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Ces (bonnes) surprises que pourrait réserver l’avenir économique du Royaume-Uni post-Brexit

Alors que le Brexit deviendra réalité dans les prochains mois, ses contours juridiques sont encore largement incertains.

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Ces (bonnes) surprises que pourrait réserver l’avenir économique du Royaume-Uni post-Brexit

 Crédit Tolga AKMEN / AFP

Atlantico : Quelle est l'importance à donner à ce cadre - sur la question du libre échange - pour en arriver à un résultat "satisfaisant" pour l'ensemble des parties ?

Rémi Bourgeot : On a tendance, dans ces négociations, à faire passer des questions d’ordre en réalité politique pour des critères techniques indépassables. Dans l’absolu, les différentes notions d’accords commerciaux sont imbriquées, du simple accord de libre-échange sur les biens au marché unique généralisé, en passant par l’union douanière. Les choses sont bien moins claires dans la réalité, en particulier si l’on s’est efforcé d’étudier la question de la périphérie de l’UE au cours des dernières années.

Et c’est en général une erreur de voir des principes de fonctionnement absolues dans les systèmes commerciaux entre groupes de pays, qui sont caractérisés par une multitude de failles acceptées. Par exemple, la Norvège participe au marché unique sans être en union douanière avec l’UE ; situation qui n’aurait pas été acceptée si cela avait fait l’objet d’une focalisation politique. De plus, la frontière entre ce pays et la Suède, qui fait partie de l’UE, est non seulement poreuse mais même, en de nombreux points, inexistante, si ce n’est de vagues contrôles mobiles. Au regard des moyens technologiques disponibles aujourd’hui, l’idée selon laquelle il faudrait établir une frontière douanière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne pour éviter le rétablissement d’une frontière physique inter-irlandaise relève d’un type d’interprétation littérale qu’on laisse en général de côté dans les négociations commerciales.

Depuis juin 2016, la volonté commune des gouvernements de parvenir à une forme d’accord est à peu près claire, malgré la théâtralité toute baroque des négociations qui ne cesse de surprendre sur le plan des rebondissements rhétoriques. 

L’absence d’accord serait naturellement plus dommageable pour le Royaume-Uni que pour l’UE ; ce qui ne signifie pas pour autant que l’UE puisse se le permettre. Les échanges commerciaux sont non seulement étroits, mais il faut surtout penser à la complexité des chaînes de production. Dans l’industrie automobile par exemple, il est habituel que des mêmes composants fassent, au cours de la production d’une voiture, plusieurs aller-retours entre les différents pays qui y participent. Le Royaume-Uni en est une partie intégrante et l’absence d’accord aurait des répercussions sur les chaînes de production bien au-delà de ce que peut anticiper une vision simplement fondée sur les statistiques d’import/export. Le point essentiel dans l’esquisse d’un nouveau cadre aux relations entre le Royaume-Uni est l’UE consiste à préserver ces chaînes de production ; ce qui nécessite avant tout une situation de libre-échange sur les marchandises, ou tout du moins d’assurer la meilleure lisibilité et des procédures extrêmement rapides. Le fait que le pays ne souhaite manifestement plus participer à l’union douanière, de façon à pouvoir conclure des accords avec des pays tiers (tout en maintenant une situation effective de libre-échange avec le continent) ne devrait apparaître que d’une importance relative sur le plan économique, une fois passé le choc existentiel que le Brexit représente pour l’UE.

 
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  • Par Olivier62 - 11/10/2018 - 12:22 - Signaler un abus La grande peur des européistes

    Si jamais le brexit se passait bien, c'est-à-dire s'il améliorait la situation économique de la G.B, alors de nombreux autres pays pourraient être tentés de faire comme les Anglais ! Et les pitoyables performances économique de la zone euro (si l'on excepte l'Allemagne, mais avec un coût social important) ne vont certes pas aller contre ça. En réalité l'UE a échoué en tout : du point de vu économique (croissance très faible), financier (déficits colossaux pour sauver les banques), social (de plus en plus les salaires sont tirés vers le bas par la concurrence des pays de l'est notamment), politique (euroscepticisme, absence de démocratie dans les institutions européennes) et stratégique (soumission à l'OTAN et aux USA, rupture avec la Russie). On comprend que les anglais quittent le Titanic avant qu'il ne coule pour de bon !

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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