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Cette volonté impérialiste chinoise qui se dissimule mal derrière le projet de la route de la soie

Dans un article publié ce 12 mars par Foreign Policy, deux auteurs dévoilent le projet chinois de la route de la soie sous un jour moins "favorable" qu'un simple projet d'infrastructures comme il est présenté le plus souvent, mais comme une réelle ambition impérialiste.

Quand c’est flou…

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Cette volonté impérialiste chinoise qui se dissimule mal derrière le projet de la route de la soie

Dans un article publié ce 12 mars par Foreign Policy, Robert Daly (directeur de l'Institut Kissinger sur la Chine et les Etats Unis) et Matthew Rojansky (directeur du Wilson Center's Kennan Institute), dévoilent le projet chinois de la route de la soie sous un jour moins "favorable" qu'un simple projet d'infrastructures comme il est présenté le plus souvent, mais comme une réelle ambition impérialiste, notamment vers l'Asie centrale, tout en élaborant des stratégies d'intégration aussi bien avec l' Amérique latine que pour l'arctique.

Dans quelle mesure le projet "One Belt One Road - OBOR" pourrait-il être trop naïvement perçu en dehors des frontières chinoises, et dans quelle mesure une stratégie impérialiste -ici décrite- est-elle réellement à l'oeuvre ? Quelles sont les zones directement concernées par une telle stratégie ? 

Emmanuel Dubois de Prisque : Sur un plan strictement économique, la logique des nouvelles routes de la soie est avant tout interne à la Chine. Pékin tente de reproduire à l’étranger ce qui a été fait à l’intérieur du pays quand il s’est agi de relancer l’économie en 2008-2009: dépenser de l’argent dans de nouvelles infrastructures pour trouver un emploi aux surcapacités de production des entreprises chinoises, alors même que la croissance chinoise ralentit. Il n’est pas possible d’étendre à l’infini les lignes à grande vitesse et de multiplier les villes nouvelles en Chine, alors que la population stagne. Il faut donc se tourner vers l’étranger. Le soutien par un nombre toujours plus grand de pays de la politique économique de fuite en avant du gouvernement chinois viendra le conforter dans ses choix. C’est un peu étrange, mais tout se passe comme si la fierté de leur réussite des Chinois augmentait parallèlement à leur inquiétude quant à l’avenir du monstre géopolitique qu’ils sont en train de faire émerger.

D’un point de vue géopolitique justement, les nouvelles routes de la soie sont en effet pour Pékin une façon de lier son destin à celui du reste du monde. « Nous sommes tous dans le même bateau » nous répètent à l’envi les Chinois, ce qui pour nous veut dire, au-delà de la rhétorique sympa et « inclusive », que si la Chine coule, nous coulerons avec elle, il faut donc qu’elle continue d’émerger. Espérons que ce bateau, aussi massif soit-il, ne se révèle pas être un Titanic avec des caractéristiques chinoises.

Cependant, le Parti n’est pas tout puissant à l’étranger. Il lui faut faire face à des gouvernements souverains qui ne se sentent nullement obligés par les injonctions du Parti, contrairement aux provinces chinoises. Cela fait des décennies que la Chine prévoit par exemple de construire un tunnel ferroviaire sous le bras de mer de 120 km qui sépare la Chine de Taïwan, un projet encore inclus dans le dernier plan quinquennal chinois (2016-2020). Tout est prêt aujourd’hui du côté continental pour réunir enfin « les compatriotes » des deux côtés du détroit, séparés par la méchanceté conjuguée de l’Histoire et de la géographie, tout…sauf les Taïwanais qui ignorent souverainement, c’est le cas de le dire, un des projets phares du plan quinquennal. La preuve que les provinces chinoises ne sont pas toutes logées à la même enseigne de Pékin. Qu’en sera-t-il de pays dont la souveraineté n’est contrairement à celle de Taïwan, nullement disputée par Pékin ?

 
Commentaires

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  • Par vangog - 14/03/2018 - 13:38 - Signaler un abus « Nous sommes tous dans le même bateau »?????

    sauf que...le déficit de la balance commerciale française avec la Chine atteint 5,7 milliards d’euros par mois..faites le calcul sur dix ans, et comprenez que ce pays impérialiste aspire les devises de la France gauchiste, grâce aux manœuvres du très bête OMC gouverné par le socialiste-collabo Lamy. Lorsque la croissance chinoise tombe en dessous de 8%, les Chinois se battent....lorsque la croissance française atteint péniblement (et grâce à un surplus migratoire...) les 1,7- 1,8%, les benêts socialistes sont heureux, comme le minet-à-Cougars...

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Emmanuel Dubois de Prisque

Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie.

 

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Valérie Niquet

Valérie Niquet est Maître de recherche et responsable du pôle Asie à la FRS.  Elle est l'auteure du livre "La puissance chinoise en 100 questions" aux éditions Tallandier.

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