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Le choc démographique qu’on n’attendait pas : comment les experts en sont arrivés à sous-estimer gravement la hausse de la population en Afrique

Depuis 2010, la population africaine connait une croissance d'environ 2.55% par an. D'ici la moitié du siècle, elle devrait représenter un peu plus de 2 milliards d'habitants, soit légèrement plus de 2 hommes sur 9. A l'évidence, la transition démographique africaine est loin d'être terminée.

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Jusqu'où est-ce que la transition démographique africaine peut-elle représenter un vrai défi d'ordre mondial ? En matière de ressources, par exemple, l'augmentation drastique de tout un pan de la population risque-t-elle de poser des problèmes ? De quelles solutions disposons-nous dans l'immédiat ?

Jusqu’ici, l’Afrique, à l’exception notable de l’Egypte utile (la vallée et le delta du Nil), était un sous-continent relativement sous-peuplé quand on comparait ses densités de population avec celles des grands deltas d’Asie méridionale et orientale ou même avec celles des campagnes de l’Europe occidentale. Elle dispose donc des ressources nécessaires pour abriter une population plus importante qu’aujourd’hui, que ce soit au niveau agricole, d’autant que les rendements actuels peuvent être grandement améliorés, de l’eau, présente en grande quantité au cœur du continent, ou des ressources énergétiques, dont elle regorge, comme en témoigne le pillage généralisé de la part des grandes puissances.

Le problème n’est donc pas tant le volume total de population annoncé que la date à laquelle l’Afrique atteindra ce chiffre. En effet, avec un niveau de développement économique européen, l’Afrique peut tout à fait abriter décemment 2 milliards d’habitants en 2200, mais d’ici 2050, la situation s’annonce compliquée car sauf miracle à la chinoise, il ne paraît guère envisageable que le développement économique puisse suivre à un rythme aussi rapide.

La seule solution dans l’immédiat est l’adaptation d’une politique de limitation des naissances, visant à ramener le plus rapidement possible l’augmentation de la population à un niveau raisonnable, sur le modèle de la politique menée au Rwanda, dont le gouvernement a pour objectif de diminuer par deux la fécondité pour arriver à trois enfants par femme d’ici la fin de la décennie. En effet, le gouvernement rwandais considère que la surpopulation a été un facteur explicatif du génocide qu’a connu le pays en 1994, étant donné la concurrence pour les ressources dans l’état le plus densément peuplé du continent. Cette politique fonctionne, puisqu’en 2015, la fécondité n’était plus que de 4,2 enfants par femme au Rwanda contre 6,1 enfants par femme en 2005. Il est donc possible de réduire la natalité, c’est juste une question de volonté politique. D’ailleurs, plutôt que de fournir une aide publique au développement qui finit bien souvent dans les poches de fonctionnaires corrompus, les pays occidentaux feraient mieux de s’engager dans la mise en place de programmes de limitation des naissances, qui auront un effet beaucoup plus efficace sur le développement économique que toutes les autres politiques, comme l’ont montré les succès économiques de la Chine suite à la politique de l’enfant unique. 

Que dire de l'immigration ? Si l'Afrique peut encore accueillir une hausse de sa population, son économie pourra-t-elle supporter le rythme de sa croissance démographique ? Quelles conséquences pour le continent ? Pour l'Europe ?

L’immigration est la grande inconnue du futur. Pour l’instant, aussi surprenant que cela peut paraître pour l’observateur européen, l’immigration africaine vers le reste du monde demeure très limitée par rapport à la population globale du continent, la majorité des migrations se déroulant au sein du continent africain, des pays les plus pauvres vers ceux un peu plus développé ou des pays en guerre vers ceux en paix. Par exemple, l’Afrique du Sud reçoit beaucoup d’immigrants du reste de l’Afrique australe ou le Kenya de Somalie. De même, en Afrique occidentale, la Côte d’Ivoire a, pendant des décennies, accueilli des immigrants originaires du Sahel.

Si le continent africain n’arrivait pas à enclencher un processus de développement économique permettant l’émergence d’une classe moyenne, et donc l’espérance d’un futur meilleur pour ses habitants, dans un contexte de maintien d’une natalité relativement élevée, la situation pourrait devenir explosive avec de grandes migrations de population, pouvant s’avérer violentes. Il s’ensuivrait une forte poussée migratoire vers d’autres régions du monde plus riches, à commencer par l’Europe, qui pourrait se retrouver submerger, la crise actuelle des migrants n’étant qu’un léger avant-goût du futur. Cependant, les scénarios catastrophes n’ont heureusement pas vocation à tous se réaliser, mais il faut les avoir en tête pour comprendre l’urgence d’agir pour une politique malthusienne en Afrique, politique qui a été couronnée de succès dans le reste du monde. En effet, à l’heure du débat sur le changement climatique, il est assez surprenant de voir que la question du rôle de l’augmentation du nombre d’êtres humains n’est jamais abordée comme étant l’un des facteurs d’accentuation des problèmes ! 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 17/12/2015 - 09:39 - Signaler un abus Typographe

    ''se retrouver submerger'' On rêve du jour où Atlantico remplacera enfin l'écolier analphabète qui lui sert de typographe ! Est-il vraiment si difficile de distinguer un infinitif d'un participe passé ?

  • Par C1iD - 17/12/2015 - 14:22 - Signaler un abus Je suis d'accord

    La démographie est LE gros problème. Et cela a déjà commencé. Pollution, chômage de masse, surconsommation des ressources, guerres perpétuelles, ... Et plus il y aura de monde, plus les problèmes s'accentueront. Des solutions... Difficile à dire, en attendant, faut serrer les dents.

  • Par Ganesha - 17/12/2015 - 14:45 - Signaler un abus C1iD

    Si je puis me permettre, ne serait-ce pas plutôt aux dames d'Afrique de serrer les cuisses...en attendant d'avoir obtenu d'autres solutions plus réalistes ?

  • Par essentimo - 18/12/2015 - 08:38 - Signaler un abus Il faut n'avoir que

    la vision politique du monde pour dire aujourd'hui que l'on n'y avait pas pensé et d'avoir considéré l'évolution du peuple africain(en particulier) comme un "marché" supplémentaire de consommation !

  • Par Alain Proviste - 18/12/2015 - 09:16 - Signaler un abus Article intéressant...

    ... sur un sujet trop rarement abordé. Et d'accord avec Ganesha, y en a des qui feraient mieux de se retenir. Quand on n'a pas les moyens de nourrir 3 gosses on n'en fait pas 10. Chez nous aussi d'ailleurs.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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