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Cet énorme coût politique que les candidats "raisonnables" ont généré en laissant largement le terrain de la critique des excès du capitalisme financiarisé aux candidats des révoltes radicales

Souvent accusés de tous les maux, le capitalisme financier et la financiarisation de l'économie française ont transformé notre société en quelques dizaines d'années. Mais ils sont aujourd'hui rejetés par une partie de la population. De plus en plus de Français sont séduits par les offres anti-libérales de certains politiques.

Anti-libéral

Publié le - Mis à jour le 21 Avril 2017
Cet énorme coût politique que les candidats "raisonnables" ont généré en laissant largement le terrain de la critique des excès du capitalisme financiarisé aux candidats des révoltes radicales

Atlantico : Alors que le premier tour des élections présidentielles s'approche, on observe que les offres anti-libérales sont de plus en plus populaires auprès des électeurs. Mais cette adhésion est-elle pour autant motivée par un rejet du libre-échange, de la liberté d'entreprendre ? Quelle est la part de cette adhésion qui a pu être motivée par un rejet des dérives du capitalisme financier, mises en lumière notamment lors de la crise de 2008 ?  

Rémi Bourgeot : La question du rapport au libéralisme est complexe, puisque en réalité nous sommes confrontés à un système économique avant tout bureaucratique et qui répond de moins en moins à la définition historique du capitalisme. Les développements liés à la mondialisation ont reposé sur une instrumentalisation du concept de marché financier, fardé de croyances technocratiques dénuées d’empirisme : la rationalité absolue des marchés, leur efficience, les bienfaits méta-économiques d’un libre-échange total avec des pays qui n’en respectent pas les règles, etc. 

On constate un rejet de cette récupération bureaucratique, qui a été au cœur des institutions de la mondialisation et de la construction européenne depuis quarante ans, en particulier dans sa focalisation sur la question monétaire.

Dans le même temps, le contrôle étatique des sociétés atteint en réalité des sommets de minutie. Derrière la prétention des bureaucraties au libéralisme, la liberté d’entreprendre est mise à mal par des procédures qu’on aurait difficilement imaginées il y a quelques décennies. En France, la réaction à ces évolutions prend pour l’heure la forme paradoxale d’un étatisme nostalgique, ethniciste dans le cas du FN. La synthèse américaine (qui va bien au-delà de la personne controversée de Donald Trump) autour d’un libéralisme entrepreneuriale qui remet en cause les failles de l’ordre industriel mondial est déjà plus intéressante. 

Il est évident que la finance s’est déconnectée de l’économie réelle, mais ne croyons pas que, sous sa forme actuelle, la régulation financière règle le problème. Elle s’attèle très peu à la question de la responsabilisation de banques européennes sous-capitalisées et habituées au « too big to fail ». Dans le même temps la frénésie réglementaire encourage surtout le développement de nouveaux produits dérivés, qui répondent justement aux nouvelles contraintes réglementaires, et de passerelles de la fonction publique vers le monde bancaire.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 16/04/2017 - 14:57 - Signaler un abus L'agiornamento n'a pas eu lieu. C'est un euphémisme.

    La social-bureaucratie française - dont les politiques qui à 85% sont des fonctionnaires - a repoussé le libéralisme tant qu'elle a pu - et le repousse encore - parce que c'est une menace à son pouvoir absolu. Elle y est allée contrainte et forcée, donc de manière fataliste et passive en passant bêtement les plats de la politique européenne. Incapable de comprendre ni les bienfaits ni les excès, on lui doit récemment la lamentable sortie de la PAC, qui a créé des suicides d'agriculteurs par tombereaux . Pire, elle met tout en œuvre pour que le libéralisme soit un échec. Par exemple, ayant verrouillé le système éducatif, elle a créé un journalisme à 80% antilibéral, des étudiants de sciences (pi)po qui voteraient, dit-on, Méchancon à 70%, et des juges du mur des cons en dé-partition des prud'hommes. Le seul qui, à une époque éloignée, aurait pu un peu infléchir le courbe, c'est Nanard Tapie, mais las, la social-bureaucratie - qui possédait le Lyonnais, rappelons-le - lui a piqué son flouze. Il faut se rappeler que l'ex PDG du Lyonnais, Haberer,a dit un jour à l'assemblée nationale, que pour tenir son poste, il était indispensable d'avoir fait l'ENA ! Énorme ! Et le FN en redemande.

  • Par Anguerrand - 16/04/2017 - 17:29 - Signaler un abus Des candidats contre le capitalisme mais...

    La premier chose qu'il feront est d'aller solliciter un prêt à leur banque pour leur Campagne. Tous leurs programmes prévoient des centaines de milliards de deficit ( sauf celui de Fillon) à qui iront ils demander ces milliards ? Aux affreux capitalistes. S'affirmer contre le capitalisme n'est qu'une posture ridicule. Sans ce capitalisme tellement hai Il n'aurait plus d'économie. Hollande avait promis la lutte contre leapital, personne ne l'a autant utilisé que lui.

  • Par ELIED - 16/04/2017 - 18:03 - Signaler un abus Et un exemple capital

    n'est-il pas la Chine communiste qui a semble-t-il bien compris tous les mécanismes du capitalisme pour entrer en quelques décennies dans le peloton de tête des puissances économiques.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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