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Ce cercle vicieux économique qui étrangle le potentiel de croissance de la France

Dans une note publiée ce 15 mars 2018, l'économiste Patrick Artus développe l'idée que la France est imbriquée dans un engrenage pervers. Selon l'auteur, la faible compétence de la population active accroît le chômage structurel tandis que la concentration de l'emploi dans les services peu sophistiqués accroît les inégalités. Or, ces inégalités sont corrigées par une redistribution financée par une pression fiscale qui accroît encore le chômage structurel, dans une logique de cercle vicieux.

Si simple à comprendre, si difficile à rompre

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Ce cercle vicieux économique qui étrangle le potentiel de croissance de la France

Atlantico : Quelle est la réalité de ce constat ?

Philippe Crevel : La France, par défaut, par facilité, par manque d’ambition, a fait le choix de produire des biens et des services de gamme moyenne. Seulement 20 % de notre production est haut de gamme quand cette proportion atteint plus de 40 % en Allemagne. Les pouvoirs publics ont intégré la qualité moyenne de notre main d’œuvre en privilégiant les emplois à faible qualification à travers une politique de baisses de charges sociales ciblée. Un cercle vicieux diabolique s’est institué. En effet, du fait d’effets de seuil, la montée en gamme était pénalisée.

Les employeurs n’ont aucun intérêt à monter en gamme en raison de la perte potentielle des exonérations de charges sociales que cela pourrait induire. Une triple chape de plomb a été ainsi mise sur notre économie. La première est celle des salaires qui sont calculés en fonction des exonérations, la deuxième est celle liée aux qualifications. A quoi bon inciter les salariés à se perfectionner si c’est pour leur prévoir des postes pour non-qualifiés. Troisième et dernière chape de plomb, celle de la production. En ne montant pas en gamme, les entreprises sont en concurrence avec celles des pays émergents, d’Europe du Sud et de l’Est. Nous avons les coûts de production du Nord de l’Europe mais une production de pays émergents. Les conséquences de  cette politique sont sans appel : pertes de parts de marché à l’exportation, déficit commercial abyssal, désindustrialisation, perte d’emplois, taux de marges plus faibles que dans les autres pays européens, retard dans la digitalisation. Certes, certains pôles d’excellence ont su résister mais ils sont rares : l’aéronautique, la pharmacie, le luxe, la finance. Aujourd’hui, la France compte deux fois plus d’emplois à faible qualification que l’Allemagne. Sommes-nous deux fois plus bêtes ? En 2014, la France compte 1,5 million d’employés non qualifiés de plus qu’en 1982. En 2014, ils représentaient 12,9 % des emplois contre 8,3 % en 1982.

Afin de proposer une alternative, l'économiste propose de soutenir les politiques de formation, d’élévation des compétences de la population active. Une telle solution est-elle réaliste ? 

Patrick Artus a totalement raison. La France a failli ces quarante dernières années en matière de formation : formation initiale, formation professionnelle, formation continue.

La première faillite concerne évidemment l’éducation des jeunes. Depuis de nombreuses années, la France recule dans tous les classements internationaux. Le QI moyen des Français a baissé de 1990 à 2009 de 4 points. Le QI moyen à Singapour, à Hong Kong est de 10 points supérieur au nôtre.

Selon plusieurs organismes internationaux, la croissance française est de plus en plus entravée par les mauvais résultats de son système de formation. Cette situation rejaillit tant sur les jeunes actifs que sur l’ensemble de la population active.

 
Commentaires

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  • Par robotiq - 19/03/2018 - 09:52 - Signaler un abus Pente fatale

    Comment les choses pourraient elles s'améliorer compte tenu de l'importance grandissante de populations qui n'ont pas la volonté de s'intégrer au sein de notre société, pour des raisons culturelles, religieuses ou parce qu'elles vomissent un pays que nos idiots utiles ne cessent de dépeindre de la manière la plus sombre qu'il soit. Comment les enfants issus de ces familles peuvent-ils acquérir les bases mêmes de l'instruction qu'on leur prodigue, dés lors qu'au quotidien on leur parle une autre langue, qu'on leur a inculqué une culture de révolte contre notre société ? Comment ne pas retrouver ces jeunes plus tard au milieu d'une cohorte de gens non qualifiés qui ne feront qu'accentuer le problème ? Qu'on ne se méprenne pas, mon propos n'est pas dirigé contre ces gens mais contre tous ceux qui ont permis et permettent encore que cette situation existe.En premier lieu les politiques pour des raisons idéologiques ou clientélistes, la sois disant intelligentsia nombriliste, les pédagogues tirant derrière eux les enseignants, toute la clique socialo bobo et notre droite paralysée devant la suprématie de la bien bien-pensance que les médias s'évertuent à vouloir faire entrer en force n

  • Par vangog - 19/03/2018 - 10:05 - Signaler un abus Les partis archaïques ont choisi une croissance

    liée à l’immigration de masse, plutôt qu’une croissance liée à l’innovation. la France encaisse les dividendes de quarante années d’erreurs politiques... Pour faire accepter cette immigration de masse, les partis archaïques ont laissé noyauter l’éducation et la justice par les collabos des idéologies immigrationnistes. Philippe Crevel se trompe encore de diagnostic et, donc, de solutions. Tant que les pseudo-élites françaises seront aveugles et sourdes à cette évidence, elles enfonceront la France dans le problème, plutôt que l’en extirper...

  • Par Essen - 19/03/2018 - 18:01 - Signaler un abus Le bac pour tous

    Jospin l'avait voulu : 80% de bacheliers en France. On les a eu mais à quel prix ! Un nivelage vers le bas, des programmes allégés à outrance, etc... A mon époque, des fautes de français dans un devoir de maths, c'était des points en moins. Aujourd'hui, même sur un devoir de français, les fautes ne sont ni corrigées ni sanctionnées ! Idem pour les études supérieures : en adoptant la norme LMD en 5 ans, les programmes ont été également allégés. On en fait moins en 5 ans qu'avant en 4 ans. A ce rythme, comment sortir des compétences ??? Du coup, on se retrouve avec trop de jeunes surdiplômés mais la plupart du temps n'ayant pas les compétences suffisantes pour le marché du travail. Combien de CV de Master 2 et autres ai-je vu passer pour de simples postes de techniciens ! Et en plus, ils n'étaient même pas à la hauteur !

  • Par Anouman - 19/03/2018 - 19:28 - Signaler un abus l'œuf ou la poule?

    Si on en croit l'article on aurait 100000 emplois vacants. Et encore on ne dit pas lesquels (des ingénieurs, des techniciens...). Pour le reste il semble qu'il y ait une prédilection pour le travail non qualifié. Alors si on sort des spécialistes par paquets (à supposer qu'on ait le potentiel) on en fera quoi exactement? Des chômeurs super-qualifiés?

  • Par alam - 19/03/2018 - 22:02 - Signaler un abus Héritage des 35 heures

    Résultat de l 'imprégnation de l'idéologie de gauche dans la société française depuis des décennies.

  • Par guy bernard - 20/03/2018 - 04:38 - Signaler un abus l'etat, la FP et les syndicats vont à l'encontre

    La problématique réelle me semble exogène dans la mesure où l'etat actuel du marché permet à l'Etat et la FP d'optimiser ses ressources sans contraintes, et les déficits cumules mènent à une crise systémique où il sera nécessaire de faire appel aux eurobonds, ce qui garantira alors les engagements de l'etat et le système de retraites de la FP. des lors, la stratégie consiste à sous alimenter le secteur de la production en investissements et en compétences, ce qui mène à une croissance par la consommation, un chomage endémique, et la création d'emplois de service public, c'est donc la stratégie de l'etat, de la FP et des syndicats qui va à l'encontre de la croissance pour conserver leur pouvoir. la prospérité, des investissements et l'enseignement de compétences les contraindraient à des efforts de formation, de productivité et baisse des effectifs, donc du pouvoir de négociation qui réduiraient leur train de vie, en tant qu'actifs ou retraités.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 20/03/2018 - 16:37 - Signaler un abus Si en plus vous ajoutez à ce

    Si en plus vous ajoutez à ce bilan le fait que nous avons une faible population active, par rapport à nos concurrents, vous comprenez vite que le salut réside dans la fuite !!!!

  • Par Citoyen-libre - 20/03/2018 - 17:30 - Signaler un abus La réalité des entreprises

    A cette étude basée uniquement sur des statistiques, il manque le vécu de l'entreprise. Aujourd'hui, dans le monde du travail, il y a une génération de salariés qui a disparu. Ce sont les anciens qui s'étaient formés en passant par tous les postes. Ils n'avaient pas uniquement un savoir, ils avaient également un goût pour le travail bien fait. Parce que c'était la règle. Ces gens ont été en grande partie virés, il y a 20 ans, et remplacés par les jeunes diplômés, à qui on a demandé d'être chef, sans connaître le travail de leurs subordonnés. La transmission de ces valeurs ne s'est pas faite, et c'est pas une formation supplémentaire qui va apporter un changement de mentalité. L'Allemagne a fait le choix de l'ancienne formule, d'où la différence de qualité. Comme le disait un chef d'entreprise : les bons maçons sont à la retraite. Maintenant, que certains, par calcul, le temps étant de l'argent, aient décidé de fabriquer de la mauvaise qualité, c'est vrai aussi.

  • Par pierre de robion - 20/03/2018 - 22:44 - Signaler un abus Le lièvre et la tortue....

    sauf que la France n'est qu'une autre tortue! Aussi ce n'est pas gagné dans un pays - où l'idée la plus partagée c'est "Mais ne perdez pas votre vie à la gagner", - où des livres tels que "Bonjour Paresse" d'une cadre EDF (un comble) , Corinne Maier, ont eu un certain succès, - tandis qu'on a pu fredonner "Travailler c'est trop dur, Et voler c'est pas beau. Demander la charité. C'est quelque chose. Que j'peux pas faire." Mais chacun à l'avenir qu'il se fabrique!

  • Par zelectron - 21/03/2018 - 00:17 - Signaler un abus 1 à 2 millions de fonctionnaires non régaliens en surnombre

    à 3.6 millions d'€uros en moyenne chacun pour l'ensemble de leur carrière jusqu'à la fin de leur retraite (avec ou sans pension de réversion ?) faites donc la multiplication et vous comprendrez ! Ces sommes pharaoniques manquent aux PME/PMI/ETI qui asphyxiée ne peuvent pas croître et donc embaucher.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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