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A la recherche du centre perdu...
Les centristes, grands perdants
de la campagne 2012 ?

Le congrès du Nouveau Centre s’est tenu ce week-end et a révélé de fortes dissensions au sein du parti. De son côté, François Bayrou stagne dans les sondages. Mais que se passe-t-il chez les centristes ?

Centre en retrait

Publié le

Atlantico : Le congrès du Nouveau Centre s’est tenu ce week-end et a révélé de fortes dissensions au sein du parti. De son côté, François Bayrou stagne dans les sondages. Comment expliquer la difficulté du centre à exister politiquement ?

Jean Garrigues : Il y a toujours eu historiquement en France un courant centriste ou une sensibilité centriste, démocrate et chrétienne, qui réunit un certain nombre d’hommes venus de la droite libérale ou de la gauche radicale. Il s’agit d’une sensibilité composite, formée de personnes issues de familles différentes qui partagent certaines valeurs communes : l’humanisme, l’attachement à la République, le christianisme social (conception plus sociale que celle de la droite traditionnelle) et un penchant pour l’Europe, bien sûr. 

Des familles parlementaires centristes ont joué un rôle essentiel dans la naissance de la IIIe République, en 1870.

Mais avec la Vème République et la présidentialisation des institutions, une bipolarisation de la vie politique française est apparue. Dans cette configuration, le centrisme a vocation à disparaitre ou à se retrouver en situation systématique de ralliement au deuxième tour de la présidentielle. Il peut exister uniquement comme une force d’appoint pour l’élection présidentielle.

 

Mais pourquoi le Nouveau Centre explose-t-il aujourd'hui et pourquoi François Bayrou stagne-t-il dans les sondages ?

Il y a énormément d’éléments à la fois structurels et conjoncturels qui expliquent pourquoi en 2012 cela ne fonctionne pas.

Pour le Nouveau Centre, la figure qui incarne le mouvement, Hervé Morin, refuse la culture de ralliement traditionnellement présente au centre. La majorité des élus ne le comprend pas et est désarçonnée. C'est pourquoi il a été lâché par les élus parlementaires de son parti, comme François Bayrou avait été lâché en 2007 par les élus UDF. La nécessité des alliances électorales fait que si les élus centristes veulent être renouvelés, ils doivent s’allier avec la droite.

 

Et François Bayrou ?

Il incarne cette continuité de la tradition centriste historique, c’est l’héritier chrétien démocrate. Il a eu le sens politique de se dire que s’il voulait faire exister le centre comme une force première dans la vie politique française, il fallait procéder comme Valéry Giscard d'Estaing l'avait fait avec succès en 1974 : n’accepter ni la droite ni la gauche et se présenter comme celui qui peut rassembler à droite comme à gauche.

Le problème c’est que pour faire ce rassemblement, il faut des réseaux d’élus et de militants. Cela manque à François Bayrou, même si depuis  2007, un réseau militant s’est construit autour de lui.

Et puis, par rapport à 2007, il doit faire face à un autre handicap : l’usure.  En 2007, c’était un homme nouveau, en 2012 il y a quelque chose de réchauffé. Comme Nicolas Sarkozy, ce ne sont plus des hommes neufs. Ça pourrait être un avantage, un gage de cohérence, de continuité, mais l’effet de nouveauté ne joue plus.

 
Commentaires

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  • Par Nanard10 - 28/02/2012 - 11:06 - Signaler un abus Vérités sur les déficits et la dette, les dégâts de la gauche

    http://ecofrance.free.fr/SIVECA/

  • Par Mani - 28/02/2012 - 11:42 - Signaler un abus Faux

    "A la recherche du centre perdu... Les centristes, grands perdants de la campagne 2012 ?" Mauvaise analyse. Les centristes sont les grands perdants de l'entre-deux-tours de la campagne 2007, quand Bayrou a choisi la gauche. Jusque-là, c'était ni gauche ni droite, union nationale dans l'intérêt du pays, et puis il a trahi ce message et ses électeurs en disant clairement qu'il préférait la gauche. Bayrou s'était accaparé le centre, et il l'a décapité en une phrase en 2007. Depuis, il n'y a plus de centre à proprement parler. On connaît le nom du coupable, qui disait "union nationale" et pensait "homme providentiel".

  • Par titine - 28/02/2012 - 14:46 - Signaler un abus M. Garrigues...

    Les sondages sont une chose, la réalité par les urnes en est une autre. Ce ne sont pas les "réseaux" qui font une élection, mais les citoyens. Et souvent avec des surprises auxquelles on est loin de s'attendre... Hollande est "donné" gagnant par les sondeurs. Au vu de sa prestation hier dans "Paroles et Actes", on peut raisonnablement en douter. Du reste, il suffisait de regarder les visages des invités et l'expression des journalistes invités, notamment celle flagrante de Michel Field... son expression voulait tout dire ! Bref. Plus nul, tu meurs. Pitoyable le "spectacle" d'hier soir. A continuer ainsi, Bayrou peut espérer en toute quiétude, me semble t il...

  • Par Mérovingien - 28/02/2012 - 16:45 - Signaler un abus UN DEUXIEME TOUR SURPRENANT

    Au jeu des vases communicants, le PS continue de se vider de sa base populaire qui file à l'UMP et au FN. Les bobos ont commencés leur migration vers Mélenchon mais le changement étant soudain, il n'est pas assuré. Les sociaux démocrates orphelins ne savent vers qui se tourner et au final une partie votera Bayrou et l'autre s'abstiendra. Je ne crois pas que François Bayrou puisse redresser la barre suffisamment pour éviter de son prendre le mur. Par contre Marine Le Pen pourrait par exaspération devant la suffisance et l'arrogance des deux mamouths arriver en tête entre 31 et 34% si l'abstention atteint les 45% comme c'est très probable.

  • Par FrédéricLN - 28/02/2012 - 22:45 - Signaler un abus beaucoup dépendra de la campagne présidentielle

    Pour M. Garrigues "La logique aurait dû être une progression de François Bayrou par rapport à 2007. En l'état actuel des choses, nous sommes en régression. Par conséquent, tout dépendra…" Jusque là, nous sommes d'accord : tout dépendra, ou du moins, beaucoup dépendra des deux prochains mois. La logique de la progression attendue de M. Bayrou se réalisera-t-elle, ou "l'état actuel des choses" se prolongera-t-il encore deux mois ? Je suis pour la logique, et l'espoir !

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

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