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Ces raisons pour lesquelles l’Iran veut s’installer durablement en Syrie

L'Iran n'a pas pour projet de quitter la Syrie. Bien loin de vouloir y apporter son modèle, Téhéran s'accroche pour des questions de survie dans la région.

Géopolitique

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Ces raisons pour lesquelles l’Iran veut s’installer durablement en Syrie

 Crédit ALEX HALADA / AFP

Atlantico : "Aussi longtemps que cela est nécessaire et que le terrorisme existe ici et que le gouvernement syrien souhaite que nous le fassions, l'Iran maintiendra sa présence en Syrie et offrira sa contribution au gouvernement syrien". Après avoir dépensé des montants estimés de 30 à 105 milliards de dollars sur le terrain syrien depuis le début du conflit, comment expliquer cette volonté de Téhéran de se maintenir sur place ? Quels sont les objectifs iraniens ? 

Alain Rodier: Depuis des années, les surprises géostratégiques ne manquent pas, surtout au Proche et Moyen-Orient.

Il est donc délicat de prévoir l’avenir à moyen terme, et même parfois à court terme. Prenez par exemple la politique erratique du président turc Recep Tayyip Erdoğan. Pour comprendre ses multiples volte-face intérieurs et extérieurs, il fallait se rendre compte que seul l’établissement d’un régime présidentiel taillé à sa personne était son objectif ultime. Pour cela, il était prêt à tout.

Dans le cas du régime en place à Téhéran, c’est un peu la même chose. Il faut comprendre que le clergé au pouvoir n’a qu’un seul objectif : s’y accrocher. Il n’est pas question pour lui d’"exporter la Révolution" comme ce fut le cas dans le passé mais plus simplement de survivre.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’attitude du régime. Pour Téhéran, le cas de la Syrie est totalement indissociable de ceux de l’Irak et du Liban qui attirent moins l’attention de la presse occidentale (les gouvernants sont pour leur part bien informés). Même si la situation sur le terrain dans chaque pays est différente, Téhéran veut solidifier ce que ses adversaires appellent l’"arc chiite" qui l’unit à Bagdad, Damas et Beyrouth. ( À noter que le Yémen et de Bahreïn sont deux cas différents qui permettent à l’Iran qui exploite une situation préexistante pour maintenir une insécurité latente à proximité de son adversaire saoudien. On parle aussi peu de ses bonnes relations entretenues avec le Qatar mis à l'index par Riyad. Ce qui est certain, c'est qu'il ne s'agit pas d'un hasard.) C’est sur ces fondamentaux que les ayatollahs veulent arrimer leur pouvoir en utilisant le chiisme comme ciment. Au demeurant, l’hostilité générale des sunnites à l’égard des chiites (ce qui n’est globalement pas vrai dans le sens inverse) leur sert à resserrer les liens avec les dirigeants des autres pays de l’"arc chiite" en usant et abusant du prétexte religieux. Rien de tel qu’une bonne menace pour faire l’union sacrée contre elle ! Certes au Liban le Hezbollah n’est pas officiellement aux commandes mais son influence est si importante qu’il reste en position de force dans le désordre (pour rester poli) institutionnel qui y est de mise.

Cette alliance Iran-Irak-Syrie-Liban est donc vitale pour le régime iranien sur les plans politique, économique et militaire.

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 09/07/2018 - 20:10 - Signaler un abus vous avez raison

    l'Iran veut s'installer en Syrie en particulier car il y a beaucoup investi et le pays est un champ de ruines. Mais Israel a egalement de tres bonnes raisons de ne pas le permettre. Sur Spoutnik, les internautes antisionistes sont tout heureux car cette nuit il y aurait eu un avion israelien abattu...toujours la meme credulite. Par contre un general iranien a tenu un discours tres sympathique en juin : Hossein Salami, s’est vanté dans un récent discours que "l’armée islamique en Syrie", sur le plateau du Golan, attend les ordres pour éradiquer le "régime diabolique" d’Israël.Il a également précisé que le groupe terroriste du Hezbollah soutenu par Téhéran disposait de 100 000 missiles destinés à Israël."Nous créons des forces au Liban pour combattre notre ennemi depuis ce pays avec toute notre puissance", a-t-il affirmé."Le Hezbollah a aujourd’hui des forces considérables sur le terrain qui peuvent, seules, briser le régime sioniste. Le régime sioniste n’a pas de profondeur stratégique-défensive", a-t-il encore assuré (I24news). Sa conclusion : Salami a souligné que "le régime sioniste constitue une menace ... pour l'ensemble du monde islamique

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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