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Chômage en hausse dans l'informatique : symptôme d'une aggravation profonde de la situation de l'économie française ?

Le nombre de personnes sans emploi dans le secteur informatique a atteint son plus haut niveau depuis huit ans, selon les données de Pôle emploi.

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Atlantico : Les derniers chiffres du chômage montrent une nette augmentation dans la catégorie "système d’information et de télécommunication" qui regroupe désormais 40 700 demandeurs. Alors que ce secteur est souvent considéré comme attractif, notamment en matière d’embauche, qu’est-ce qui explique cette situation ? Quels sont les domaines les plus touchés ?

Didier Demazière : Depuis le mois de juin, le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi dans ce domaine a effectivement augmenté de 4000 environ, soit une progression de 10%.

C’est une variation conjoncturelle très rapide. Mais l’explication n’est pas simple car les variations du chômage peuvent s’expliquer par des entrées plus nombreuses ou par des sorties plus lentes. Or, nous n’avons pour l'instant pas de données assez précises et complètes pour l’informatique et les télécommunications. 

On sait néanmoins que dans l’informatique plusieurs situations salariales coexistent : certains salariés sont stabilisés dans la durée et sont peu mobiles, d’autres changent régulièrement d’employeurs pour progresser dans leur carrière, d’autres enfin travaillent de manière temporaire sur des missions et sur des projets à durée limitée. On peut supposer que c’est ce dernier cas de figure qui a alimenté le chômage du secteur : le faible rythme de l’activité économique et la volonté des entreprises de réduire leurs coûts externes ont pu conduire à diminuer ou décaler dans le temps, le recours à des prestataires informatiques. 

Le domaine des télécommunications se trouve dans une situation différente, avec une intensification de la concurrence, qui mène tendanciellement à une réduction du nombre de salariés. Mais cette évolution n’est pas toute récente, et n’explique guère la forte croissance du chômage ces derniers mois. 

Cette baisse préfigure-t-elle la fin de la situation préférentielle de l’informatique dans le marché du travail ? Quel avenir pourrait-on imaginer dans et pour cette branche ?

A propos de l’informatique, on a longtemps parlé, plus que d’une situation préférentielle, d’une certaine exceptionnalité, caractérisée par des difficultés de recrutement, autrement dit des pénuries de main d’œuvre. Il est toujours difficile d’interpréter ces phénomènes de pénurie, mais pour ce qui concerne l’informatique des études montrent qu’ils sont associés à des manières spécifiques de faire carrière, que l’on a pu appeler des "carrières nomades". C'est-à-dire des carrières organisées autour de mobilités volontaires, autour de changements successifs d’employeurs assortis de progression dans les fonctions occupées et dans les rémunérations perçues. 

Ce type de carrière peut, en théorie, coexister avec une croissance du chômage : dans un secteur comme les TIC (technologies de l'information et de la communication, ndlr) où les cycles de vie des produits sont courts et où les besoins en compétences techniques de très haut niveau sont constants, certains salariés, les mieux formés, ont la possibilité de négocier leur emploi et leur mobilité. Mais cela n’exclut pas que, dans le même temps, d’autres salariés, aux compétences moins pointues, moins recherchées, ou plus anciennes, éprouvent des difficultés à se maintenir dans l’emploi. En ce sens, la progression du chômage n’implique pas la perte de spécificité du secteur.

 

Le chiffre de demandeurs d’emploi dans le domaine informatique n’a jamais été aussi haut depuis 8 ans. Faut-il voir ici le symptôme d’une aggravation de la situation en général ? Et jusqu'où peut elle aller ?

C’est le chômage dans sa globalité qui a augmenté dans les huit ou les dix dernières années. Sur cette période, le domaine informatique a été plutôt épargné, parce que la santé économique de ce secteur n’a pas été mauvaise. Les produits et les services en matière de TIC se sont fortement développés, et le renouvellement rapide des technologies a contribué à tirer la croissance du secteur, notamment dans les services (commerciaux et techniques, en direction des entreprises comme des particuliers) puisque les productions industrielles sont peu localisées dans l’hexagone. 

On voit bien que chaque secteur a sa propre dynamique, sa propre trajectoire. Néanmoins un fléchissement durable du pouvoir d’achat des ménages et une dégradation persistante de la situation économique des entreprises ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur le domaine de l’informatique. Aussi peut-on s’attendre à une aggravation de sa situation dans un avenir proche. A plus long terme, les évolutions sont imprévisibles, notamment parce qu’elles apparaissent de plus en plus étroitement liées à la conjoncture plus générale. 

Propos recueillis par Pierre Havez

 

 
Commentaires

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  • Par la saucisse intello - 03/11/2013 - 11:23 - Signaler un abus Un grand patron du B.T.P.......

    Monsieur Jean-François Roverato (Eiffage) prophétisait il y a trente ans que de nos jours, le B.T.P offrirait plus d'emplois pérennes que l'informatique. A l'époque, bien entendu tout le monde a rigolé ! On voit.

  • Par vangog - 03/11/2013 - 11:27 - Signaler un abus Si les grandes entreprises commencent a rogner sur

    leurs coûts externes en Informatique, qui sont aussi une forme d'investissement, c'est qu'elles commencent à s'aligner sur les stratégies contraintes. des PME depuis cinq ans... Cela veut dire aussi qu'elles ne peuvent répercuter leurs coûts induits sur leurs tarifs et qu'elles sont arrivées à la limite concurrentielle du prix objectif de leurs produits. Après les charges externes, la prochaine piste d'économie, c'est les emplois fixes...

  • Par issartier - 03/11/2013 - 11:37 - Signaler un abus rien de rien

    Rien de rien. Il n’a pas su gérer son parti, ni gérer la France. Même si 91% des Français se trompent il doit changer le changement et mettre fin de lui-même à sa pénible et malheureuse expérience. Un chef d’Etat parvenu à ce niveau d’impopularité n’est malheureusement plus rien d’autre qu’un dictateur qui case ses quelques copains dans des sinécures….ceci dit sans méchanceté.

  • Par gile - 03/11/2013 - 11:52 - Signaler un abus Il ne faut pas se tromper d'analyse

    La baisse des effectifs dans l'informatique, comme ailleurs dans d'autres secteurs, résulte d'une part d'une conjoncture générale mauvaise et d'autre part d'une accélération des mesures prises par les entreprises pour augmenter, par une réduction des effectifs, leur compétitivité. Ces mesures de réduction des effectifs résultent aussi, de la part des entreprises, de la conviction que la crise en europe durerait encore et qu'il leur est devenu impossible de conserver des sur-effectifs comme elles l'ont fait jusqu'à présent. Et c'est sur cette conviction pessimiste qu'il faut considérer les prévisions de croissance en europe pour les 2 ou 3 années à venir.

  • Par yavekapa - 03/11/2013 - 13:16 - Signaler un abus Logique

    depuis la nomination du capitaine de pédalo sur le France, le navire, livré aux incapables, court sur son erre, gouvernail bloqué à bâbord (la Gauche) et va bientôt s'immobiliser, et va rouler bord sur bord dans la houle déchainée. Même le capitaine Haddock ferait mieux. Il nous faut un Tabarly, rien que ça, un breton au bonnet rouge ! Encore heureux qu'il n'y ait pas d'iceberg sur la trajectoire (quoique, Angela, ...).

  • Par lorrain - 03/11/2013 - 17:47 - Signaler un abus quoi d' étonnant

    le plus grand nombre d' ingénieurs en info est formé en Inde, les postes d' informaticien, avec les contacts à distance sont les plus facilement délocalisables, (pour mémoire, IBM France a délocalisé ses centres d' appel en république tchèque). il n' y a plus guère que les inter hard qui sont non délocalisables, et celles là avec le prix actuel du matériel à la baisse sont de plus en plus rares, maintenant, il est plus facile de changer un serveur que de faire la vidange d' une voiture, un bon tech suffit, voir même un utilisateur un peu averti avec un bon guidage.

  • Par lorrain - 03/11/2013 - 17:47 - Signaler un abus quoi d' étonnant

    le plus grand nombre d' ingénieurs en info est formé en Inde, les postes d' informaticien, avec les contacts à distance sont les plus facilement délocalisables, (pour mémoire, IBM France a délocalisé ses centres d' appel en république tchèque). il n' y a plus guère que les inter hard qui sont non délocalisables, et celles là avec le prix actuel du matériel à la baisse sont de plus en plus rares, maintenant, il est plus facile de changer un serveur que de faire la vidange d' une voiture, un bon tech suffit, voir même un utilisateur un peu averti avec un bon guidage.

  • Par jpierrr - 03/11/2013 - 19:49 - Signaler un abus Le "cloud" aussi contribue : Moins besoin de personnalisation

    Des solutions standard hébergées à distance. Cette famille de solutions a des avantages et des inconvénients, mais réduit certainement l'emploi informatique.

  • Par olivierj76 - 03/11/2013 - 20:36 - Signaler un abus Manque de prospective

    Bonjour, les jeunes font des études mais les débouchés ne sont pas là, on leur fait croire qu'ils peuvent être cadres: reste l'informatique. Tous les profils la convoitent: chimie, biologie, sociologie...tous les jeunes et moins jeunes sans solution. Il s'agit d'un problème profond: quels analyses des marchés ? et des segments ? Il n'y a pas assez d'emploi cadre. Cela étant un système où chacun va faire de la surfacturation 1 mois pour vivoter 10 autres mois toute sa vie est intéressant: plus de retraite à payer, cette retraite si redoutée et devenue trop cher. Que voulons-nous exactement ? un modèle de vie où les retraités créent une dynamique ou un modèle de larves devant vivoter avec des crédits à la consommation. A+

  • Par ignace - 04/11/2013 - 03:08 - Signaler un abus un monde s’achève , le futur sera très frugal....

    L'informatique est une technique pleine de qualités, sauf qu'au cours des vingt dernieres années elle a participée (in-volontairement) a la suppression de centaines de milliers d'emploi (qui n’étaient pas convertibles en informaticiens) les entreprises moyennes et petites et grosses , s’aperçoivent également que, c'est pas les 0.1 % de riches qui consomment 98 pour cent de ce qui est produit et que pour 99.9% des vrais clients qui n'ont plus suffisamment de thunes, c'est pas l'informatique qui va leur en donner (sauf par le crédit ..ligne informatique) ou l'informatisation de la monnaie de singe (QE1..2...3....4 aux USA) Ne nous plaignons pas trop, nous ne vivons pas dans des pays en guerre..mais restons vigilants et admettons que les hommes politiques depuis DE GAULLE , n'ont jamais rien maitrisé , car ils étaient eux mêmes maitrisés par la finance. LE PS, L'UMP et le FN ne sont que des oripeaux de la politique comme le dit Warren Buffet milliardaire américain Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de la gagner

  • Par çàcloche - 04/11/2013 - 05:43 - Signaler un abus le naufrage de l'économie

    tous les secteurs de l'économie sont touchés avec + de 5 millions de chômeurs et + de 5 millions de fonctionnaires ou assimilés le pays s'enfonce lentement dans un marasme sans précédent. toute l'informatique vient de l’Asie.

  • Par Ganesha - 04/11/2013 - 06:23 - Signaler un abus Fonctionnaires

    Travail titanesque que de répondre sans relâche aux commentateurs qui viennent expliquer naïvement et gentiment que les fonctionnaires sont le problème...il y a même quelques habitués qui ne sont pas encore passé par ici ! Allez donc au cinéma et voyez que les caissières sont remplacées par des bornes informatiques distributrices de billets. Même si votre cerveau est rongé par l'artériosclérose, faites l'effort d'enfin réaliser que les vrais emplois sont en diminution inexorable, continue, justement à cause de l'informatique, et même dans la fonction publique : vous ne déclarez pas vos revenus (feuille d’impôts) sur internet ? La société du futur, pour lutter contre le chômage, inclura donc de plus en plus d'emplois '' inutiles'', et pour ceux qui travaillent réellement, il faudrait bien entendu commencer par rétablir la ''préférence nationale'' : cela fera remonter les salaires et les rendra plus attractifs...

  • Par lsga - 04/11/2013 - 15:20 - Signaler un abus Problème de formation, avant tout

    En France, les écoles informatiques sont totalement dominées par des "vieux", développeurs d'applications type bureaux plutôt que d'application Web.   Résultat, la majorité des ingénieurs français bossent sur .NET ou J2EE, et sont à l'aise avant tout sur Windows. Or, le monde d'internet est largement dominé par l'Open Source, les langages de scripts type Python, Perl, PHP, et les serveurs Linux (et don Bash).   Les très grosses entreprises peuvent se permettre d'assumer les sur-coûts d'un développement web from scratch en C# ou en Java. En revanche, les StartUps et les PME ont besoin de s'appuyer sur l'environnement logiciels extrêmement riche de l'Open Source, qui pour le Web repose avant tout sur PHP.   Quand on aura en Français des livres de cette qualité là : http://www.amazon.com/Objects-Patterns-Practice-Experts-Source/dp/143022925X   ça ira déjà beaucoup mieux.  

  • Par polo75 - 05/11/2013 - 08:30 - Signaler un abus Analyse très partielle...

    Cet article aborde de manière très superficielle les problèmes de l'emploi dans le secteur informatique... Primo, la catégorie « systèmes d'information et de télécommunication », à laquelle se réfère cet article, ne couvre PAS tous les codes ROME et donc PAS tous les demandeurs d'emploi de nos professions (il manque notamment le code ROME I1401 Maintenance informatique). En réalité, POLE-EMPLOI dénombre fin juin 2013 environ 57 000 (et non pas 40 000) demandeurs d'emploi dans l'IT (dernier chiffre connu), ce qui correspond à un taux de chômage dans les métiers IT compris entre 8% (cat.A) et 9.8% (cat.ABC). Cf. http://munci.org/Evolution-du-chomage-des-informaticiens-sources-Dares-Pole-emploi-Insee Enfin, il y a d'autres raisons qui expliquent la hausse continue du chômage dans nos professions, et notamment le très fort JEUNISME dans la profession : 70% des recrutements portent sur des candidats ayant moins de 6 ans d'expérience (source : APEC 2013)... malheur aux autres ! A LIRE CETTE EXCELLENTE SYNTHÈSE SUR LA FACE CACHÉE DE L'EMPLOI IT : http://munci.org/emploi-informatique.pdf

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Didier Demazière

Didier Demazière est chercheur CNRS au laboratoire Printemps. Ses travaux portent sur le chômage et les politiques publiques d'emploi et sur les transformations du travail et les dynamiques des groupes professionnels.

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