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CGT : les véritables enjeux de l’affaire Lepaon

Alors que la CGT avait refusé de poser sa signature sur l'accord qui créait la rupture conventionnelle en 2008, Thierry Lepaon y aurait eu recours pour se séparer de son employeur. Une situation qui, au-delà de l'anecdote, révèle une réorganisation complète du paysage syndical français, du patronat aux représentants de salariés.

Un dialogue social en restructuration

Publié le - Mis à jour le 12 Décembre 2014
CGT : les véritables enjeux de l’affaire Lepaon

Thierry Lepaon. Crédit Reuters

Lepaon dans le 1.000 sur la rupture conventionnelle

L’information de la semaine fut incontestablement la nouvelle révélation, distillée cette fois dans l’Express, selon laquelle Thierry Lepaon aurait bénéficié d’une rupture conventionnelle de son employeur: la CGT! lors de sa prise de fonction à la tête de… la CGT! Le chèque de sortie-rentrée se serait élevé à 32.000 euros.

Après l’affaire de ses travaux dans son appartement en location, puis celle des travaux dans son bureau, le secrétaire général se trouve croqué dans la presse pour la troisième fois en un mois. Cette fois, c’est bien une forme d’enrichissement personnel qui est visée, selon un mode qui ne peut que choquer les militants. La CGT a en effet refusé de poser sa signature sur l’accord de 2008 qui créait la rupture conventionnelle… et voilà son secrétaire général qui l’utilise à titre personnel avec le syndicat dont il est le leader.

Voilà qui s’appelle Lepaon dans le mille!

Le plus fascinant est que le principal intéressé ne semble pas avoir mesuré l’ampleur des dégâts : non seulement il n’a pas jugé nécessaire de communiquer sur le sujet, mais il semble bien décidé à s’accrocher à son poste.

Lepaon rattrapé par ses ennemis

Ce petit croche-pattes dont Lepaon est victime fait suite à une longue série de maladresses, dont certaines devraient lui revenir à la mémoire. Par exemple, en octobre, Thierry Lepaon avait refusé l’accès de sa conférence de presse à une journaliste des Echos, Leila de Comarmond, jugée trop critique à son encontre. La même journaliste boit aujourd’hui du petit lait: après un article publié mardi 2 décembre où elle annonçait que Thierry Lepaon se trouvait désormais sur un siège éjectable, elle annonçait deux jours plus tard que "les grandes manoeuvres ont commencé" pour préparer la succession du secrétaire général.

Thierry Lepaon peut se mordre les doigts de ne pas avoir léché les mains qui peuvent caresser!

Les journalistes influents de la presse sociale ne semblent pas être les seuls ennemis de Thierry Lepaon, qui en tire profit pour crier au complot interne. Le seul problème dans cette théorie vient du peu de soutien dont Lepaon bénéficie de la part de ses propres amis: ses groupies Agnès Naton et Agnès Le Bot semblent peu pressées de le défendre, et se font tirer l’oreille pour figurer sur les photos où Lepaon apparaît.

Les vrais enjeux de l’affaire Lepaon

Au-delà de l’anecdote, une rupture sismique bien plus grave se joue au sein de la CGT, et bien plus inquiétante pour l’équilibre social du pays. Dans la partie d’échec qui se déroule porte de Montreuil, il commence à se dire que Philippe Martinez, secrétaire de la fédération de la métallurgie, pousserait ses pions. Si son nom n’apparaît jamais dans la fronde qui a commencé mercredi avec une réunion exceptionnelle du bureau confédéral à l’issue de laquelle une autre réunion a été décidée pour le vendredi, c’est bien avec lui que Thierry Lepaon a commencé à dealer son maintien en poste. Il lui aurait en effet proposé de le faire élire en 2016, au prochain congrès, comme secrétaire de la confédération, à condition de ne pas être destitué d’ici là.

 
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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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