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Cette découverte française qui pourrait permettre de traiter la dyslexie

Une équipe de chercheurs français de l'université Rennes I vient de publier les résultats d'une étude menée sur la dyslexie, ce trouble de la lecture qui peut causer des difficultés d’apprentissage. Dans cette interview, nous avons demandé à Antoine Tanet, neuropsychologue, de nous expliquer les enjeux d'une telle avancée.

Vicotire ! (ou presque !)

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Cette découverte française qui pourrait permettre de traiter la dyslexie

Atlantico :  Une équipe de chercheurs français de l'université Rennes I vient de publier les résultats d'une étude menée sur la dyslexie, ce trouble de la lecture qui peut causer des difficultés d’apprentissage. Selon celle-ci, il s'agirait peut-être d'une anomalie de l'oeil. Quelles sont les principaux enseignements de cette étude ?

Antoine Tanet : Cette étude nous réapprend que la dyslexie n'est pas un diagnostic médical mais un handicap comportant plusieurs types d'origines, l'une d'elle pouvant potentiellement être visuelle.

Ce qui était déjà connu : une vingtaine de travaux avaient montré ces origines visuelles depuis une dizaine d'années. Une auteure assez connue sur ce sujet qui s'appelle Sylviane Valdois et qui travaille à Grenoble a beaucoup travaillé sur ce qu'on appelle la dyslexie visuo-attentionnelle. 

Le succès de cette étude est lié au fait qu'elle a réussi un phénomène physiologique clair, ici une asymétrie des taches de Maxwell et l'impact que cela peut avoir dans une dynamique comportementale sur l'apprentissage d'un code visuel extrêmement complexe comme l'est le langage écrit. C'est cela qu'à la lumière de cette découverte on réapprend. Le succès de cette étude vient bien entendu du fait qu'elle est française, précise, bien faite et surtout qu'elle nous réapprend cette route de l'apprentissage qu'on interprète trop souvent comme un résultat acquis qui résulte en fait d'une origine organique assez précise. On a trouvé une nouvelle cause précise de la dyslexie via cette anomalie.

Ces découvertes ouvriraient la voie à un traitement expérimental pour améliorer la lecture ? En quoi consiste leur proposition ?

Là on touche quelque chose de très intéressant. Les rééducations pour la lecture sont aujourd'hui très grossières, et ce même si bien entendu tout le monde tente de faire du mieux possible. L'idée de pouvoir avoir un traitement qui puisse se fonder sur une base organique est rassurante. A une nuance près : quand vous avez une asymétrie de la tâche de Maxwell, cela n'a pas un impact à l'âge de 6 ans. C'est quelque chose que l'enfant a développé, qui fait partie de son quotidien de sa naissance à son apprentissage de la lecture. Quand bien même on essaierait de traiter, la vision a été "malformée" pendant ces 6 ans. C'est l'enjeu de la rééducation, ce qu'on effectue après le CP : il faut réussir à trouver des moyens de réapprendre de manière correcte à identifier la forme globale des mots. Ce qui est très compliqué. Un simple traitement à 6 ans sur le plan organique ne devrait à mon avis pas avoir suffisamment de répercussion sur l'apprentissage. En revanche on peut envisager que le plus vite on dépiste, le plus vite on peut faciliter l'apprentissage. 

Quelles sont les autres pistes à l'étude aujourd'hui ? Avec quels types de résultats ?

Il y a beaucoup de pistes aujourd'hui, beaucoup d'études qui portent sur l'accès à la lecture. Ce dont on manque aujourd'hui, c'est de technique de prise en charge qui permette à des enfants de lire au moment de la découverte de la dyslexie, car tous les processus en jeu sont déjà acquis. Les enfants ont une perception altérée. 

 
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Antoine Tanet

Antoine Tanet est neuropsychologue en psyhciatrie de l'enfance à la Pitié-Salpetrière, doctorant dans le laboratoire ISIR (Cnrs-Paris VI). Il exerce aussi en libéral à Tours.

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