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Ces guerres idéologiques qui secouent de plus en plus la science (et ne croyez pas qu’il n’y ait que des climato-sceptiques ou des créationnistes en cause)

Des sujets tels que les progrès génétiques ou techniques, qui ouvrent de nouveaux possibles, ou les recherches sur la part de déterminisme biologique qui détermine nos comportements, échauffent les esprits. Les plus virulents opposants sont parfois les conservateurs, mais les progressistes ne sont souvent pas en reste.

SOS Science

Publié le
Ces guerres idéologiques qui secouent de plus en plus la science (et ne croyez pas qu’il n’y ait que des climato-sceptiques ou des créationnistes en cause)

Atlantico : Dans un article remarqué, "The Intellectual War on Science", le psychologue cognitiviste Steven Pinker décrit la défiance actuelle de nos sociétés à l'égard de la science, notamment pour des considérations d'ordre historique et politique, entre récupération et travaux spécifiques pouvant être considérés comme biaisés. Quels sont les dangers spécifiques qui menacent la science dans nos sociétés actuelles ?

Etienne Klein : Je dirais : les dangers qui menacent la science découlent d’un certain flou la concernant. En France - mais aussi, sans doute, dans beaucoup d’autres pays -, il est manifeste que le statut actuel de la science et des techniques est devenu ambivalent.

En quoi consiste cette ambivalence ? En ce que, d’une part, la science semble constituer, en tant qu’idéalité, le fondement officiel de notre société, censé remplacer l’ancien socle qui était religieux : nous sommes gouvernés, sinon par la science elle-même, du moins au nom de quelque chose qui a à voir avec elle. C’est ainsi que dans toutes les sphères de notre vie, nous nous trouvons désormais soumis à une multitude d’évaluations, lesquelles ne sont pas prononcées par des prédicateurs religieux ou des idéologues illuminés, mais par des « experts », c’est-à-dire sont effectuées au nom de savoirs et de compétences de type scientifique, et donc, à ce titre, impartiaux et objectifs.

Mais d’autre part - et c’est ce qui fait toute l’ambivalence dont je veux parler -, la science, dans sa réalité pratique, est questionnée comme jamais, contestée, mise en cause, voire marginalisée. Elle est d’une part l’objet d’une méconnaissance effective dans la société (collectivement, nous ne savons pas trop bien dire ce qu’est la radioactivité, en quoi consiste un OGM, une cellule souche ou une onde gravitationnelle), et, d’autre part, elle subit toutes sortes de critiques, d’ordre économique, politique, ou philosophique.

L’attaque dont les effets indirects sont les plus pernicieux me semble être ce que j’appelle le « relativisme extrême ». Bien différente du scepticisme avec lequel il ne faut pas la confondre, cette école de pensée défend l’idée que la science a pris le pouvoir non parce qu’elle aurait un lien privilégié avec la réalité, mais en usant et abusant d’arguments d’autorité. En somme, selon elle, il ne faudrait pas croire les scientifiques parlant de leurs connaissances plus que n’importe qui d’autre. Dès lors, pourquoi faudrait-il les écouter ? S’intéresser à leurs travaux ? Tenir compte de leurs enseignements ? Il y a là, me semble-t-il, une sorte de caution accordée à la paresse intellectuelle.

Et quels sont les risques que prend la société dans cette défiance qu'elle porte elle-même à la science ? 

La société risque d’y perdre quelques-unes de ses boussoles intellectuelles. On voit déjà qu’elle se montre de plus en plus hésitante à définir les normes du vrai : nous concevons de plus en plus que la ligne de démarcation entre le faux et le vrai pourrait être poreuse et fluctuante. Cette situation était déjà vraie avant que Monsieur Trump ne l’illustre à sa façon plusieurs fois par jour. Voilà un homme politique qui peut dire des énormités, notamment scientifiques, ou bien des mensonges manifestes, sans que cela ne porte atteinte à son crédit symbolique. Il y a quelques années, je m’étais déjà alarmé de la montée en puissance d’un certain « populisme scientifique », par lequel d’aucuns utilisent des arguments de « bon sens », éloquents mais parfaitement faux, pour contester le discours des scientifiques. Mais là, on va au-delà : les théories tenues pour « vraies » ou « fausses » ne le sont plus qu’en vertu d’intérêts partisans…

 
Commentaires

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  • Par vangog - 17/02/2018 - 11:08 - Signaler un abus "définir les normes du vrai"??????

    la réalité est changeante, polymorphe et subjective...seuls les idéologues ringards et les dictateurs veulent "définir les normes du vrai"...dépassé!

  • Par accurate - 17/02/2018 - 12:14 - Signaler un abus Cet article

    Ignore la relativité des connaissances scientifiques, vérité aujourd'hui erreur demain. Il ignore également l'appropriation de certaines prétendues vérités scientifiques par les politiques qui en fait ne sont que des ignares lambda, certes Trump d'un côté mais de l'autre?

  • Par adroitetoutemaintenant - 17/02/2018 - 13:49 - Signaler un abus Terriblement décevant

    Comment peut-on se qualifier de scientifique et nous balancer une critique de Trump ? Trump a peut-être dit une contre-vérité scientifique mais laquelle ? Où est l’argumentation ? Où sont les preuves ? Ou alors vous êtes tellement malin et vicelard que de se conduire en faux scientifique est la preuve que vous voulez établir sur la méfiance des gens à l’égard de la science. A vous lire une fois donne envie que ce soit la dernière !

  • Par ajm - 17/02/2018 - 23:11 - Signaler un abus Sortir de son domaine de compétence.

    Beaucoup de scientifiques sortent de leur domaine de compétence strict pour nous asséner des injonctions et des affirmations sur toutes sortes de sujets. Mr Klein est un physicien , spécialiste de physique quantique et des particules, mais son interview, intéressante sans aucun doute, ne porte pas sur la science physique et se trouve donc catalogable comme une opinion d'homme intelligent, et même superieurement intelligent, sans plus. Son opinion sur Trump n'a guère plus d'intérêt que le mien ou celui de mes voisins.

  • Par pale rider - 18/02/2018 - 09:27 - Signaler un abus Bizarre cet auteur, est il aussi scientifique

    qu'il le prétend ? A t il lu Descartes : Pour Descartes, le doute est un procédé de méthode et un acte de volonté. L'Ed Nat a nourri les générations de français avec Descartes. Et maintenant nous avons un "scientifique" qui vient se demander pourquoi la science est déconstruite ? Pense t il avoir installé la science sur un socle d'une telle solidité qu'elle ne pourrait subir le doute ? Eh bien non et c'est une bonne chose . QQchose me dit que Descartes va disparaitre des programmes ... Descartes leur a été utile pour déconstruire le vieux monde qu'ils exècrent mais maintenant ce même Descartes les déconstruit , alors la ... crime de lèse scientifique majesté

  • Par Liberdom - 18/02/2018 - 14:05 - Signaler un abus Une couche de plus

    M. Klein remet une couche de bien-pensance et de Trumpophobie dans ses propos. Si la crédibilité de la science est en crise c'est bien à elle même qu'elle le doit (la science). A force de compromission avec les politiques et les lobbies de toutes sorte, la science s'est elle même décrédibilisée. Certes la terre est ronde, mais d'autres vérités assenées à l'envie sont loin d'être prouvées. M. Klein aurait du rester dans son domaine de prédilection (le chat de Schrödinger) plutôt que d'entonner les antiennes du politiquement correct.

  • Par cloette - 18/02/2018 - 15:37 - Signaler un abus @pale rider

    oui, c'est un scientifique très connu !

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Etienne Klein

Etienne Klein est un physicien français, directeur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Il a enseigné pendant plusieurs années la physique quantique et la physique des particules à l’École centrale Paris, et est actuellement professeur de philosophie des sciences. Ila publié de nombreux ouvrages et essais dont, en février 2017, Matière à contredire (Editions de l'Observatoire). Il est l'auteur de En cherchant Majorana, le physicien absolu, élu meilleur livre 2013 dans la catégorie Sciences par le magazine Lire.

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