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Ces obstacles qu'il reste encore à lever pour que France et Algérie "se tournent ensemble vers l'avenir"

Emmanuel Macron était en visite hier en Algérie et a déclaré "vouloir tourner la page du passé". Force est de constater que les obstacles restent nombreux.

Les jours qui chantent

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Dans cette volonté de dépassement, Emmanuel Macron appuie son propos par un souhait d'intensifier les échanges économiques entre les deux pays. "L'axe fort" recherché par Emmanuel Macron peut-il reposer sur une vision principalement économique ? 

Je pense que « le souhait » économique de Macron englobe aussi la dimension politique, car  les deux aspects sont indissociables. Si Macron sait que l’Algérie est un marché économique très important en raison des richesses matérielles ( pétrole  , gaz et autres..) qu’elle recèle, et humaine ( 41 millions d’habitants en 2017), il sait également que l’Algérie constitue un rempart redoutable contre le terrorisme  tant interne que régional. L’axe fort recherché  par Emmanuel Macron va donc au-delà du facteur  purement économique et vise une collaboration politique et policière entre les deux pays dans le domaine de la lutte contre l’émigration clandestine, la criminalité organisée, et  le terrorisme international auquel les deux pays sont confrontés.

Or, en ce domaine, la France aura beaucoup plus besoin de l’Algérie que celle-ci n’en a besoin d’elle. Macron en est conscient et sa visite « amicale » d’aujourd’hui à Alger, s’inscrit dans cette perspective multiforme..

Comment anticiper l'après  Abdelaziz Bouteflika  dans cette perspective de dépassement du passé ? 

Les hommes passent, l’Etat, les institutions demeurent. La démission ou la disparition du président Bouteflika n’affectera pas les rapports entre les deux Etats, car ce qui lie les deux pays comme dépit amoureux, « passion véhémente », histoire, culture et souvenirs communs (bons ou mauvais..) transcendent  les caprices ou les sautes d’humeur passager des hommes politiques qui président au destin de leurs nations respectives. La France et l’Algérie, du fait des facteurs signalés, mais aussi en vertu de la proximité géographique et de la mixité constituée par le triptyque émigration/immigration/transplantation, sont devenues depuis belle lurette un quasi  « couple » inséparable en dépit de tout. Compte tenu de ces facteurs, les deux pays, qu’ils le veuillent ou non,  sont condamnés indépendamment  de l’intérêt purement mercantile à dépasser leurs différends, à tourner, tôt ou tard, la page, et à passer outre. Impossible que ces deux pays puissent se passer l’un de l’autre, en dépit de la différence culturelle et religieuse qui les sépare.

Ce  qui lie l’Algérie à la France, et vice versa, ce n’est pas seulement le intérêts économiques, c’est aussi  l’amour et la haine, la fascination et la répulsion qu’ils se vouent réciproquement. Même si Macron peut penser ou envisager que l’Algérie peut constituer  un gros débouché pour les produits manufacturés de la France, il n’ignore pas aussi  qu’elle est politiquement  « utile» dans  la mesure ou elle la forme la pointe avancée de la lutte contre le terrorisme dans la région au sud du Sahara où les « fous d’Allah » attisent partout le feu de la haine et de la passion…

 
 
Commentaires

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  • Par pascal farigoule - 07/12/2017 - 12:29 - Signaler un abus ah oui tiens

    si l'Algérie payait les milliards d'E qu'elle doit à la sécurité sociale ce serait une excellente idée.

  • Par brennec - 07/12/2017 - 13:20 - Signaler un abus L'algérie n'est pas la france.

    Je crois qu'il est temps que la france reconnaisse que l'algérie est indépendante et qu'elle la traite comme n'importe quel autre pays étranger. Concernant les accords d'évian il est des clauses qui sont abusives et qui mériteraient une sévère mise a jour, les accords ne sont pas éternels.

  • Par assougoudrel - 07/12/2017 - 15:49 - Signaler un abus L'Algérie était florissante et

    est devenue une poubelle. Laissons ces gens qui nous haïssent où ils sont. Madagascar c'est pareil et pourtant la France ne s'en occupe plus et il n'y a pas eu de guerre. Oublions l'Algérie et on se portera mieux.

  • Par ajm - 07/12/2017 - 16:20 - Signaler un abus Rien à gagner, tout à perdre.

    Moins on s'occupe de l'Algérie, mieux nous nous portons.

  • Par Beredan - 07/12/2017 - 20:15 - Signaler un abus Trop tard ....

    Les algériens ont fini par indisposer Macron , qu’ils avaient fait élire .... désormais , il joue la carte marocaine : c.est plus sûr .

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Ahmed Rouadjia

Ahmed Rouadjia a obtenu son doctorat d’histoire à Paris VII (Jussieu) en 1989.

Il est actuellement Maître de Conférences à l’Université de Msila (2006-2011) et directeur du Laboratoire de Recherche d’histoire de sociologie et des changements sociaux et économiques .

Il a notamment publié Les Frères et la mosquée. Une enquête sur le mouvement islamiste en Algérie (Karthala, 1990), Grandeur et décadence de l’Etat algérien (Karthala, 1994) et Les enfants illégitimes de la République (Maisonneuve et Larose, 2004).

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