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Ces alcooliques qui parviennent à faire illusion... Comment les détecter, comment les aider

Le scandale impliquant Jean-Vincent Placé a rappelé à la France les ravages d'un alcoolisme invisible. Le président de l'Union des démocrates et des écologistes (UDE) a reconnu souffrir de cette maladie et assure désormais vouloir se soigner.

Vaincre sa maladie

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Ces alcooliques qui parviennent à faire illusion... Comment les détecter, comment les aider

 Crédit wikipédia

Atlantico : Comment une personne atteinte d'alcoolisme peut-elle se rendre compte de son propre état ? Faut-il nécessairement, pour sortir des conduites de dissimulation, un déclic "violent", comme celui qu'a connu Jean-Vincent Placé ? Quel rôle vont alors jouer les proches ?

Michel Lejoyeux : Souvent, dans l'alcoolisme, il existe ce qu'on appelle une phase de déni. Il s'agit d'un symptôme de la maladie. C'est-à-dire que dans toute relation de dépendance, il y a une sorte d'aveuglement qui fait qu'on en repère par les conséquences. C'est même d'ailleurs grâce au repérage des conséquences qu'on n'est pas dépendant. C'est ce qui fait que, si un jour dans votre vie vous buvez trop - ce qui arrive à tout le monde -, vous allez voir que ça a eu des conséquences négatives et vous ne recommencez pas le lendemain. On peut repérer, d'ailleurs, que ce déni s'observe dans toutes les passions. Dès que vous êtes passionné - que ce soit pour quelqu'un dont vous êtes amoureux ou une activité -, vous allez en dénier le temps que ça prend, l'argent que ça coûte, etc. Et donc, le déni est constitutif de la passion : c'est à la fois une cause et une conséquence de la passion ; la dépendance n'étant finalement qu'une passion qui se détourne sur un produit. 

Toutes les conduites de dépendance sont des situations relativement chroniques qui sont précédées d'une longue période où, effectivement, l’individu a une attitude de minimisation. Et cette prise de conscience peut se faire brutalement, à l'occasion d'une conséquence sociale ou médicale - par exemple, je vois aux urgences des gens qui vont arriver de véritables overdoses à l'alcool et qui, au détour de ça, vont se motiver -, ou peut se faire progressivement, éventuellement sur l'incitation de l'entourage. 

Le rôle des proches qui entourent un malade alcoolique est similaire à celui des proches qui entourent tout autre malade. On ne dirait pas d'un malade cancéreux : "je vais lui faire la morale pour qu'il aille mieux" ou "je vais lui expliquer son problème". Donc le rôle des proches est de se mobiliser pour que des soins soient obtenus et, surtout, de ne pas culpabiliser, de ne pas moraliser, de repérer ce trouble pour ce qu'il est, c'est-à-dire une maladie. 

Le problème de la maladie alcoolique, ou de la dépendance à l'alcool, c'est qu'elle concerne un produit que nous consommons tous. Le regard est par exemple très différent sur la cocaïne ou l'héroïne : on peut tout à faire dire "c'est l'autre". L'alcool est un produit valorisé en France, on l'a même vu récemment valorisé par le président de la République. Et au fond, c'est un produit qui sous-tend une importante activité économique et qui, chez certains, fait l'objet d'une dépendance. Donc tout se passe comme si, au fond, l'annonce que certains peuvent se rendre malades avec ce produit - qui est habituellement sur nos tables, dans nos fêtes - suscite des réactions de rejet encore plus fortes. Parce que, d'une certaine manière, on s'identifie un peu, on n'a pas cette mise à distance protectrice que l'on peut avoir avec des substances illicites que l'on ne consomme pas de manière agréable et normale. 

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 15/04/2018 - 14:04 - Signaler un abus Oh la la

    Placé ça toujours été un opportuniste, comme bien d'autres la Duflot, et même Hulot, et les écolos en général. Il n' a jamais été brillant, ni constructif. Mais bon, il s'est bourré la gueule, on va pas en faire tout un fromage ! Décidément tout est prétexte pour emmerder le monde.

  • Par MIMINE 95 - 15/04/2018 - 15:42 - Signaler un abus que de docteurs Purgon au chevet du malade Placé

    le p'tit jeune du FN "bourré comme un coing"à l'entrée d'une boite de nuit n'aura pas eu droit à toute cette sollicitude médicalo - explicative !!!! Placé n'était pas en état d'alcoolémie festive non non! , le pauvre, faut comprendre, il est "malade" de.... l'alcoolisme, donc en réalité, ce n'était pas lui qui insultait les manants, c'était son incontrôlable double maléfique, "cé po pareil".

  • Par assougoudrel - 15/04/2018 - 16:21 - Signaler un abus Placé avait trouvé un excellent bar

    au sénat et il en a tellement profité, qu'il s'est transformé en camion-citerne. J'espère qu'il sera "saké"!

  • Par pale rider - 16/04/2018 - 08:32 - Signaler un abus Oui c'est tres amusant d observer le décalage de traitement

    médiatique entre le tabac et l'alcool.... le tabac est diabolisé alors que les conséquences de son abus sont bien moindres socialement que l'abus d'alcool.... mais voilà la France a moins de producteurs de tabac

  • Par moneo - 16/04/2018 - 09:21 - Signaler un abus la solution?

    légaliser toutes les drogues parait il.... l'articles est un peu court...ce n'est pas seulement un problème de comportemenst incontrôlable c'est aussi une prédisposition génétique.....je suppose qu'un jour on saura déterminer quelles combinaisons génétique favorisent ces comportements addictifs et comme y remédier ..pour l'instant le seul vrai remède pour les personnes dépendantes c'est boire de l'eau à Vie... Pas facile dans un pays qui admire le bon buveur

  • Par kelenborn - 16/04/2018 - 17:20 - Signaler un abus Ah Lejoyeux

    Un collègue, maire , me racontait que les pompiers volontaires appelaient le médecin "Coupe la soif " parce qu'il passait son temps à les emmerder, comme si les flics c'était déjà pas suffisant!!! Alors la , Atlantico fait mieux! Il appelle à la rescousse un mec qui s'appelle Lejoyeux et qui va faire se marrer dans les rares moments drôles qui restent au Frenchbabwé en payant sa tournée d'Evian !!!! Non mais , pourquoi pas demander à Jacquet de pondre un article sur la pipe ou le 69 ? Rien ne va plus!!! Je crois que je vais m'en aller !!! c'est l'overdose! Ah ...je suis sûr que quand je serai plus là , vous allez noyer votre chagrin dans l'alcool!!! Allez Lejoyeux , si tu bois pas, pete un coup , t'es tout pâle!

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Michel Lejoyeux

Michel Lejoyeux est professeur de psychiatrie et d’addictologie à l'université Denis Diderot. Il y enseigne aussi la psychologie médicale et coordonne le Diplôme d’études spécialisé en addictologie. Il est chef de service de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Bichat et de Maison Blanche. Michel Lejoyeux est Président d’honneur de la Société Française d’Alcoologie et président en titre du Syndicat des Médecins des hôpitaux de Paris. Il a écrit aux Editions Plon est Réveillez vos désirs et Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore aux Editions Jean-Claude Lattès. 

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