Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 16 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Ces 10.000 à 15.000 morts par an causés par la mauvaise prise en charge des problèmes provoqués par le chômage

Angoisses, troubles du sommeil, de l'alimentation, stress... L'association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) dénonce dans un rapport la mauvaise prise en charge des problèmes de santé liés au chômage.

Effet indirect

Publié le
Ces 10.000 à 15.000 morts par an causés par la mauvaise prise en charge des problèmes provoqués par le chômage

 Crédit PHILIPPE HUGUEN / AFP

Atlantico : L'association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) dénonce dans un rapport la mauvaise prise en charge des problèmes de santé liés au chômage. Comment se manifeste le chômage sur la santé des demandeurs d'emploi ? Quels sont les facteurs aggravants (durée du chômage, secteur d'activité, pénibilité...) ?

Michel Debout : Pour comprendre comment le chômage se manifeste chez un demandeur d'emploi, il faut commencer au moment où la personne perd son emploi. Et ça peut être un licenciement, un plan social. C'est parfois pour des raisons de santé que cette personne va perdre son emploi. Ça peut être aussi un dépôt de bilan. Ce moment-là, de la perte, est authentiquement traumatique. Ça représente ce qu'on appelle désormais un psycho-traumatisme qui va entraîner un état de stress post-traumatique. C'est cet état qui va avoir un effet négatif sur la santé.

Cet état pourra être dépassé en fonction des capacités de résilience de la personne concernée, c'est-à-dire sa capacité à répondre positivement à cet événement. 

C'est là la genèse des problèmes de santé des chômeurs. Mais ces personnes ne sont pas des personnes fragiles ou malades, mais des personnes fragilisées, ce qui n'est pas du tout la même chose. Et la réponse qu'il faut apporter à cette fragilisation va dépendre aussi des capacités de résilience de la personne, donc, mais aussi de la réponse sociale et familiale qui pourra être apportée à cette personne. Si le chômage se prolonge, tous ses éléments peuvent détériorer la santé de la personne concernée.

Au cœur l'état de santé du chômeur, on trouve le stress, l'anxiété, d'abord. Et cela provoque, selon les personnes concernées, de l'irritabilité, de l'incertitude, de l'angoisse, des difficultés de rapport avec les autres, des troubles du sommeil, de l'alimentation, des comportements addictifs ou le retour à des comportements addictifs (tabac, alcool...). Tout cela pour lutter contre l'anxiété. Tous ces troubles peuvent passer ou s'amplifier. Cela va dépendre du délai nécessaire au chômeur pour retrouver un emploi. 

Si le chômage dure, il va y avoir un retournement du questionnement. Le traumatisme subis, parfois très violent, crée un état de sidération, voire d'humiliation. Si cet état dure, le chômeur va culpabiliser, il va se dire que s'il ne retrouve pas d'emploi, c'est sans doute parce qu'il n'est pas la bonne personne, parce qu'il n'a pas la bonne formation, parce qu'il est trop âgé. Tout ce processus de culpabilisation peut entraîner la dévalorisation, et, si le chômage dure, la dépréciation et la dépression.

La gravité d'un état dépressif a un impact sur la santé psychique et générale. Les situations anxio-dépressives peuvent faire réapparaître ou compliquer des états cancéreux, dégrader des maladies artérielles, circulatoires. On a décelé des infarctus dans ces périodes-là, des rechutes de cancers, des maladies chroniques qui vont s'actualiser. Tout cela explique que le chômage provoque directement entre 10 000 et 15 000 morts par an, comme le montre le rapport. À cela, il faut ajouter que le risque de passage à l'acte suicidaire avec hospitalisation est pratiquement multiplié par deux chez les chômeurs.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par MIMINE 95 - 22/09/2018 - 16:04 - Signaler un abus IL FALLAIT LE DIRE

    Merci monsieur le professeur, pour ce moment d'un humanisme devenu si rare .

  • Par gerint - 22/09/2018 - 22:35 - Signaler un abus Tous les chômeurs ne sont pas des feignants

    Loin de là et les solutions à trois balles de Macron ne sont pas valides

  • Par Benvoyons - 22/09/2018 - 22:47 - Signaler un abus gerint - 22/09/2018 Voilà que g'ereinte Rue dans les

    brancard ! :)::)

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Debout

Michel Debout est professeur émérite de Médecine légale et de droit de la santé, et psychiatre, au CHU de Saint Étienne. 

Il est membre associé du CESE et membre de l'Observatoire national du suicide, spécialiste de la prévention du suicide et des eisques psycho-sociaux au travail. Il est auteur de nombreux ouvrages dont "Le traumatisme du chômage"  (editions de l'Atelier, 2015) et "Le Renouveau démocratique : placer la santé au cœur du projet politique" (éditions de l'Atelier, août 2018).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€