Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 11 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

CETA : ce Wallon qui défie le monde entier

Alors que les négociations du traité CETA font de plus en plus parler d'elle, le ministre-président wallon Paul Magnette et son Parlement viennent de jeter un pavé dans la mare de la si "démocratique" Union européenne.

Leçon

Publié le
CETA : ce Wallon qui défie le monde entier

Les Francs, qui ont donné leur nom à la France, ont créé leur premier royaume occidental (très décentralisé) sur le territoire actuel de la Belgique et de l’Allemagne de l’Ouest. Crédit Reuters

Paul Magnette, le ministre-président wallon (si, si, ça existe !), est en train de donner une drôle de leçon de démocratie aux Européens. Son Parlement vient en effet de refuser, malgré les pressions internationales (et notamment européennes) qui s’exercent sur cette minuscule région (dont le PIB est équivalent à celui de l’ancienne région Aquitaine), son consentement à un texte négocié dans des conditions opaques. Et, contrairement à ce qui se passe en France (et ailleurs), chez les Wallons, le ministre-président obéit au Parlement.

L’affaire mérite d’être décryptée par le menu, car elle souligne une fois de plus l’absurdité de l’eurolâtrie en vigueur en France, notamment à gauche, et plus précisément encore à l’Elysée.

Elle nous rappelle aussi que la France retrouverait la voix de sa grandeur en s’élevant à un standard supérieur de démocratie.

Pourquoi un front wallon du refus ?

On regardera utilement la vidéo où Paul Magnette, ministre-président wallon, explique pourquoi la Wallonie n’autorise pas le gouvernement fédéral belge à ratifier le CETA :

L’analyse, sur le fond, est simple : l’opacité dans laquelle ce traité est négocié, jointe à des manoeuvres d’intimidation pour obtenir une ratification avec des débats au mieux purement formels, n’est pas compatible avec les valeurs qui inspirent prétendument ce texte. Paul Magnette s’est livré, au passage, à une tirade tout à fait intéressante sur l’échec du multilatéralisme et sur le retour du bilatéralisme qui vaut la peine d’être écoutée.

Les Wallons proposent aujourd’hui une négociation bilatérale sur une déclaration interprétative qui dissiperait leurs doutes.

Une vraie délibération démocratique

Au passage, le Parlement wallon a utilisé une méthode, pour préparer son avis sur ce traité, qui constitue une véritable délibération démocratique dont le Parlement français ferait bien de s’inspirer. De nombreuses séances de discussions, de réflexions, d’auditions, ont eu lieu pendant deux ans avant de passer au vote. Au final, les débats ont opposé les partisans de la signature à ceux qui ont refusé le principe d’équivalence des normes.

Majoritairement, les députés wallons souhaitent que le libre-échange intègre des valeurs environnementales et sociétales fortes (notamment l’exception culturelle). On s’étonnera de ne pas voir les gauches européennes à l’unisson de ces revendications.

Nos ancêtres les Wallons

Les Wallons forment-ils aujourd’hui le dernier village gaulois en Europe ? En les écoutant, on peut le croire, et soudain, les Wallons nous rappellent leur véritable identité. Autant dire que la Wallonie est une invention des anglo-prussiens de 1815 qui ne s’appuie sur aucune rationalité historique autre qu’un goût prononcé pour le communalisme dont les racines sont profondes.

Tous les petits Wallons apprenaient en effet à une époque cette phrase célèbre de la Guerre des Gaules de César :

"Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux".

Durant l’Antiquité, l’indépendantisme wallon constituait donc déjà une légende.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Jean-Benoist - 18/10/2016 - 09:48 - Signaler un abus merci aux wallons

    Qui se rebiffent sinon nous les sans dents français a cause de ce pouvoir lache et complaisant allons tomber dans la machine a broyer mise en place par les ricains

  • Par raslacoiffe - 18/10/2016 - 11:46 - Signaler un abus Excellent article

    Les références à l'histoire sont essentielles pour comprendre le présent. L'article le rappelle. Merci les wallons d'être ce dernier village "gaulois" de résistance que la France ne sait plus être, en ayant le courage de retoquer le multilatéralisme destructeur des identités et je ne suis pas europhobe.

  • Par Gré - 18/10/2016 - 14:12 - Signaler un abus "le faux peuple wallon,

    "le faux peuple wallon, imposture de 1815 " L'auteur ferait bien de réfléchir au fait que le mépris dont cet énarque les accable ne peut que développer chez les Belges francophones, ce "racisme français" dont se plaint périodiquement un autre francolâtre : Jean Quatremer. Français ? vous disent la majorité des Wallons, même pas dans mes pires cauchemars !!

  • Par Eolian - 18/10/2016 - 16:33 - Signaler un abus Bravo

    pourvu que grâce aux Wallons, ce traité tombe à l'eau (Altrantique bien profond......)

  • Par Joly Maurice - 18/10/2016 - 21:33 - Signaler un abus Excellent article!

    Merci pour toutes ces références, espérons que les wallons tiennent bon! la pression sur eux est énorme!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€