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Le chant du cygne de la méthode Chavez : comment le Venezuela est arrivé à une situation où le défaut de paiement est presque inévitable

Privé aujourd'hui de la moitié de ses ressources et devises à cause de la chute du prix du pétrole, en 2016, Caracas devra néanmoins rembourser 10 milliards de dollars de prêts (8,7 milliards d’euros). D’après le Wall Street Journal, le pays demande à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) une réunion d'urgence.

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Le chant du cygne de la méthode Chavez : comment le Venezuela est arrivé à une situation où le défaut de paiement est presque inévitable

Le Venezuela possède les premières réserves de pétrole prouvées au niveau mondial. Crédit Reuters

Atlantico : Comment expliquer que le Venezuela, qui avait pourtant toutes les ressources pour s'en sortir arrive à cette situation économique presque chaotique ?

Christopher Dembik : Selon l'OPEP, le Venezuela possède les premières réserves de pétrole prouvées au niveau mondial. Il a tout pour réussir. Au cours des quinze dernières années, un modèle économique efficace aurait pu permettre, grâce à la manne pétrolière, de diversifier le tissu industriel et de constituer un coussin desécurité pour affronter les périodes de conjoncture défavorable. Le modèle chaviste a eu l'effet contraire en accentuant sensiblement la dépendance du pays au pétrole. En 1998, juste avant l'arrivée d'Hugo Chavez au pouvoir, le pétrole représentait 74% des exportations du pays contre environ 95% de nos jours.
Pour ainsi dire, le Venezuela n'exporte plus que du pétrole. 
 
Le problème, c'est que pour qu'un tel modèle économique fonctionne, il faut un prix du baril de pétrole élevé. On estime que le budget vénézuélien, dont 45% des recettes sont constituées par les revenus du pétrole, a besoin d'un baril à 120 dollars pour être à l'équilibre. Ce n'est plus le cas depuis l'an dernier. L'entrée dans un cycle baissier de long terme de l'or noir, qui devrait durer au moins encore cinq ans selon les modèles historiques, a accentué les difficultés économiques du pays et fortement déséquilibré la balance commerciale. Toutefois, il serait erroné de considérer que l'incurie économique actuelle du Venezuela se résume à un problème de balance commerciale, c'est bien plus profond. 
 

Quelle est la part de responsabilité de l'héritage laissé par la politique de Chavez ?

Le bilan d'Hugo Chavez est globalement négatif, à l'exception de sa politique sociale, les fameuses Misiones Bolivarianas, qui ont permis à un pans important de la population de sortir de la pauvreté. Son expérimentation en matière de démocratie locale est également intéressante et pourrait tout à fait être répliquée dans d'autres pays.

En revanche, le bilan économique est désastreux. L'industrie pétrolière vénézuélienne n'est plus compétitive depuis longtemps et souffre d'un sous-investissement chronique qui hypothèque l'avenir économique du pays. Tout a commencé lors de la grève générale de2002-2003 contre Hugo Chavez qui a commencé à PDVSA, l'entreprise pétrolière nationale. Elle a abouti au licenciement des deux tiers des cadres et des salariés, et notamment des ingénieurs hautement qualifiés. Ils ont été remplacés par des retraités et des jeunes qui, avec moins de deux ou trois ans d'expérience, ont été propulsés à de hautes responsabilités, ce qui a pénalisé les capacités de production du pays. Les ingénieurs chinois sont venus par la suite prendre le relais mais le retard pris est difficilement désormais à combler.

Dès 2005, Hugo Chavez et son gouvernement ont le contrôle complet des principales institutions du pays et notamment de PDVSA qui devient la vache à lait du régime. Ses revenus permettent de financer la politique sociale du gouvernement, ce qui peut sembler légitime dans une certaine mesure, mais le problème c'est qu'elle ne dispose alors plus de suffisamment de liquidités pour moderniser son appareil productif. Le sous-investissement a abouti à une situation ubuesque où le pays, qui possède environ 25% des réserves de pétrole mondiales, est contraint depuis juillet 2014 d'importer de l'or noir car son exploitation n'est plus rentable. En effet, le pétrole vénézuélien, en particulier les gisements de sables bitumeux, a un coût d'exploitation plus élevé qu'en Arabie Saoudite.

 

Pour être rentable, il faut un matériel de pointe et un prix du baril beaucoup plus important que celui qui prévaut actuellement. L'endettement de PDVSA est de plus en plus inquiétant pour la stabilité financière du pays. Il est probable qu'à terme l'entreprise fasse faillite sous l'effetde l'incompétence de son management, de sa dette croissante et des déperditions financières liées à la corruption qui a connu un bond depuis la mort d'Hugo Chavez. Pour l'instant, les investisseurs font encore confiance à l'entreprise qui se finance sur le marché nord-américain en dollars US, ce qui permet directement d'apporter des liquidités au budget de l'Etat vénézuélien. Mais le coût est élevé: un investisseur détenant une obligation de PDVSA arrivant à échéance en octobre prochain recevra un intérêt de plus de 30% en dollars ! C'est énorme. En dépit des diatribes anti-capitalistes d'Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro, le Venezuela semble faire confiance aux marchés financiers et être disposé à payer le prix fort pour continuer à y avoir accès.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/09/2015 - 10:38 - Signaler un abus Les ingénieurs remplacés par les retraités et les jeunes...

    ah ben c'est sur! le socialisme dans toute son absurdité...encore heureux que les ingénieurs n'aient pas été envoyé dans des camps de re-éducation sociale...comme dans toute dictature socialiste qui se respecte!

  • Par cloette - 02/09/2015 - 17:06 - Signaler un abus vivre de ses rentes

    c'est ce que font aussi le Qatar et les émirats ...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 02/09/2015 - 18:58 - Signaler un abus Chavez était un vrai ...............socialiste !

    Le Venezuela nous montre très précisément ce qu'il ne faut pas faire: - Aller prendre l'argent dans la poche des riches, et les faire fuir.. - Faire croire au bon peuple qu'il peut moins travailler grâce au pétrole... - Excuser tous acte de délinquance car seule la société est responsable. A partir de ces trois concept, Chavez a ruiné son pays: - les riches sont partis ...et les emplois détruits dans l'industrie... - le petit peuple vit de combines et d'allocations...... - il est impossible de sortir la nuit tombée...au risque de se faire tuer... Et bien malgré ça il a toujours été réélu, et Maduro après lui.....super le suffrage universel ! Et ça vous fait penser à quoi ?.... A un pays qui n'a même pas de pétrole......mais plein d'idée pour faire encore mieux que Chavez, le pote de Mélanchouille !

  • Par zouk - 03/09/2015 - 10:32 - Signaler un abus Venezuela, Hugo Chavez....

    Ou Comment ruiner un pays riche et plein d'atouts

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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est depuis deux ans économiste de Saxo Banque France, filiale française de la banque d’investissement danoise Saxo Bank.

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