande et la France

Le départ d'Arnaud Montebourg de Bercy, lundi 25 août, laisse de nombreuses interrogations en suspens, notamment sur les questions européennes.

Et maintenant ?

Publié le - Mis à jour le 29 Août 2014
Le clash qui arrivait au pire moment : pourquoi ce début de semaine plombera non seulement Montebourg mais aussi Hollande et la France

Arnaud Montebourg a annoncé qu'il ne ferait plus parti du gouvernement Crédit Reuters/Charles Platiau

Atlantico : Alors que la France doit présenter son budget lors du sommet européen en cette fin de semaine, Arnaud Montebourg a-t-il choisi le pire moment pour se faire renvoyer du gouvernement ? N'aurait-il pas dû présenter un front uni avec ce dernier au moins jusqu'à samedi ou dimanche ? Dans quelle mesure la crédibilité du pays en est-elle affectée ?

Vincent Tournier : Je ne suis pas sûr qu’Arnaud Montebourg ait calculé le moment de son départ. Je pense même qu’il a été surpris par cette décision plutôt radicale, comme tout le monde d’ailleurs, car personne ne s’attendait à une telle annonce de la part de l’exécutif. Peut-on croire Arnaud Montebourg lorsqu’il laisse entendre qu’il a lui-même pris la décision de partir ? Sa conférence de presse est très dramatisée, mais il en rajoute dans la grandiloquence (en citant Saint Augustin et en se comparant au général romain Cincinnatus) et il ne dit pas pourquoi il part maintenant.

Surtout, s’il avait vraiment l’intention de partir de son plein gré, pourquoi le gouvernement devrait-il démissionner ?

Que le gouvernement tout entier démissionne pour le simple fait qu’Arnaud Montebourg émet des critiques est tout de même très étonnant. Certes, Montebourg est sans doute allé un peu loin (encore que, quand on lit sa déclaration au Monde, on voit qu’il reste assez modéré : il ne dit nullement qu’il est opposé aux économies). Mais en faisant ses critiques, il est dans son rôle de trublion, de contestataire puisqu’il est de notoriété publique qu’il ne situe pas sur la même ligne que Manuel Valls. C’est même pour cela qu’il est au gouvernement, auquel il apporte une fibre plus interventionniste dans les équilibres entre les sensibilités socialistes. Mais surtout, il ne faut pas oublier que ses attributions ont été sévèrement rognées puisque, pour la première fois sous la Ve République, le ministre de l’Économie ne contrôle pas les finances, cette compétence ayant été confiée à Michel Sapin. Or, Michel Sapin est exactement sur la ligne Hollande/Valls. Le 6 juillet dernier, celui-ci a même lancé un message très clair en déclarant que « la bonne finance » est « l’amie » du gouvernement, ce qui est évidemment un pied de nez à la fameuse formule de François Hollande sur la finance. Bref, si Manuel Valls s’est évidemment servi de l’occasion pour se débarrasser des concurrents qui pouvaient brouiller son message et prendre la tête d’une fronde interne (rappelons que Montebourg l’avait nettement battu lors de la primaire socialiste), il agit surtout pour des raisons beaucoup plus cruciales qui concernent le soutien du gouvernement par le Parlement.

Mario Draghi soutenait vendredi 22 août que la politique budgétaire devait être assouplie, ce qui correspondait aux vœux d'Arnaud Montebourg. Là aussi, alors qu'il trouvait enfin un allié en la personne du président de la BCE, peut-on parler d'occasion manquée ?

 

Dire que Mario Draghi est devenu l’allié d’Arnaud Montebourg est une vue de l’esprit qui est certes amusante, mais qui ne correspond pas à la réalité. Ou alors, il faudrait plutôt dire que Montebourg est devenu l’allié de la BCE dès lors qu’il a accepté d’être dans un gouvernement qui, de fait, a accepté d’entrer dans les clous de l’Union européenne. C’est d’ailleurs une question que l’on pourrait poser à Arnaud Montebourg : peut-on réellement être contestataire lorsqu’on est ministre de l’Économie d’un pays membre de l’Union européenne et de la zone euro ? 

Plus sérieusement, si on regarde les dernières déclarations de Mario Draghi, on découvre surtout que celui-ci a appelé les États membres à engager des réformes structurelles ("aucun accommodement budgétaire ou monétaire ne peut compenser les réformes structurelles nécessaires dans la zone euro", a-t-il déclaré). Or, c’est bien là qu’est le cœur du débat pour les mois qui viennent : jusqu’à présent, les mesures d’austérité sont restées relativement superficielles, elles n’ont pas encore affecté le cœur des États-providence. Mais désormais, étant donné que la crise dure et que la BCE ne peut plus utiliser le levier des taux d’intérêt, qui sont déjà très faibles, il va falloir attaquer le gras du morceau. Les décisions que vont devoir prendre les États européens vont donc être très douloureuses. À mon avis, c’est plutôt cela qui motive la décision de Manuel Valls : au-delà du cas Montebourg, il lui faut ressouder son camp pour affronter des échéances qui s’annoncent à haut risque.

Comment François Hollande peut-il demander une réorganisation du fonctionnement de la zone euro s'il ne peut plus s'appuyer sur le ministre qui soutenait cette orientation ? Le gouvernement se retrouve-t-il encore plus pieds et poings liés ?

Si le gouvernement est pieds et poings liés, cela n’a rien à voir avec le départ d’Arnaud Montebourg. En réalité, tout s’est joué dès l’élection de François Hollande, lorsque ce dernier a renoncé à renégocier les engagements qui avaient été pris par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. À partir de là, les jeux étaient faits, le gouvernement français n’ayant plus de marges de manœuvre pour mener une autre politique budgétaire et économique. Il est vrai que l’alternative impliquait de déclencher une grave crise en Europe, ce qui aurait obligé à tout remettre à plat, y compris la question de la monnaie unique. Or, François Hollande et les socialistes n’étaient pas prêts à entrer dans une telle logique de crise, sans doute parce qu’ils ne sont pas disposés à remettre en cause leurs idéaux européens, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas toucher à l’héritage mitterrandien. Et puis je ne suis pas sûr qu’ils aient un projet alternatif.

Le nouveau gouvernement sera soumis au vote de confiance du Parlement. Si ce dernier ne l'accorde pas, le spectre de la dissolution pourrait-il devenir soudainement bien réel ? Un raz-de-marée bleu pourrait-il aller jusqu'à contraindre le président de la République à la démission ?

 

Cette question de l’investiture par le Parlement me semble en effet être l’enjeu décisif de la démission du gouvernement : c’est la clef de tout. Car la question est la suivante : pourquoi le Président et le Premier ministre ne se sont-ils pas contentés d’un simple remaniement ? Pourquoi faire démissionner tout un gouvernement alors qu’un changement de quelques têtes suffisait, comme cela a été fait en juillet 2013 avec Delphine Batho ? Bien sûr, Montebourg et Hamon ne sont pas de la même pointure, mais la vraie raison est surtout parce qu’une démission implique que le nouveau gouvernement va aller se présenter devant les parlementaires pour obtenir un vote de confiance. Le but est ainsi de tuer dans l’œuf toute velléité de contestation. Car ceux que l’on appelle "les frondeurs" représentent un réel danger pour le gouvernement.Ce mouvement compte potentiellement une petite centaine de députés (ceux qui ont signé un appel dans le Journal du dimanche en avril dernier). Jusqu’à présent, ces parlementaires n’ont pas osé franchir le pas : seulement 11 d’entre eux se sont abstenus lors du vote de confiance du gouvernement Valls et, quelques semaines plus tard, 41 se sont abstenus sur le vote du pacte de stabilité. Mais que se passera-t-il s’ils se radicalisent ? Les socialistes ont une majorité relativement faible à l’Assemblée : rappelons que, lors du vote de confiance le 8 avril dernier, Manuel Valls a obtenu 307 voix pour et 237 contre (et 26 abstentions). Son assise n’est donc pas très forte. Il suffirait que 70 députés choisissent de s’abstenir ou qu’une quarantaine de députés votent contre pour que ses projets soient rejetés. Or, compte tenu de la dégradation de la situation économique, le gouvernement va très vraisemblablement devoir faire des réformes douloureuses, dans un contexte de fortes tensions sociales.

Pour les mener à bien, il doit avoir une majorité solide. Le renvoi des trublions du gouvernement est donc l’occasion de jouer sur ces deux tableaux. D’un côté, il peut se débarrasser de l’opposition interne pour éviter les voix discordantes ; de l’autre, il peut forcer les parlementaires récalcitrants à rentrer dans le rang en leur lançant un ultimatum : soit vous êtes avec le gouvernement, ce qui vous impose d’approuver les projets à venir ; soit vous passez franchement dans l’opposition, avec tout ce que cela implique. Peu de parlementaires oseront vraisemblablement aller jusque-là, car personne n’a intérêt à une dissolution, même la droite. Donc, au terme de cette opération, le gouvernement aura les coudées franches pour engager ses réformes. Il restera alors à savoir comment l’opinion publique réagira.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 26/08/2014 - 07:43 - Signaler un abus Le FN et Marine Censurés

    Hier soir, c'était l'occasion ou jamais de suivre à la télé les habituelles émissions politiques : ''C dans l'Air'' sur la 5, puis, juste après, enchaîner avec le ''Grand Journal'' de Canal +. Jour de chance : c'était justement la rentrée de vacances d'Yves Calvi et d'Antoine de Caunes. Je dois dire que j'ai été stupéfait par un spectacle hallucinant : j'ai suivi ces deux émissions avec ma meilleure attention et je crois pouvoir affirmer, que l'on y a parlé de tous nos leaders politiques, on a analysé la position des différents partis, sauf un ! Devinez lequel ! Je n'ai, pas une seule fois, entendu prononcer le nom de Marine Le Pen, ni du Front National. Ils n'existent tout simplement pas, ils sont sur une autre planète. Cette belle coordination n'est évidemment pas le fruit du hasard, et manifestement la cellule (secrète) de coordination de l'information possède une solide autorité : il y avait là Yves Thréard du Figaro, Christophe Barbier de l'Express, Raphaëlle Bacqué était resplendissante de beauté.

  • Par Ganesha - 26/08/2014 - 07:45 - Signaler un abus Télévision Soviétique

    Natacha Polony faisait ses débuts sur Canal et a répété plusieurs fois que le ''Courant Valls'' n'avait fait que 4 % aux primaires socialistes, mais que c'était son programme que l'on appliquait plutôt que la ''Promesse du Bourget''. Mais toutes ces célébrités suivaient comme des petits chiens la directive de la ''Haute Autorité de l'Information'' Télévision soviétique...

  • Par winnie - 26/08/2014 - 08:08 - Signaler un abus Gouvernement plombé ?

    Mais il s'ait plombé tout seul, en élisant un président de gauche qui durant 2ans n'a rien fait d'autre que de détruire la société française avec des lois sociétales et imigrationistes et laxistes . Le voila donc sous la pression de l'opinion et des journaleux obliger de tourner casaque et de faire un semblant de politique de droite, c'est sur que ça plait pas aux rouges du gouvernement. Enfin c'est un gouvernement totalement incohérent qui va dans tous les sens sans but , bref a sa perte.

  • Par vangog - 26/08/2014 - 10:16 - Signaler un abus Gouvernement réac?

    Le monde entier ( PS seulement l'Europe) conseillé à la France de réformer très rapidement l'archaïque système gauchiste qui régente sa fonction publique. Les gesticulations et les bla-blas de Montebourg ne partent que sur l'austérité qu'il faudrait, selon lui, arrêter! Or l'austérité socialiste est la conséquence de son archaïsme...c'est le serpent gauchiste qui se mord la queue! Tout ceci pour masquer l'échec de la socialisation de l'économie par Montebourg...

  • Par ELLENEUQ - 26/08/2014 - 10:41 - Signaler un abus En fait !

    Tous ces pitres, clowns et nuls que l'on regroupe sous le terme générique de "gouvernement socialiste" se foutent de nous. Ils ont des états d'âme, des discussions et autres palabres MAIS leur seul but est de gérer leur carrière et leurs revenus au mieux de leurs intérêts mais sans aucune pensée pour la France et les français. Leurs états d'âme, on s'en fout. Leurs théories fumeuses, on s'en fout. Ces salopards sont tout sauf des patriotes. Ils n'aiment que leur ventre, leur compte en banque, et leurs diverses maîtresses planquées à droite et à gauche dans les palais nationaux. Quant à leur sacro-sainte carrière on s'en fout. Ce sale individu de Montebourg a voulu nous faire pleurer à la télé sur TF1 car il allait être obligé de travailler de nouveau, ce qui veut tout dire sur son activité de ministre, de député et de pitre nationalisé ! Il oublie que 5 millions de français voudraient bien travailler, eux ! L"égoïsme, le cynisme la rapacité et le je m'en foutisme sont les caractéristiques de ce gouvernement ne merde !

  • Par langue de pivert - 26/08/2014 - 18:15 - Signaler un abus Les petits chiens gueulent de loin !

    Les députés socialistes sont des roquets qui aboient de loin...mais ils vont rentrer à la niche la queue entre les jambes pour continuer à trouver gamelle pleine ! Ils voteront le budget ! Dommage : Marine premier ministre de...Hollande ça aurait de la gueule ! ☺

  • Par sheldon - 27/08/2014 - 00:19 - Signaler un abus Ils n'ont pas parlé non plus du NPA, du FDG, du PC, etc !

    Tous ces partis qui ont un programme économique très proche du FN n'ont pas non plus été mentionnés si je ne me trompe pas !

  • Par vangog - 27/08/2014 - 00:27 - Signaler un abus Mais si, mais si, il a calculé, Montebourg!...

    Il s'agissait de faire durer sa présence au gouvernement le plus longtemps possible, afin d'acquérir sa "Presidentiabilité", mais d'éviter l'épreuve potentiellement fatale de la réforme des professions réglementées par l'état...Voilà pourquoi il lui fallait faire croire à tous qu'il mènerait cette réforme à son terme, tout en sachant pertinemment qu'il n'en prendrait jamais le risque...et quel délice de repasser la patate chaude à son meilleur adversaire potentiel, Vallsito, dont la côte de popularité va encore s'effondrer un peu plus, dans quelques mois, lorsqu'il s'attaquera aux chauffeurs de taxis, auto-écoles, notaires, pharmaciens etc...provoquant immanquablement une nouvelle explosion du chômage parmi ces PME francaises déjà très impactées par la crise (marge la plus faible de toute l'Europe). Montebourg compte même que des émeutes populaires éclateront...ce qui devrait achever de dégommer Vallsito et Flamby...et lui ouvrir la voie royale gauchiste de la Présidence en 2017, à ce digne héritier de Mitterand, hypocrite de tous les Français...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€