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Ces questions éthiques brûlantes que pose l'euthanasie d’une jeune Néerlandaise souffrant de troubles psychiques jugés “incurables” après avoir été abusée sexuellement

Aussi bien aux Pays-Bas qu'en Belgique, un certain nombre de jeunes filles ont eu recours à l'euthanasie pour faire face à une souffrance psychique jugée incurable. Un diagnostic dont l'objectivation pose un vrai problème quant à l'éthique de cette pratique.

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Publié le - Mis à jour le 17 Mai 2016
Ces questions éthiques brûlantes que pose l'euthanasie d’une jeune Néerlandaise souffrant de troubles psychiques jugés “incurables” après avoir été abusée sexuellement

Atlantico : Une jeune Néerlandaise d'une vingtaine d'années a été autorisée à se faire administrer une injection mortelle pour mettre fin aux terribles souffrances, jugées incurables, qu'elle endurait depuis des années, après avoir subi des sévices sexuels. Comment peut-on décréter qu'une souffrance psychique est incurable ? 

Carine Brochier : Il faut se rendre compte que les souffrances psychique et physique sont réelles. Le dilemme réside dans l’objectivation de cette souffrance. C’est le patient qui déclare lui-même que la souffrance est insupportable, sans qu’il y ait, dans le cas d’une dépression ou d’un évènement qui a traumatisé la personne, une détérioration des tissus ; cela ne se diagnostique pas au microscope.

Une personne qui souffre profondément vous dira qu’il n’y a rien à faire, que la situation est désespérée et qu’elle veut mourir. C’est à cet endroit que les côtés inapaisable et incurable posent question. La souffrance ne pouvant pas être mesurée, le médecin se base uniquement sur les dires du patient dont l’état dépressif doit être soigné. Lorsque le médecin reconnaît le caractère inapaisable, il renonce, abandonnant le patient.

En Belgique, 65 professeurs d’université, psychiatres et psychologues ont réaffirmé leur inquiétude face à cette banalisation de l’euthanasie pour ceux qui souffrent psychiquement. Autant qu’il y a un autre thérapeute et une autre thérapie, il est toujours possible de croire qu’un évènement, ou cette thérapie, pourrait être déclencheur d’un mieux. Si l’on abandonne cette foi en la thérapie et dans le thérapeute pour cette souffrance psychique, il n’y a plus qu’à fermer boutique. Il faut garder à l’esprit que les choses s’accomplissent dans la durée, et que tout ne repose pas que sur la thérapie et le psychologue : il y a des évènements impondérables dans la vie qui vont faire que la personne va avoir tout un coup le déclic qui lui permettra de se relever. C’est la surveillance de ce déclic qui est du ressort de toute la société, du thérapeute au médecin, afin de soutenir ces personnes plutôt que de les aider à mourir. Ce n’est surtout pas le rôle d’un psychologue ou d’un médecin de provoquer la mort d’un patient. De même, est-ce à la société d’avaliser la "mise à mort" de personnes malades, même si elles le demandent étant écrasées par leurs souffrances ?

Sur quels éléments se fondent la législation néerlandaise pour rendre réalisable ce type d'euthanasie (sur des personnes souffrant de fragilité psychique sans être en fin de vie) ? 

Tout comme la législation belge, la législation néerlandaise permet l’euthanasie d’une personne dont la souffrance est qualifiée d’inapaisable et où l’on peut dire que la maladie est incurable. Dans le cas de la souffrance psychique, à un instant t, effectivement, elle peut être inapaisable, mais tant que toutes les thérapies possibles n’ont pas été mises en place, on ne peut pas qualifier cela d’incurable. C’est ce dernier terme qui pose problème : l’incurabilité n’est jamais acquise dans le cas des maladies psychiatriques et psychiques lorsqu’il n’y a pas de détérioration des tissus.

Depuis que l’euthanasie a été dépénalisée dans ces deux pays, et également au Luxembourg, la porte a été ouverte pour des cas exceptionnels, et l’exception a fini par devenir la norme, et même plus que cela : c’est devenu banal de demander l’euthanasie dans certaines situations où le patient, fort de son autonomie, affirme souffrir à tel point qu’il souhaite mourir. On ne peut pas nier cette souffrance, mais cette souffrance et cette autonomie constituent le parfait cocktail molotov pour faire exploser la pratique de l’euthanasie. Il y a la liberté de demander l’euthanasie, mais pas le droit automatique d’être euthanasié, ce que veut faire croire l’autonomie du patient.

Le traitement des maladies psychiatriques prend du temps. Il est difficile pour le médecin d’accompagner dans la durée le patient : on constate combien cela peut être difficile pour lui, mais également pour la famille. C’est pour cela sans doute que ne pouvant plus résister eux-mêmes, certains psychiatres ou psychologues provoquent la mort d’un patient ou donnent leur aval à cette injection mortelle.

Il y a aussi le piège qui relève du chantage, à savoir le recours au suicide dans le cas où le médecin refuserait l’euthanasie. C’est un faux chantage. Le Centre de prévention du suicide avec lequel nous sommes en contact nous dit que des médecins leur adressent des patients en demande d’euthanasie parce que dépressifs, et pour lesquels le Centre dispose d’outils afin de faire sauter cette demande d’euthanasie. L’euthanasie ne peut pas être un remède au suicide. Provoquer la mort d’une personne malade et souffrante n’est pas thérapeutique. 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 13/05/2016 - 09:18 - Signaler un abus Himmler en révait

    la post-modernité occidentale l'a réalisé. On achève bien les chevaux!

  • Par Ganesha - 13/05/2016 - 16:23 - Signaler un abus Le suicide n'est-il pas un droit constitutionnel ?

    Article de routine sur Atlantico : cela fait partie du contrat qui lie la rédaction avec les ''bailleurs de fonds''. Ne craignant aucun ridicule, l'auteur est une économiste… La question est simple : la religion catholique interdit le suicide. Mais, dans une société laïque, le suicide n'est-il pas un droit constitutionnel ? La religion interdit aussi la contraception et l'avortement. Pour l'avortement, il y avait au moins une courte période de réflexion, qui vient d’être supprimée. Pour le suicide, il est évident qu'un délai de réflexion est indispensable, surtout s'il n'y a pas de cancer ou autre maladie mortelle. Pas de vente des médicaments de suicide en supermarché… Pas non plus de remise de médicament à consommer chez soi : risque qu'ils soient utilisés pour un meurtre ! C'est triste un être jeune qui se suicide… Les médecins ont-ils le droit de passer outre la volonté du patient et de soigner une tentative de suicide? Au minimum, l'euthanasie devrait ensuite être offerte à ceux qui persistent...Et que penser de ceux qui se retrouvent en chaise roulante, parce ce qu'ils n'ont pas sauté d'un étage suffisamment élevé ? Ce sont ces ''ratés'' qui ont justifié la loi Weil...

  • Par cloette - 13/05/2016 - 22:00 - Signaler un abus Le suicide

    Sauf pour des gens dans des situations désespérées ( paralysies totales ou autres cas affreux ) ( et il vaut mieux alors une euthanasie exceptionnelle ) , c'est quelque chose d'horrible , il faut l'empêcher à tout prix et aider la personne si on soupçonne quelque chose .

  • Par Ganesha - 13/05/2016 - 23:42 - Signaler un abus Non-Assistance...

    Cloette, vos intentions sont généreuses, mais qu'entendez vous exactement par ''empêcher à tout prix'' ? Enfermer tous ceux qui ont des désirs de suicide dans des cellules de prison, comme Salah Adelslam, les attacher 24h su 24, leur faire avaler des anti-dépresseurs avec un entonnoir ? Il faut aider les autres, mais seulement dans la mesure où ils ou elles l'acceptent. Sur ce sujet, chaque être humain a ''le dernier mot'' !

  • Par JG - 14/05/2016 - 00:37 - Signaler un abus @Ganesha : tuez le premier, nous vous cédons le pas...

    OK mais prenez la seringue et allez-y vous même, n'obligez pas les médecins (ou pire des infirmières, des aides-soignantes, des médecins étrangers qui se voient imposer ce genre de geste pour pouvoir continuer à être employés) à le faire.....je ne suis pas sûr que vous en ayez le courage...."Tuez les premiers messieurs les "euthanasieurs" nous vous cédons le pas" pour paraphraser Georges Brassens.

  • Par Ganesha - 14/05/2016 - 07:37 - Signaler un abus Prestataire de Services

    JG, médecin c'est une profession prestigieuse, avec d'énormes responsabilités, mais, en fin de compte, le médecin est un ''prestataire de services''. Les médecins qui cherchent à imposer leurs convictions chrétiennes à leurs malades laïques, sont une véritable plaie, une nuisance, qui devrait disparaître progressivement avec l'affaiblissement de cette croyance. Les gynécologues catholiques qui ne révèlent pas les cas de mongolisme (trisomie 21) qu'ils décèlent à l'échographie, pour que la mère ne soit pas tentée par un avortement… sont des salopards. Les chirurgiens esthétiques sont des ''Ennemis de Dieu'' : ils acceptent de corriger les seins trop petits, trop gros, les vilains nez, qui pourtant sont le résultat de la ''Volonté Divine''' (ou de la ''Nature'' !). Les médecins ne sont plus des juges qui savent mieux que le malade quel est sont bien. Pour vous tranquilliser, on peut prévoir que ce soit finalement le malade qui déclenche sa mort en appuyant sur un interrupteur ou en clignant de l’œil (à essayer avec Bertrand Lambert.. ?)

  • Par cloette - 14/05/2016 - 08:28 - Signaler un abus cas vécus de suicides de mon entourage social @Ganesha

    un petit commerçant (la quarantaine)étranglé par des dettes retrouvé pendu dans sa cave, une jeune femme 27 ans seule avec deux enfants (6 et 3 ans les jette par la fenêtre et se jette aussi, (elle ne s'en sortait pas au chômage), un prof de physique se tire une balle dans sa baignoire, un prof de Français avale toute une boite de cachets et ne rate pas, le fils de untel de 18 ans vient de réussir son bac mais a un chagrin d'amour et le fusil de chasse du père est à sa portée..., une jeune fille de 16 ans retrouvée pendue ,elle venait d'avoir un bébé et la police conclut à un suicide, vous trouvez qu'un médecin aurait dû le faire à leur place ?

  • Par Ganesha - 14/05/2016 - 09:59 - Signaler un abus Prozac

    Cloette, vous me citez des suicides réussis, qui se sont très bien débrouillés sans l'aide d'un médecin. Les suicides sont fréquents : j'ai un cousin qui s'est couché sur les rails d'un train, une tante, mère de quatre enfants, qui s'est pendue… Ce qui m'attriste, c'est un ami d'une amie qui est dans un fauteuil roulant à la suite d'un suicide raté. Pour avoir droit à un suicide médicalement assisté, il faudrait probablement d'abord prouver (test sanguin) que l'on a pris quelques mois de traitement anti-dépresseur (Prozac). Des millions de français survivent grâce à ce médicament miracle… qui rend agressif à trop forte dose : cela se repère très bien dans certains commentaires d'Atlantico ! Le rôle des médecins est d'apporter à chacun l'aide qu'il demande. La question n'est pas ''l'aide demandée est-elle légitime et raisonnable'' ? Cela doit simplement être une demande volontaire et mûrement réfléchie... Les suicidés sont désormais heureux : contrairement à ce qu'affirme bêtement l’Église catholique, Dieu les a accueilli dans son paradis. Et, contrairement à un autre dogme catholique absurde, le bonheur de notre planète n'est pas d’être surpeuplée !

  • Par cloette - 14/05/2016 - 10:12 - Signaler un abus Faux

    Pour le prozac , j'en ai pris ( prescrit ) à un moment , il me rendait trés agressive , je le déconseille ! En revanche le Ziban ( trés dangereux , il faut faire attention ) m'a guérit de façon étonnante et soudaine de quelque chose qui n'était pas une dépression . Les médicaments sont mystérieux , ce qui marche avec l'un ne marche pas avec un autre . Pour les cas que j'ai cités (réels ) c'est d'aide financière ou psychologique ou d'aide religieuse ou philosophique qu'il aurait fallu à toutes ces personnes qui auraient pu changer leur vie . Une société qui n'a pas pour objectif la vie sacrée est une société mortifère qui meurt .

  • Par cloette - 14/05/2016 - 10:20 - Signaler un abus Je constate

    Ganesha que vous croyez en la survie et l'au- delà, vous avez raison la conscience subsiste j'en suis persuadée , mais pas forcément au paradis tout de suite , au purgatoire ( plus ou moins long ) , et pour les morts violentes , les légendes et traditions à ce sujet sont trés évocatrices de grandes souffrances !

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Carine Brochier

Carine Brochier est économiste de formation, mais s'est très vite positionnée sur les questions de bioéthique. Depuis dix ans, elle travaille au sein de l'Institut Européen de Bioéthique basé à Bruxelles. Elle anime débats, conférences et est l'auteur de nombreux rapports, dont Euthanasie : 10 ans d'application de la loi en Belgique.

Elle anime également quelques émissions dans les médias belges.

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