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Chute de Raqqa et Mossoul en vue : quel avenir pour le Calife et ses hommes après la perte de leur Etat (islamique) ?

La bataille pour la prise de Raqqa, capitale du groupe Etat Islamique, a débuté le 11 juin dernier. La perte de cette ville par le groupe terroriste serait un symbole, mais ne marquerait pas la fin de ses actions pour autant. Des attaques terroristes seraient notamment toujours possibles.

Au bord de l'éclatement

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017

Alain Rodier : Sur le plan de l'image de marque, il ne fait aucun doute que ce sera négatif pour Daech. Sur le terrain, c'est la zone de Deir ez-Zor qui restera à libérer. A la différence du théâtre irakien, Daech engage encore des matériels lourds (chars, artillerie) dans l'est de la Syrie, même en plein jour, preuve que la couverture aérienne est moins bien assurée. Il faut reconnaître que la situation est beaucoup plus compliquée pour les adversaires de Daech qui se répartissent l'espace aérien en faisant bien attention d'éviter tout "incident" regrettable (la coalition emmenée par les Américains, les aviations syrienne et russe et très ponctuellement les Israéliens).

Ces aviations n'ont pas obligatoirement les mêmes objectifs. Globalement Daech pour la coalition internationale (avec quelques objectifs constituées de milices gouvernementales jugées "menaçantes" par les Américains), presque tous les mouvements d'opposition au président Assad pour les Russes et les convois logistiques du Hezbollah faisant mine de rejoindre le Liban pour les Israéliens. 

Daech a déjà programmé l'"après Mossoul/Raqqa". Ces forces devraient se diluer dans le désert (sur le plan symbolique comme lorsque Mahomet a été chassé de la Mecque pour rejoindre Médine) pour revenir à une guerre de guérilla et terroriste. La question est : qui tiendra le terrain et administrera les populations sunnites qui peuvent constituer la masse dans laquelle les djihadistes se fonderont ?  

Dans un récent tweet, le journaliste et écrivain Mohamed Sifaoui déclare que suite aux récents revers militaires sur le terrain, le porte-parole officiel de Daesh, Abou-al-Hassan-al Mouhajir, appel les adeptes du groupe à intensifier les opérations militaires (terroristes) à travers le monde. En quoi cette mise en difficulté du groupe terroriste intensifie-t-il le risque de nouvelles attaques ? Qui du monde arabe, asiatique ou occidental risque-t-il le plus d'être vulnérable à ces potentielles actions terroristes ? 

Alexandre Del Valle : Ce que dit Mohamed Sifaoui est très juste et c’est la stratégie dont Abou Mohamed al-Adnani, le porte-parole du groupe Etat Islamique dont nous parlions plutôt préconisait, à savoir, intensifier partout les attentats. Cette organisation a deux dimensions, la première qui consiste en des prétentions territoriales lorsqu’elle parvient à se transformer en guérilla et à contrôler un état ou à le créer d’une part. Mais elle a une première dimension qui lui vient d’al-quaida et du terrorisme islamiste planétaire classique qui est communicationnel. Cette stratégie ne consiste pas à tuer pour tuer comme une guérilla ou une armée classique mais à tuer pour faire parler de soi.

Il est devenu de plus en plus difficile pour un terroriste de gagner la Syrie. La Turquie coopère de pas en plus dans ce domaine. Cela donne de plus en plus de jeunes qui sont frustrés de ne pas pouvoir aller prêter main-forte à l’Etat Islamique en Syrie et qui sont bloqués en Europe. Cela se traduit par un grand " réservoir " de djihadistes qui sont retenus en Europe. Des voix s’élèvent pour dire que les autorités auraient dû les laisser partir. Beaucoup de ceux qui ont commis des attentats auraient voulu partir mais ne l’on pas pu à cause de cette vigilance renforcée. L’un des terroristes italien-marocain de Londres a été arrêté alors qu’il était sur le point de partir. 

La stratégie de Abou al-Hassan al-Mouhajir consiste a compenser la perte territoriale en Syrie par un gain en publicité planétaire par un attentat en Thaïlande, dans les Philippines, aux Etats-Unis si possible et en Europe parce que cette dernière est le maillon faible théorisé par un des grands théoriciens du califat, Abou Moussab al-Souri. Gilles Kepel en parle souvent dans ses ouvrages. Il incitait les populations d’origine immigrées musulmanes à rejoindre le djihadisme. 

Les zones géographiques les plus exposées sont assez nombreuses. On peut mettre en avant la Jordanie, la Tunisie du fait de sa proximité avec le djihadisme libyen ainsi que le Yemen, toute la zone du Sahel qui est très faible et le sud de l’Arabie Saoudite. L’Irak et la Syrie sont exposés pour la bonne et simple raison que l’Etat n’y est pas encore suffisamment fort. En Asie, les Philippines et l’Indonésie sont à surveiller. Quant à l’Europe, les pays les plus frappés sont ceux qui abritent la plus grande population immigrée musulmane comme par exemple l’Allemagne, l’Angleterre, la France et la Belgique.

Alain Rodier : Mohamed Sifaoui a judicieusement relevé une déclaration effectivement très importante. Daech profère des menaces contre la France, la Russie, la Belgique, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et l'Italie. Il félicite aussi les "soldats du Sinaï, du Khorasan (Afghanistan-Pakistan), d'Asie de l'Est, de Perse" et cite les "soldats de l'islam Égypte, de Tunisie, de Libye, de Somalie et d'ailleurs". Ce n'est pas nouveau mais les messages velléitaires se répètent désormais à une cadence élevée ce qui est très inquiétant. 

En Europe, ils peuvent influencer des sympathisants de la cause salafiste-djihadiste pour qu'ils se décident à passer à l'action. Ces derniers sont à même de faire des dégâts importants malgré leur relatif "amateurisme technique" comme cela a été le cas à Londres et à Paris cette année (Manchester a malheureusement été plus "professionnel"). Le problèmes des returnees (revenants) est bien sûr toujours présent, certains observateurs estimant que ceux qui devaient rentrer sont déjà là. Leur capacité létale est supérieure à celle des "locaux" car ils bénéficient d'une expérience de terrain irremplaçable.

Le but de Daech va être de "venger" les revers qu'il connaît sur le front syro-irakien et de montrer qu'il existe toujours sur d'autres "fronts" et qu'il est même capable de s'étendre. On le voit aujourd'hui au Philippines et en Iran. La réaction de Téhéran est d'ailleurs intéressante: les autorités affirmant : "vous nous avez frappé, et alors ?" Point d'état d'urgence, de surveillance visible renforcée(1) ni de panique apparente dans la population. Pour Téhéran, Daech ne représente pas un risque pour la stabilité du pays. Quoiqu'on puisse penser du régime iranien, c'est un bel exemple de sang froid qui devrait être médité.

1. Il est vrai que le pays est déjà très sérieusement encadré par les pasdarans, les bassidjis, etc.  

 

 

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 14/06/2017 - 11:31 - Signaler un abus @A.Rodier: ne pensez vous pas que..

    ...les Américains convoitent le poste frontière de Al Tanaf, au carrefour de la Syrie, Irak, Jordanie, c'est la raison pour laquelle ils ont armé - relativement - les FDS sunnites et les Kurdes. Contrôler ce point stratégique leur permettrait de contrôler la province irakienne d'al Anbar, et donc d'empêcher les Iraniens, milices chiites et les troupes gouvernementales syriennes de réaliser la jonction entre Téhéran-Bagdad-Tanaf-le Liban contrôlé par le Hezbollah et enfin la mer Méditerrannée. La Turquie de fait soutiendrait les Américains, qui de cette manière contiendrait les velléités turques d'empêcher la jonction du Rojava kurde, et reviendrait dans le jeu sunnite contre le croissant chiite... Que c'est complexe! Je suis d'accord avec votre analyse, et celle de Del Valle

  • Par lasenorita - 14/06/2017 - 13:54 - Signaler un abus Ce ne sera pas la fin du terrorisme.

    Les musulmans CONTINUERONT à répandre le terrorisme et à envahir les pays dits ''civilisés'' parce qu'ils sont de plus en plus nombreux et au lieu de RESTER dans ''leur'' pays à travailler la terre et à conserver les belles cultures laissées par les non-musulmans, ils préfèrent venir chez nous où ils vendent de la drogue, volent, etc... et où on leur donne tout (logement, nourriture, aide médicale, etc.) sans qu'ils aient besoin de travailler!..et les gauchistes, qui nous gouvernent, les reçoivent mieux que les ''vrais'' Français.. qui, eux, sont obligés de se serrer la ceinture pour payer les impôts exorbitants réclamés par les gauchistes... les gauchistes qui, eux, dépensent nos sous allègrement!...

  • Par g16 - 14/06/2017 - 14:30 - Signaler un abus Russes et Turcs, sont des

    Russes et Turcs, sont des forces utiles, les Européens feraient bien de s'organiser avec eux pour une vraie lutte anti-terroristes partout.

  • Par RODIER - 14/06/2017 - 16:41 - Signaler un abus a Gordion

    Vous avez raison sur toute la ligne. J'avoue que, échaudé par le néoconservatisme de Mme Clinton qui risquait de nous conduire dans une guerre que nous ne voulions pas, j'attendais de voir ce qu'allait faire le président Trump en matière de politique étrangère. Il semble faire preuve d'un aventurisme et d'un manque d'expérience (ce dernier point ne peut lui être reproché) très inquiétants, particulièrement au Proche-Orient.(je ne connais pas bien la problématique de l’Extrême-Orient). J'ai peur que les néoconservateurs ne soient en train de l'absorber sous la menace du lancement d'une destitution en raison du comportement réel ou supposé de son entourage durant la campagne électorale. Quant à la Syrie, le jeu joué par Washington (que vous décrivez parfaitement dans votre commentaire) risque de conduire à des dérapages incontrôlables. Merci de me lire avec tant d’assiduité.. . .

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 14/06/2017 - 17:11 - Signaler un abus Aucun avenir bien sûr !!!

    Aucun avenir bien sûr !!! Car dans l'évolution du monde, Il y a plusieurs vitesses possibles, mais pas de marche arrière... ..........Ce n'est quand même pas 5 milliards d'individus qui vont se mettre à régresser de 5 siècles pour se mettre au niveau d'un petit milliard qui vit encore comme au 16ème S. Alors oui l'avenir est sombre pour EI . Il faut espérer que les dirigeants occidentaux décideront de les mettre hors d'état de nuire sur place afin d'éviter tout retour......Ils devraient faire confiance à Poutine pour régler le pb.

  • Par VV1792 - 14/06/2017 - 21:36 - Signaler un abus Pour detruire un ennemi, il

    Pour detruire un ennemi, il faut parfois le fixer et non le detruire completement, il faut l' user et le saigner. Autrement il se disperse, se transforme et apparait sous une autre forme.. Cela a aussi l' avantage de ne pas les voir revenir, et de pouvoir eliminer tous les tares qui continuent d' y aller..

  • Par Gordion - 15/06/2017 - 02:43 - Signaler un abus @A.Rodier:

    Merci à vous de bien vouloir me répondre. Concernant Trump, il est définitivement rentré sous la coupe des neoconservatives et du deep state.. Les déclarations de Riyadh concernant la seule source du terrorisme islamique, l'Iran, le prouve. Riyadh et Telaviv seul axe de la politique Moyen-Orient, voilà qui ravira Clinton et le deep state. Ce revirement est-il le résultat de la négociation avec ce camp pour bloquer l'impeachment contre Trump ? En tout cas, le containment de l'Iran et la diabolisation de la Russie sont bien de retour. Rien de bon à attendre au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Ukraine. Espérons que Trump saura canaliser les va-t-en guerres, genre McCain.

  • Par Gordion - 15/06/2017 - 06:33 - Signaler un abus @A.Rodier: liens utiles

    https://www.theguardian.com/world/2017/may/16/iran-changes-course-of-road-to-mediterranean-coast-to-avoid-us-forces https://consortiumnews.com/2017/05/15/the-push-for-trumps-impeachment/ Je suppose que vous connaissez! Cf aussi le dernier atrticle de C.Galactéros Bien à vous

  • Par Anguerrand - 15/06/2017 - 18:10 - Signaler un abus Ce gouvernement " propre " a un salaud de plus

    Bayrou, De Sarnez, Ferrand, Schiappa et j'en passe. Une majorité pléthorique et le roitelet Macron non seulement ne dégage pas ces truands, et fera strictement ce qu'il veut avec un groupe a l'Assemblee de 400 à 450 députés LREM c'est totalement fou. Tous les quelques autre députés ne serviront à rien, strictement rien. Dimanche il est encore temps de redresser un peu la barre sinon nous le payerons cher.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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