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A chacun sa vérité : et Emmanuel Macron souligna à son corps défendant la maladie qui ronge la démocratie française et la plonge dans la confrontation générale

L’entretien de dimanche soir entre le chef de l'Etat et Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, mais aussi l'attitude des deux journalistes, pose de nombreuses questions sur notre rapport à la démocratie.

Ni dieu, ni maître

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A chacun sa vérité : et Emmanuel Macron souligna à son corps défendant la maladie qui ronge la démocratie française et la plonge dans la confrontation générale

Atlantico : L'interview d'Emmanuel Macron et les réactions qu'il a suscité aussi bien dans la presse que sur les réseaux sociaux ne montrent-elles pas que notre démocratie, faute de pouvoir faire discuter des idées antagonistes, souffre du "à chacun vérité", ou de l'idée que tous les avis se valent ?

Christophe Boutin : Je ne le pense pas, pour la bonne raison que l’entretien d’Emmanuel Macron n’a jamais été un lieu de débat et de discussion. Mais faisons d’abord quelques précisions.

Dans notre démocratie, les idées antagonistes trouvent largement à s’exprimer : c’est le cas lors des élections, lorsque les candidats présentent leurs programmes ; c’est le cas, après ces élections, lorsqu’au Parlement on débat des textes à voter ; c’est le cas lorsque, par la grève, les syndicats s’opposent à un nouveau texte ; c’est le cas, dans la presse, lorsque les éditorialistes expriment sans fard leurs opinions. On peut s’interroger sur la réalité de ces débats : le débat électoral n’est-il pas biaisé par les puissances d’argent ?; les parlementaires de l’opposition ont-ils une influence réelle sur les textes ?; les grévistes sont-ils légitimes quand une minorité d’une profession permet un blocage de la société tout entière ?; les journaux sont-ils vraiment indépendants ?

Autant de questions clefs, mais on ne pas dire qu’il n’y a pas d’espaces de discussion dans notre démocratie.

Second élément, le débat démocratique suppose en effet qu’au moins dans un premier temps « tous les avis se valent ». C’est même le principe du pluralisme politique. Comme l’écrivait John Stuart Mill on ne peut décider avoir raison et s’arroger une omniscience. Ce qui fait la validité d’une proposition, c’est qu’elle résiste aux critiques, qu’elle s’impose par la raison. Une fois le débat terminé, par contre, la minorité a vocation à accepter les choix de la majorité, sous réserve qu’elle puisse continuer de s’exprimer librement, espérant devenir la prochaine majorité. Le « à chacun sa vérité » ne vaut donc que dans la phase de débat, et ne peut conduire, dans notre démocratie, à une diversité de choix politiques ni même de manifestations sociales qui se traduiraient, par exemple, par un multiculturalisme à l’anglo-saxonne.

 Si l’entretien de dimanche soir a suscité des interrogations sur ce point du relativisme, c’est peut-être que, bien à tort, il a été considéré par les deux journalistes participants comme étant un débat, un débat « entre égaux » a même tenté de plaider Edwy Plenel, convoquant les fantômes de la Déclaration universelle des droits de l’homme du Palais de Chaillot. Mais il ne s’agissait aucunement de cela, il s’agissait, comme Emmanuel Macron l’a fort justement rappelé, d’une interview donnée par le Président de la République à deux journalistes. Ni plus, ni moins. Et, dans un tel cadre, la « vérité » présentée dans leurs questions par les journalistes a vocation à être la moins subjective possible, ce qui n’a pas été le cas dimanche soir, ni chez un Edwy Plenel, dont les questions, biaisées, contenaient la réponse, ni chez un Jean-Claude Bourdin volontiers moralisateur.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 17/04/2018 - 09:11 - Signaler un abus Évasion fiscale

    Assommés en permanence par un incroyable pilonnage des médias, seul un tiers des français a eu l'audace de voter pour Marine Le Pen ! Mais, au bout d'un an, les autres commencent progressivement à sortir de leur torpeur. Ils se rendent compte qu'ils ont élu un banquier sans scrupules, qui approuve, sans la moindre honte ou remord, ''l'évasion fiscale''. Emmanuel Macron se conduit comme un malfaiteur qui a organisé le braquage d'une banque : la question qu'il se pose, c'est : de combien de temps dispose-t-il pour vider les coffres, avant l'arrivée de la police ? Le mouvement social actuel suffira-t-il pour le destituer ? Ce qui paraît évident, c'est que dans un an, lors des élections européennes, la crise se sera tellement aggravée, qu'il y aura une énorme poussée, dans tous les pays, des partis souverainistes. Peut-être pas au point d'obtenir la majorité absolue, mais suffisante pour empêcher la traditionnelle union crapuleuse des gauches et droites ''libérales''.

  • Par vangog - 17/04/2018 - 09:43 - Signaler un abus Quelle égalité?...

    Aucun d’eux n'était représentatif des Français! Ils ne représentent que la gauche, l’ultra-gauche et le centre-girouette, soit moins d’un tiers des Français à eux trois...ce débat était parfaitement représentatif de la démocratie française tronquée...Une démocratie à bout de souffle!

  • Par cloette - 17/04/2018 - 10:31 - Signaler un abus deux bobos gauchos

    questionnent un bobo gaucho .

  • Par A M A - 17/04/2018 - 16:47 - Signaler un abus Superbe endaufe entre

    Superbe endaufe entre gauchistes de Macron et de ses deux complices, Bourdin et Plenel. Parfait montage. Qu'ainsi Madame Michu soit indignée et se rende compte de quelle façon irrespectueuse ces deux gauchistes osent traiter leur Président (qui pourtant est lui aussi un gauchiste). Après les évêques, la France rurale et les gauchos, quel est le prochain spectacle de séduction grossiére?

  • Par vangog - 18/04/2018 - 09:03 - Signaler un abus Et le Macrouille s'émeut d'une guerre civile qui pourrait éclate

    en UE...Hé ho, Macrouille, ouvre tes mirettes! la guerre civile communautariste est déjà là, en France gauchiste...aveugle et sourd, le Macrouille?....

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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