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Ces vieilles rivalités qui menacent la stabilité de l’Asie orientale dans un contexte de haute tension

Si l'Asie a connu une telle croissance, c'est, selon un commentateur américain, parce qu'elle a connu un équilibre stratégique très bénéfique au commerce depuis les années 1970. Mais la montée des tensions autour de la Chine pourrait changer la donne.

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Ces vieilles rivalités qui menacent la stabilité de l’Asie orientale dans un contexte de haute tension

Atlantico : Dans un article publié par Project Syndicate, le Président du Council of Foreign relations (CFR), Richard Haass, revient sur la menace nucléaire nord-coréenne en la mettant en perspective avec le miracle économique asiatique, le décollage du Japon, de la Chine, de l'Inde à venir. Selon l'auteur, ce miracle a été rendu possible par la paix d'un continent, depuis le milieu des années 1970, alors que de nombreux conflits latents tendent à persister. Quels sont les évolutions de rapports de force, entre le rôle des Etats Unis dans la région, la montée en puissance de pays comme la Chine, ou le cas actuel de la Corée du Nord, qui pourraient engendrer une déstabilisation des équilibres existants depuis les années 1970 ? 

Barthélémy Courmont : Ce n’est pas la première fois que la question de la stabilité stratégique est mentionnée comme une condition essentielle à la croissance économique, de même qu’une bonne croissance économique a pour effet, de manière générale, de réduire les risques de conflits.

Le lien entre l’économie et les enjeux politico-stratégiques est ainsi bien connu des analystes en relations internationales. Il reste discutable, mais il n’en demeure pas moins une grille de lecture claire et acceptable. Le président du CFR a surtout raison de vouloir dépasser l’actualité pour tirer une sonnette d’alarme sur l’avenir de la stabilité en Asie orientale, et par voie de conséquence sur l’avenir de la croissance dans les pays qui y cohabitent parfois difficilement, à l’heure où les tensions sont particulièrement perceptibles, et les postures d’une grande fermeté.

Il convient cependant d’émettre de sérieuses réserves sur cette analyse. En spécialiste reconnu des relations transatlantiques, Richard Haass transpose des réalités qui ont fait leurs preuves dans cette région du monde à l’Asie orientale, où l’histoire récente nous enseigne d’autres phénomènes. Et paradoxalement, tensions stratégiques et même conflits armés n’ont pas toujours empêché les pays d’Asie de se développer économiquement, et même à des rythmes très soutenus. Mentionnons quelques exemples. Le Japon, qui n’a pas attendu les années 1970 pour amorcer sa croissance (deuxième économie mondiale en 1972, donc cela remonte à plus loin) a su profiter de la guerre de Corée (1950-1953) pour apparaître comme indispensable aux Etats-Unis, et servir de « base arrière », ce qui fut déterminant. Sans ce conflit, la reconstruction du Japon aurait pu être beaucoup plus longue et difficile. Plus au sud, Singapour, qui a connu un véritable miracle économique depuis son indépendance en 1965 n’a pas franchement bénéficié d’un environnement stratégique et sécuritaire serein. Les conditions de son indépendance d’une part, la guerre du Vietnam et ses avatars catastrophiques qui perturbèrent toute l’Asie du Sud-est pendant plusieurs décennies, les rivalités entre acteurs régionaux… la liste est longue des zones de tension et parfois même de conflits, et pourtant Lee Kwan-yew, le Premier ministre singapourien, a su justement tirer profit du statut de « refuge » de sa cité-Etat dans un environnement très instable. C’est cependant précisément dans la péninsule coréenne, sur laquelle Haass porte son jugement, que l’on trouve le principal contre-exemple à sa démonstration. Totalement exsangue après la guerre qui l’opposa à son voisin, la Corée du Sud a amorcé son décollage dans les années 1960, dépassé pour la première fois le PIB de Pyongyang en 1975, et poursuivi son ascension spectaculaire. Tout cela dans un environnement stratégique qu’il serait très hasardeux de considérer comme positif, que ce soit avant ou après la fin de la guerre froide. Il y a donc, fondamentalement, un problème dans l’analyse de Richard Haass, ce qui n’enlève rien à la pertinence de l’inquiétude qu’il exprime concernant l’avenir de la sécurité en Asie orientale, même si cette dernière n’est pas soudainement entrée dans une zone de turbulences, et fait l’objet de dizaines d’analyses par les experts de la région.

 
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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 21/08/2017 - 20:04 - Signaler un abus beaucoup de lucidité dans cet

    beaucoup de lucidité dans cet article. OK pour dire qu'il y aura un Yalta, mais on ne sait pas ou et quand ?.... Aujourd'hui ce serait sous forme d'une discussion bilatérale... et ce serait une erreur. Demain, Il faudra y associer la Russie car elle est concernée au premier chef ne serait-ce que par ses territoires à l'est de

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 21/08/2017 - 20:06 - Signaler un abus ...suite

    Par ses territoires à l'est de l'oural, Et demain quel sera le rôle de l'Europe dans cette négociation ?

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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