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Centrafrique : pourquoi les musulmans doivent revenir à Bangui

En Centrafrique, la réalité sur le terrain est l’éclatement du pays le long d’une ligne de partage religieuse. Mais cette réalité est doublement trompeuse. D’une part, les chrétiens du nord-est n’ont pas abandonné leurs foyers pour fuir le réduit de la Seleka, non pas parce que les seigneurs de la guerre musulmans seraient bien disposés à leur égard mais parce que ces habitants s’accrochent à l’unité nationale.

Centrafrique

Publié le - Mis à jour le 15 Juillet 2014

À mesure que la Centrafrique s’enfonce dans la crise, la France s’y enlise. Pourtant, il faut créditer le gouvernement français d’un triple acte de courage : d’abord, Paris est intervenu, seul parmi les Occidentaux, mais après les troupes africaines de Brazzaville et N’Djamena, pour faire cesser le règne brutal et chaotique de la Seleka, "l’alliance" entre Centrafricains et mercenaires de pays voisins dont le dénominateur commun, par défaut, est leur foi musulmane ; ensuite, la France a reconnu que son intervention a été exploitée par les milices chrétiennes "anti-balaka" pour passer de la résistance à l’épuration anti-islamique ; enfin, quoique désormais pris à partie par tout le monde, Paris continue de porter la Centrafrique à bout de bras en attendant que les Nations unies prennent le relais, à la mi-septembre, grâce au déploiement de 10.000 casques bleus.

Hélas, le temps ainsi gagné n’est pas un allié de la paix. Au contraire, la République centrafricaine se déchire chaque jour davantage. Le sud et l’ouest de la RCA, soit les deux tiers les plus peuplés du pays, sont devenus une terre chrétienne d’exclusion ; l’autre tiers, le nord-est, est de facto sous la coupe de la Seleka. Celle-ci est tentée par la sécession, prétendument avec l’appui en sous-main du Tchad. C’est la grande méprise dans la situation actuelle : décrié comme le marionnettiste de la Seleka et soupçonné d’œuvrer à l’éclatement de la Centrafrique, le Tchad n’est plus impliqué autant qu’il le faudrait dans la recherche d’une solution en Centrafrique.

Le dilemme est entier : hier, rien n’a été possible avec le Tchad, à tel point que N’Djamena a retiré à la fin avril son contingent de la force de paix régionale en RCA pour protester contre sa mise en cause comme acteur "pro-musulman" accusé de crimes de guerre contre des civils ; or, aujourd’hui, rien n’est possible sans le Tchad, tant ce pays voisin est imbriqué - politiquement, économiquement, militairement et par l’émigration – en Centrafrique. Alors, faut-il se résigner à l’idée que l’armée tchadienne serait un bon allié de la France au Mali et un mauvais allié en Centrafrique ?

S’il n’y avait pas l’opération française Sangaris, et si le président tchadien Idriss Déby n’avait pas menacé la Seleka de dures représailles, le drapeau bleu à six étoiles de la République centrafricaine du Nord flotterait déjà sur N’Délé, chef-lieu de la RCA septentrionale. L’expérience désastreuse de la partition du Soudan depuis 2011 devrait suffire à dissuader la communauté internationale d’auréoler de souveraineté une autre soi-disant "réalité sur le terrain".

En Centrafrique, la réalité sur le terrain est l’éclatement du pays le long d’une ligne de partage religieuse. Mais cette réalité est doublement trompeuse. D’une part, les chrétiens du nord-est n’ont pas abandonné leurs foyers pour fuir  le réduit de la Seleka, non pas parce que les seigneurs de la guerre musulmans seraient bien disposés à leur égard mais parce que ces habitants s’accrochent à l’unité nationale. D’autre part, l’épuration du sud n’est pas irréversible. S’il reste à présent moins de 5.000 musulmans à Bangui, alors qu’ils étaient plus de 130.000 au début de l’année, c’est que la France et le reste du monde ont accepté l’action des boutefeux comme un fait accompli. Ils se sont résignés à l’idée que la séparation des chrétiens et musulmans était "naturelle" et que le pouvoir au Tchad, lui-même "nordiste et musulman", était fatalement l’allié organique de la Seleka.

 
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  • Par yeneralobregone - 14/07/2014 - 15:25 - Signaler un abus on a vu au soudan et en cotes d'ivoire ,

    qu'entre les musulmans et les autres coféssions ( chrétiens, animistes ) c'était le grand amour... tant qu'on a pas taris les flux financiers et le proselytisme qui provient de la péninsule arabique, instalant des écoles coraniques dans un " drang nar peripherie " agressif et intolérant , il sera difficile de faire accepter par ces populations que les musulmans sont une bénédiction pour elles... qui va réinstaller les chrétiens au proche orient ?

  • Par Titus900 - 14/07/2014 - 22:39 - Signaler un abus Je suis moyennement d'accord

    Je suis moyennement d'accord avec cette analyse. La RCA est un pays intrinsèquement chrétien, la très grande majorité des séléka sont des immigrés et mercenaires (Tchadien, Soudanais et Libyens notamment) qui après avoir pris le pouvoir en 2013 ont été intégrés à l'armée régulière. Il n'y a quasiment pas de centra-africains musulmans. Dans l'article, il énonce 15% de musulmans, or 10 à 12% de ces musulmans sont des immigrés donc de fait non centra-africains. Je préfère l'analyse proposé par Bernard Lugan. Pour approfondir : http://bernardlugan.blogspot.fr/2014/06/pour-comprendre-la-situation-au-mali-en.html (A partir de 6 min 10).

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Jean-Yves Ollivier

Jean-Yves Ollivier est un homme d’affaires français engagé depuis plus de quarante ans en Afrique qui, au-delà de ses activités commerciales, a entrepris de nombreuses médiations de paix.

 

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