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Chine : pourquoi la politique des deux enfants par famille arrive trop tard pour relever le défi démographique du pays

La fin officielle de la politique de l'enfant unique est attendue en Chine. Le pays, trop peuplé, risque de connaître une crise démographique, avec une part trop importante de retraités par rapport au nombre de travailleurs. Il doit essayer d'inverser cette tendance.

Trop peu, trop tard

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Chine : pourquoi la politique des deux enfants par famille arrive trop tard pour relever le défi démographique du pays

La Chine risque de connaître une crise démographique. Crédit Reuters

Atlantico : La Chine va connaître un problème démographique, conséquence naturelle de 40 ans de politique de l'enfant unique. L'une des annonces attendues cette semaine est la fin de la politique de l'enfant unique. Cette annonce arrive-t-elle trop tard ? Une politique plus souple avec deux enfants ou plus aurait-elle dû être mise en place depuis déjà bien longtemps ?

Jean François De Meglio : Cette annonce fait suite à celle qui avait été faite déjà au cours du 3ème Plenum du même Congrès, c'est-à-dire il  y a un an. Elles font suite d'ailleurs à une série d'assouplissements de l'obligation de l'enfant unique (slogan "sheng yige hao" = en avoir un, c'est bien") établi en 1979. Il faut savoir aussi que, assouplissements ou pas, des entorses conséquentes ont toujours existé à cette loi d'airain. Les familles aisées vraiment désireuses d'avoir plus d'un enfant, par propension familiale, choix de vie, esprit d'indépendance relative ont depuis quelques années déjà accepté de payer les amendes associées à l'infraction consistant à avoir plus d'un enfant.

Par ailleurs, les arrangements locaux dans les zones rurales ont sûrement aussi permis de telles infractions sans trop de sanctions. Il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, parmi tous les pays d'Asie (hors Inde) qui connaissent le même phénomène de baisse du taux de natalité ou de stagnation en dessous du taux de renouvellement, la Chine présente le cas le plus spectaculaire de pyramide à la fois monumentale, "déséquilibrée" sur l'axe longitudinal (plus de garçons que de filles) et inversée, les classes d'âge les plus jeunes étant moins nombreuses que les plus âgées. C'est bien sûr la conséquence de la manifestation explosive ("implosive" devrait-on dire) de la politique de l'enfant unique. Elle était par définition prévisible il y a longtemps et on peut imaginer que, si cette politique a eu pour objectif simplement de résoudre le problème de la surpopulation, sa réforme  aurait dû passer en priorité dans les programmes du régime de Pékin. Cependant, d'autres priorités ont été choisies, il est cependant difficile d'imaginer que ce soit par pure négligence du problème. La Chine garde, en plus du poids désormais très lourd à porter des "dépendants" (bientôt un dépendant pour un actif, point d'inflexion que le Japon a atteint en ...1991, date du début de ses problèmes économiques) un autre problème à régler : celui de l'urbanisation. Une démographie potentiellement plus explosive a peut-être été rejetée par les autorités de peur que l'addition des migrations vers les villes (20% de plus de la population chinoise devrait être urbaine d'ici 20 ans) à une démographie potentiellement galopante (avec plus d'un enfant par couple) ne crée un phénomène dangereux. Une autre explication pourrait être aussi le changement de la structure sociale, favorisée par la disparition des collatéraux à la seconde génération d'enfants uniques. Ce changement profond est peut-être cohérent avec le type de nouvelle société que les incarnations précédentes du régime (plus dures) avaient pu souhaiter.

Outre le temps de latence très long qui sera nécessaire pour corriger la déflation démographique, il faut aussi se souvenir que le déséquilibre entre les sexes (plus fort que le pourcentage "naturel" qui fait qu'il naît toujours plus de garçons que de filles) amplifiera pour longtemps, comme l'ont montré les travaux du démographe Dumont et du Dr Isabelle Attané la difficulté à corriger la situation

 
Commentaires

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  • Par valencia77 - 27/10/2015 - 11:41 - Signaler un abus un probleme

    et seulement un! trop de population dans le monde! Il n'y aura pas assez de jeunes pour supporter les vieux? Un probleme qui existe seulement dans la tete d'un francais qui reve de ne pas travailler et d'avoir sa retraite a 50 ans. En fait on peut travailler facilement a 70 ans. Evidemment on va pas maneuvrer une pioche comme a 20 ans! La pluspart du travail moderne ne demande pas beaucoup de force physique. And it is Bei Jing, Capital du Nord! not Peking qui ne veut rien dire.

  • Par Ganesha - 27/10/2015 - 23:59 - Signaler un abus Un tout petit effort

    Serait-il possible pour l'auteur de cet article de faire un tout petit effort d'imagination et de comprendre que l'avenir de l'espèce humaine repose sur une réduction de la population ? Même si cela entraine des difficultés passagères !

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Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio est président de l'institut de recherche Asia Centre.

Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'Université de Pékin, il enseigne par ailleurs à l'IEP Lyon, à l'Ecole Centrale Paris, à HEC ParisTech, à l'École des Mines Paris Tech et à Lille I.

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