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Chrétiens d’Irak : les mille pièges qui s’opposent à la diplomatie vaticane

Dans un communiqué publié mardi 12 août le Saint-Siège a explicitement demandé aux autorités musulmanes de condamner les crimes commis par l’État islamique contre les minorités d'Irak. Parallèlement, plusieurs représentants du clergé ont confirmé que l’Église approuvait les frappes aériennes effectuées par l'armée américaine.

Les limites du compromis

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Chrétiens d’Irak : les mille pièges qui s’opposent à la diplomatie vaticane

Dans un communiqué publié mardi 12 août le Saint-Siège a explicitement demandé aux autorités musulmanes de condamner les crimes commis par l’État islamique contre les minorités d'Irak. Crédit Reuters

Atlantico : Comment qualifier les prises de position du pape sur la situation irakienne ? Quel message cherche-t-il à faire passer ? 

Frédéric Pichon : L’Irak est un des pays du Moyen Orient qui intéresse beaucoup le Vatican. Comme au Liban, les chrétiens y sont majoritairement catholiques. Historiquement, l’Eglise est implantée là-bas depuis longtemps, des missions dominicaines ont été envoyées dès le début du 19e siècle. L’exode massif des chrétiens de Mossoul et la tentative de nettoyage ethnique par l’Etat islamique a provoqué une prise de position inhabituelle de la part du Vatican, à savoir, approuver des frappes aériennes. Ce dernier pense qu’il n’y a pas de dialogue possible.

Alors qu’en temps normal il privilégie systématiquement le dialogue, la situation est tellement dangereuse pour les chrétiens d’Irak que le Saint-Siège n’a d’autre choix que d’adopter une position tranchée. Un mal pour un bien.

Gérard Leclerc : Il paraît évident que pour le Vatican c’est un tournant. Tournant qui s’explique par la gravité de la situation pour les chrétiens et les autres minorités. Ils sont pourchassés, forcés de quitter leurs maisons, sans qu’on sache toujours bien ce qui se passe sur place. Ce que l’on sait en revanche, c’est l’ambition de l’Etat islamique de supprimer toute présence chrétienne dans la région. L’approbation du Vatican s’explique par cette réalité. Cela peut surprendre, effectivement, c’est en rupture avec la doctrine exprimée et la pratique de la diplomatie à laquelle nous avions été habitués jusqu’ici. Il n’y a pas si longtemps le pape François s’était opposé à la volonté de François Hollande et de Barack Obama de sanctionner Assad par des frappes. Aujourd’hui la crainte des exécutions et de voir le conflit s’étendre dans la région a changé la donne. Par ailleurs, le pape Jean-Paul II s’est opposé par deux fois aux guerres en Irak contre Saddam Hussein. Toujours, le Saint Siège cherche à trouver le compromis. Sauf là. Il fallait des éléments cruciaux, une urgence, et nous assistons aujourd’hui à un renversement de la diplomatie du Saint-Siège.

Jusqu'à quel point la diplomatie du Vatican peut-elle s'engager dans la défense des chrétiens sans pour autant susciter une guerre de religions ouverte ?

Gérard Leclerc : Depuis le concile Vatican II, l’Eglise catholique est mue par une volonté de rapprochement interreligieux. On peut aujourd’hui se demander si cette ouverture n’est pas menacée, et par la situation, et par la détermination du Saint-Siège. C’est pourquoi le Cardinal Tauran, qui s’occupe du dialogue interreligieux, a publié une longue note à destination des autorités musulmanes, leur demandant de condamner explicitement ce qui se passe en Irak, en argumentant sur le fait que si ce n’était pas le cas, le dialogue entre les deux religions risquait d’être gravement compromis, et même de devenir incompréhensible.

 
Commentaires

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  • Par langue de pivert - 16/08/2014 - 11:52 - Signaler un abus La loi du Talion : y' a que ça de bon ! :-))

    Si on te frappe sur la joue droite : donne un bon coup de boule ! ☺ Bon je ne suis pas un bon chrétien ! Je ne suis même pas chrétien d'ailleurs ! Un proverbe arabe dit : "si tu ne peux briser la main de ton ennemi, baises-la" ! Ces histoires de mahométans ne se règleront que dans le rapport de force...et plus tôt on commencera plus ça sera efficace ! Combien de temps encore le sixième de l'humanité va-il se laisser marcher sur la gueule par quelques "énervés" ?

  • Par Vipas - 16/08/2014 - 11:57 - Signaler un abus Assad et le schrétiens

    "Il n’y a pas si longtemps le pape François s’était opposé à la volonté de François Hollande et de Barack Obama de sanctionner Assad par des frappes." Ce qu'Atlantico oublie de dire - c'était pourtant il y a pas très longtemps - c'est qu'Assad s'est toujours posé en défenseur des chrétiens ...

  • Par langue de pivert - 16/08/2014 - 13:27 - Signaler un abus j'voulais dire les 6/7 ! ☺

    j'voulais dire les 6/7 bien sûr !

  • Par Marie-E - 16/08/2014 - 16:49 - Signaler un abus Je trouve la réaction du Vatian plutôt équilibrée

    Que les autorités musulmanes condamnent les atrocités commises par des fous au nom de l'Islam et en même temps il faut approuver l'intervention armée la seule qui puisse mettre fin à cette armée composée de sadiques et sanguinaires qui s'en prennent entre autre aux chrétiens, mais aussi aux autres minorités que sont les yazidis... Par contre, ce que je regrette, c'est la politique passée du Vatican qui en ce qui concerne les chrétiens d'Orient s'en prenait systématiquement et presque exclusivement sous la pression du Patriarcat de Jérusalem, à Israël, pour avoir je pense la paix. Or on ne fait pas la paix avec des terroristes même s'ils se prévalent de Dieu, on les combat. Je pense que cela change avec le Pape François,mais il est temps vu les événements qui se passent au Moyen Orient et la dégradation rapide de la situation

  • Par Liberte5 - 16/08/2014 - 18:24 - Signaler un abus Il n'y a plus le choix.

    Cela fait des décennies que l'islam a déclaré la guerre à l'occident. Les dirigeants occidentaux ont toujours été dans le déni. Refusant d'appeler un chat un chat, refusant par lâcheté de prendre les décisions qui s'imposaient , ils ne peuvent plus reculer aujourd'hui. L'esprit de Munich qui prévaut encore ne pourra empêcher de répondre à cette guerre qui nous est menée. Il en va de notre survie.

  • Par sheldon - 17/08/2014 - 00:46 - Signaler un abus Le vatican pris au piège de Vatican 2 ?

    Il ne peut y avoir d'accord théologique, car pour les musulmans l'islam étant la dernière religion donné par dieu aux hommes en dictant le coran à l'oreille de Mahomet, est forcément la vraie religion que dieu veut que les hommes pratiquent. Pour certains musulmans d'ailleurs Jésus reviendra sur terre à la fin du monde, non pas dans sa toute puissance chrétienne, mais pour se convertir à l'islam. Ce sont des problèmes théologiques qui ont pris une importance grandissante en Europe où la grande majorité des européens sont encore chrétiens mais accordent dans l'ensemble très peu d'importance à leurs religions, alors que les musulmans (plus de 10% en France) sont restés très religieux, et particulièrement pour les "oeuvres" (clin d'oeil à la justification par la foi de Luther et Calvin vs à celle par les oeuvres !)

  • Par Le gorille - 17/08/2014 - 01:27 - Signaler un abus Syrie et EEIL

    Strictement rien à voir. Merci Vipas de l'avoir rappelé à votre façon. C'est le philosophe qui est à blâmer ici, pas le journaliste qui transcrit. Dans le cas de l'EEIL, on est dans une situation séculaire. Ce n'est pas la première fois que les musulmans pratiquent ce genre d'épuration. Au fait, qui en fut l'initiateur, l'instigateur et le maître à penser ? Hum ? Question à poser à "#qpuc"...

  • Par Le gorille - 17/08/2014 - 01:32 - Signaler un abus Dialogue intereligieux...

    Avec l'islam, les quelques bribes que j'en ai eues me donnent à croire qu'il fait du sur place, ce dialogue intereligieux. Ceci dit, vu la nature même de Allah, qui n'a abslument rien à voir ni avec Dieu ni avec Abraham (sauf question géographique), je ne lui vois guère d'issue. Alors, une réponse des "autorités" religieuses me laisse assez sceptique.

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Frédéric Pichon

Frédéric Pichon est diplômé d’arabe et de sciences-politiques. Docteur en histoire contemporaine,  spécialiste de la Syrie et des minorités, il est chercheur associé au sein de l'équipe EMAM de l'Université François Rabelais (Tours).

 Il est également l'auteur de "Syrie : pourquoi l'Occident s'est trompé" aux éditions du Rocher,  "Voyage chez les Chrétiens d'Orient", "Histoire et identité d'un village chrétien en Syrie" ainsi que "Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord".

Il anime en parallèle le site Les yeux sur la Syrie.

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Gérard Leclerc

Gérard Leclerc est un philosophe, journaliste et essayiste catholique. 

Il est éditorialiste de France catholique et de Radio Notre-Dame.

Il est l'auteur de l'Abécédaire du temps présent (chroniques de la modernité ambiante), (L'œuvre éditions, 2011). 

 

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