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PJ, 1999-2010 : changement de millésime

Dans leur ouvrage "Histoire du 36 illustrée", Claude Cancès et Charles Diaz relatent l'histoire de la police judiciaire. Extraits (2/2)

"the famous Quai des Orfèvres"

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Le long du quai des Orfèvres, dans le sens unique de circulation entre ses deux extrémités, du Pont-Neuf au pont Saint-Michel, voilà longtemps déjà qu’ont disparu les lourds autobus Berliet avec leurs receveurs et leurs passagers en chapeau feutre grillant du tabac gris sur la plateforme arrière. D’autres autocars, bariolés ceux-là, drainent désormais alentour des nuées de touristes venus de partout découvrir, appareil numérique en main, la ville la plus visitée au monde. À la nuit tombée, ces mêmes touristes se pressent sur les bateaux-mouches qui descendent la Seine en balayant de leurs projecteurs la façade sud du Palais de Justice pendant qu’une voix monocorde annonce par haut-parleurs : « À votre gauche, le famous quai des Orfèvres…»

À l’entame du XXIe siècle, Paris continue de s’amuser avec les souvenirs de chacun, en restant le même et en changeant toujours.

Comme le 36. Un lourd portail en bois clair à deux battants garde invariablement l’entrée du siège de la PJ parisienne. Mais, sécurité oblige, sous le porche qui vient derrière, d’épaisses grilles métalliques barrent désormais la route, imposant à tous le passage sous un portique de détection des métaux installé dans une petite salle contiguë. Celle-ci hébergeait autrefois les chauffeurs de permanence de l’état-major, prêts à partir à tout moment dans la nuit porter des ordres de mission ou des mandats urgents. Autant de déplacements que les réseaux électroniques d’aujourd’hui rendent bien moins nécessaires.

La cour du quai des Orfèvres est restée figée dans le temps. Il suffirait presque d’y remplacer les berlines modernes stationnées là par des Panhard ou Changement de millésime des Peugeot 203 pour revenir plus de cinquante ans en arrière quand les policiers portaient képi et comptaient dans leur trousseau la clef d’ouverture des bornes de secours disséminées aux quatre coins de la capitale.

Au fond de la cour, côté place Dauphine, décennie après décennie, le service de documentation criminelle de la PJ veille à tout garder en mémoire des milliers de crimes et de délits traités chaque année sur le ressort de la préfecture de police. Finis le classement manuel et les énormes caissons rotatifs d’antan. Terminée la permanence téléphonique du «680» qu’appelait l’enquêteur dès qu’il voulait en savoir plus sur l’un de ses « clients ».

Des batteries d’ordinateurs, des logiciels de recherche et de rapprochement (dont celui qui s’intitule CORAIL) ont maintenant pris le relais. À travers des terminaux sécurisés, ils délivrent une information souvent primordiale dans le cours des investigations qu’il s’agisse, par exemple, d’identifier le complice d’un braqueur ou de remonter jusqu’à l’origine de bijoux volés et retrouvés chez un suspect.

Mais que les accros du papier se rassurent. Le sous-sol du 36 recèle encore dans ses coins secrets des milliers de copies de procédures judiciaires qui, dans leurs cartons d’archives modèle EO 571, conservent le vécu des grandes affaires de la fin du siècle passé. Les marches du vieil escalier A craquent toujours autant. Et toujours aux mêmes endroits. Fatiguées mais inusables. Au deuxième étage, une fois franchie la paroi de verre qui filtre l’accès, on est au coeur de la direction de la police judiciaire parisienne. Le bureau du grand patron (le « pacha » disait-on autrefois) est là, tout proche. Pierre Touraine, Jean-Pierre Sanguy, Claude Cancès, Olivier Foll, Patrick Riou et, après eux, Gérard Girel, Martine Monteil, François Jaspart et Frédéric Péchenard l’ont successivement occupé ce dernier quart de siècle.

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Extraits de l'Histoire du 36 illustrée, de Claude Cancès et Charles Diaz, Jacob-Duvernet (avril 2010)

 

 
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Claude Cancès et Charles Diaz

Claude Cancès a été directeur de la Police judiciaire.

Charles Diaz est contrôleur de la Police nationale.

 

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