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Pourquoi la France est bonne en innovation mais peine à transformer l'essai

Dans le classement 2013 des 100 organisations les plus innovantes réalisé par l'agence Reuters, la France occupe la 3ème place, derrière les Etats-Unis et le Japon, ce qui en fait la championne d'Europe de l'innovation.

Peut mieux faire

Publié le - Mis à jour le 8 Octobre 2013
Pourquoi la France est bonne en innovation mais peine à transformer l'essai

"La faiblesse de la France réside dans la capacité de faire passer une technologie au marché." Crédit Reuters

Atlantico : En France sont déposés chaque année un nombre important de brevets auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) et notre pays reste un territoire attractif pour l'installation de centres de recherche de grandes entreprises internationales. Pourtant il ne parvient pas à être un grand pays d’innovation et malgré leurs records d’inventivité, beaucoup d’entreprises voient leurs ventes baisser. Comment l'expliquer ?

Yann Ménière : La France est un grand pays de recherche mais elle a du mal à transformer les résultats de la recherche en innovation au niveau des entreprises.

En dehors de quelques exceptions comme le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), on n’a pas de culture ni de pratiques bien en place pour faire percoler les résultats de la recherche vers leur implémentation concrète dans les entreprises.

La France a-t-elle des difficultés à protéger ses innovations ? Pourquoi ?

Je ne pense pas que la France ait des difficultés à protéger ses innovations, à part peut-être dans les PME où il y a un manque de culture du brevet et de moyens pour les valoriser, mais la faiblesse est moins dans la protection que dans la valorisation et la capacité de faire passer une technologie au marché.

Nos concurrents étrangers parviennent-ils davantage à créer de la richesse à partir de l’innovation ? Y a-t-il une difficulté à financer le développement des entreprises innovantes et/ou une défiance à l’égard des entrepreneurs ?

Je ne pense pas que ce phénomène soit plus marqué en France qu’ailleurs, la difficulté dans notre pays est de mettre en place des mécanismes de valorisation qui font que les innovations sont exploitées avec un profit pour l’économie française. C’est la différence, par exemple, pour une université entre vendre un brevet et laisser partir la technologie à l’acheteur ou alors mettre en place un système de licence où elle continue d’avoir le contrôle de l’évolution de la technologie.

C’est assez variable mais le lien entre universités, centres de recherche et entreprises est mieux mis en place aux Etats-Unis, en Allemagne ou encore au Royaume-Uni. Il y a un découplage historique entre le monde de l’université et les grands organismes de recherche comme le CNRS, avec une certaine hostilité ou une méfiance des deux côtés. Ce phénomène s’observe moins en Allemagne par exemple. On a un problème d’interface entre ces deux univers en France à quelques exceptions près et on a besoin d’institutions pour fluidifier ces relations. Cela ne veut pas dire qu’il faut déposer des brevets sur tous les résultats de la recherche universitaire et demander des royalties à chaque fois. C’est une vision naïve de vouloir déposer des brevets et les vendre à des entreprises. Ce qui marche bien, ce sont les partenariats de long terme. Une licence en ordre de grandeur ce n’est pas très important par rapport à tous les contrats de recherche des partenariats de long terme pour développer une technologie. On a mis en place dans les universités françaises des cellules de valorisation dont la mission est de faire de l’argent avec des brevets et souvent, elles coûtent plus qu’elles ne rapportent. C’est une vision étroite du transfert de technologie. A partir du moment où les centres de recherche sont financées par de l’argent public, il y a un paradoxe car ils demanderont davantage d’être rémunérés par le privé pour des technologies développées avec de l’argent public. Il ne s’agit pas de demander un prix maximal mais d’utiliser les compétences de leurs études pour organiser au mieux la diffusion de cette nouvelle technologie vers le monde industriel.

Quels autres facteurs peuvent expliquer les difficultés françaises ?

La France est assez bonne sur les formations scientifiques. Il y a un découpage entre l’excellence de la recherche des grands organismes et le monde universitaire. On a des universités qui forment mais qui ne sont pas toujours bien placées dans la recherche sans véritable culture de coopération avec les entreprises et on a des grandes écoles qui ont des étudiants proches des entreprises mais qui ne font pas beaucoup de recherche. On a un système historiquement calé sur le secteur public et un problème de spécialisation. La France est bonne dans des technologies traditionnelles mais pas forcément dans des domaines très spécifiques et n’a pas de culture de la start up. Il ne faut pas regarder la valorisation des résultats de la recherche en se focalisant uniquement sur les brevets et en cherchant à les vendre à tout prix. Si on veut organiser de façon efficace la valorisation de la recherche sur les résultats de l’entreprise, cela doit s’appréhender en amont avec des partenariats de long terme.


Propos recueillis par Karen Holcman

Article déjà publié sur Atlantico le 03/09/2013

 
Commentaires

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  • Par un_lecteur - 07/10/2013 - 17:18 - Signaler un abus Bonne analyse

    Les chercheurs du CNRS sont en majorité de gauche, et l'idée d'un partenariat avec un patron ne les attire pas. Dans un grand élan de générosité, ils préfèrent souvent mettre leurs résultats à la disposition de l'humanité. Après avoir publié - c'est bon pour leur carrière - ce qui empêche ensuite la prise de brevet. Les brevets : ce doit faire maintenant 30 ou 40 ans qu'on parle de brevet européen, sans le faire. Un brevet européen permettrait la protection sur un très grand marché, du même ordre que le marché US. Pour le moment un brevet déposé en France ne protège qu'en France, ce qui rend plus aléatoire le retour d'investissement. Parce qu'entre l'idée et le, produit commercialisé, il faut pas mal d'argent. Or nos entreprises sont surimposées par rapport aux Allemandes, par exemple, et les particuliers (inventeurs) ont du mal à trouver des business angels. Pas d'argent, pas d'innovation commercialisée - ou bien si le démarrage a pu se faire, et si çà marche bien, la difficulté à trouver des fonds pour suivre le développement fait que bien souvent l'entreprise ou le produit sont rachetés par des investisseurs étrangers ( Souvent US)

  • Par Imragen - 07/10/2013 - 17:32 - Signaler un abus Quelques remarques

    Il y avait 11.700 chercheurs au CNRS en 2009. Combien ont trouvé quelque chose selon la boutade de de Gaule ? Parmi ceux qui ont trouvé, combien se sont préoccupé d'une application commercialisable ? Mais cette question est une injure : ils sont dans la recherche fondamentale, pas dans la recherche appliquée. Peut être d'ailleurs n'est ce pas plus mal. Souvenons nous de grands programmes lancés par l'Etat pour moderniser la France : le Minitel et Concorde. Réussites techniques passées aux oubliettes de l'histoire, mais l'une d'entre fera la fortune de Xavier Niel dans le minitel rose. En se moralisant, elle permettra la création de Free.

  • Par un_lecteur - 07/10/2013 - 17:38 - Signaler un abus Micral

    Le premier ordinateur personnel au monde était français : le micro, de R2E. http://pro.01net.com/editorial/276631/mort-dun-pionnier/ Manque de capitaux, racheté par bull qui l'a tué. Combien de fabricants d'ordinateurs personnels en France maintenant ? Zéro. Nous avons la chance d'avoir un innovateur dont l'entreprise réussit : Xavier Noël, avec free. Mais qu'est-ce qu'on l'emmerde !

  • Par Jackline - 07/10/2013 - 20:03 - Signaler un abus Ca a l'air d'aller mieux, si

    Ca a l'air d'aller mieux, si on regarde ce que font les deux pôles d'excellence de Grenoble le Minatec ( avec le LETI : CEA ) et le Minalogic. De quoi oublier l' affaire Mors ! Et le plan calcul. Le CNRS qui fonctionne comme une confrérie du boudin, semble avoir été recadré et greffé comme un poulpe dont on se passerait bien sur des projets utiles. Bull a pratiquement enterré tous les partenaires que l' état a désigné, au lieu de favoriser les start up : on en avait.

  • Par jean fume - 08/10/2013 - 01:48 - Signaler un abus Mort de rire !

    ""En dehors de quelques exceptions comme le CEA"" Les seuls qui font de la recherche en France, le font parce qu'ils sont financés par les contribuables !! Et si les autres ne le font pas, c'est parce que les sommes qu'ils devraient (pourraient) y consacrer, leurs sont prélevées, avant même qu'ils n'aient eu le temps de les dégager, et justement pour financer les premiers ! Autrement dit, les prélèvements que subissent les entreprises, les empêchent de dégager les marges nécessaires. Et ce n'est pas des crédits d'impôts recherche qui peuvent y changer quelque chose, les prélèvements ne se limitant pas aux impôts. Mais pour comprendre ça, il faut être payé autrement que par les contribuables. . @ Imragen, totalement d'accord

  • Par la saucisse intello - 08/10/2013 - 03:52 - Signaler un abus Tout n'est pas noir.......

    Paris a été désignée "capitale des gay-gaymes" en 2018 !

  • Par timi - 08/10/2013 - 09:05 - Signaler un abus @ jean fume

    Vous êtes mal renseigné. De la recherche, on en fait dans de nombreuses entreprises privées françaises. Et si cela mène souvent à des innovations, ces dernières restent pour la plupart enfermées dans des armoires, en attendant le moment propice pour les exploiter commercialement. Malheureusement la rentabilité financière ne se satisfait pas de cette attente, et une rétribution copieuse du capital finit souvent par exiger de l'entreprise (ô ironie !) qu'elle se démette de l'équipe de chercheurs/trouveurs, par économie ou "rafraîchissement" salarial. Les armoires terminent à la bennes, ou dans un entrepôt d'archivage où elles tomberont dans l'oubli puis disparaîtront dans un sinistre ou un dépôt de bilan. Les innovations déjà commercialisées risquent aussi ce sort. Une entreprise s'aperçoit parfois, après avoir vendu un produit figurant à son catalogue, que ce dernier est absent de ses étagères et que l'équipe en charge susceptible de le faire renaître a été congédiée la dernière fois qu'on a dû gaver les actionnaires. L'entreprise entière peut aussi disparaître pour réaliser de sombres desseins financiers. Oui, l'impôt est lourd, mais le coût du capital et de la bourse est écrasant.

  • Par Michel. - 08/10/2013 - 11:53 - Signaler un abus Erreur dans le titre

    L'innovation C'EST l'essai transformé! Les talents et intuitions doivent se doubler de systématique de développement pour qu'il y ait innovation, sinon on en reste a être fier d'avoir aussi, une fois, pensé à quelque chose. Les technologies n'ont pas d'identité nationale, elles se développent dans les terrains fertiles, où qu'ils se trouvent.

  • Par DEVEL - 08/10/2013 - 16:24 - Signaler un abus Explication

    Si Monsieur Yan Ménière cherche à comprendre pourquoi la Finlande, troisième, est mieux placée que la France, au delà de la vingtième place, en matière d'innovation développée, je veux bien lui faire part de mon expérience : un cas d"école !!! Christian RICHARD

  • Par Imragen - 08/10/2013 - 19:06 - Signaler un abus @timi

    Vous exagérez dans votre démonstration. il existe des entreprises qui innovent et qui commercialisent leurs produits en France ou à l'étranger. Le Crédit d'Impôt Recherche a permis de financer une partie de ces recherches. Regardez l'inventivité et le dynamisme de certaines industries de l'électroménager. Mais en France, la recherche fondamentale (parfois ésotérique) est survalorisée par rapport à la recherche appliquée. Et les chercheurs, même dans les entreprises, préfèrent parfois se faire plaisir plutôt que de rechercher des produits en avance et potentiellement rentables.

  • Par gile - 08/10/2013 - 19:59 - Signaler un abus Je suis septique

    L'innovation doit nécessairement se traduire par des créations de produits et, bien souvent, par des créations d'entreprises, les fameuses start up. Combien la France a-t-elle d'entreprises au nasdaq ? Il me semble q'elles ne sont pas nombreuses. L'on nous raconte que la France a le potentiel scientifique mais ne possède pas la culture du passage de la recherche scientifique vers l'entreprise, c'est à dire les produits. L'explication me paraît peu convaincante. Je pense que la fiscalité est pour beaucoup dans cette faiblesse française. L'affaire des pigeons a parfaitement illustré le problème. Innover c'est souvent prendre des risques. Il faut donc que le jeu en vaille la chandelle. Peut être est-ce là le problème. Hier je lisais un sujet sur les startup israéliennes. Elles sont nombreuses au nasdq et s'arrachent au prix fort par les grands groupes américains. Au point que la plupart de ces groupes ont installé dans ce pays leurs unités de RD. N'y-a-t-il pas des exemples à suivre ?

  • Par zelectron - 08/10/2013 - 23:56 - Signaler un abus 2 cas principaux de tuerie de l'innovation

    - la confier à une grosse boîte qui croit tout savoir - faire appel à l’État : il ne vous paye même pas la fosse commune

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Yann Ménière

Yann Ménière est professeur assistant d'économie à MINES ParisTech et titulaire de la Chaire Mines-Télécom sur "IP et marchés de la technologie". Outre ses publications dans des revues universitaires, il écrit avec F. Lévêque un manuel sur «l'économie des brevets et droits d'auteur» (Berkeley électronique Press, 2004)

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