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Les cellules "psy" : prescription politico-médiatique du traumatisme

Les cellules d’urgences médico-psychologiques sont déclenchées suite à des événements traumatiques de nature collective, c’est-à-dire des événements soudains, violents et imprévisibles impliquant la confrontation à la mort. Mais leur but initial a été détourné.

En état de choc

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Les cellules "psy" : prescription politico-médiatique du traumatisme

Les cellules d’urgences médico-psychologiques sont déclenchées suite à des événements traumatiques de nature collective. Crédit REUTERS/Christian Hartmann

Créées il y a dix ans suite aux attentats parisiens de 1995, les Cellules d’Urgences Médico-Psychologiques sont rattachées au SAMU (Service d’aide médicale urgente) et déclenchées suite à des événements traumatiques de nature collective. Elles sont composées d’un mi-temps psychiatre, d’un mi-temps psychologue ou infirmier spécialisé en psychiatrie et d’une équipe de volontaires. Ces interventions d’urgence médico-psychologiques ont été initialement conçues pour des situations potentiellement traumatogènes c’est-à-dire des événements soudains, violents, imprévisibles impliquant la confrontation à la mort pour la personne impliquée (sa propre mort ou celle de proches).

La confrontation au réel de la mort entraîne une annihilation des mécanismes de défense habituels et une incapacité à pouvoir élaborer ce qui est en train d’être subi. Cela peut avoir des conséquences post-traumatiques multiples et difficiles à prévoir, d’où la mise en place, pour les prévenir, de soins psychiques précoces pour les personnes impliquées au même titre que les soins somatiques.

De multiples dérives

Mais si leurs objectifs étaient d’apporter une prise en charge médico-psychologique précoce au plus près d’un événement traumatique pour prévenir des troubles post-traumatiques, le constat actuel est celui de multiples dérives : psychiatrisation de réactions pourtant adaptées à des événements critiques ; prises en charge préformatées et standardisées ; contrainte à la verbalisation ; illusion qu’une unique intervention suffira à endiguer tous les risques de troubles post-traumatiques ; déclenchements motivés par des impératifs politiques et des pressions médiatiques bien plus que pour des raisons médico-psychologiques ; intervention de volontaires sans formation spécifique à la psychotraumatologie, voire sans aucune formation psychologique.

 

Les unes de la presse, après les attentats. CC BY

 

L’influence des médias dans la gouvernance a également fait émerger une nouvelle subjectivité dans le traitement de la réalité qui met en lumière de façon presque exclusive un certain type d’événements (les faits traumatiques) tout en passant sous silence d’autres souffrances. Désormais le traumatisme n’est plus laissé aux seuls professionnels de la santé mentale mais s’inscrit dans une exigence sociale de prise en charge, pour apaiser moins la souffrance individuelle des sujets que celle des institutions et d’une société insécure.

L'instrumentalisation du traumatisme psychique

Nous sommes, en France, confrontés à une réalité paradoxale : il existe désormais une plus grande reconnaissance de la réalité des blessures psychiques et des conséquences potentiellement causées par un événement traumatique et de l’autre, cette prise en compte systématique conduit à une revendication identitaire collective du fait traumatique et du statut de victime. La reconnaissance sociale et politique du traumatisme psychique a pour pendant le risque de son instrumentalisation politico-médiatique qui conduit inévitablement à maintenir les sujets impliqués dans un état de dépendance, de vulnérabilité et d’assistanat psychique, celui de victime.

 
Commentaires

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  • Par talarmoor - 16/11/2015 - 17:48 - Signaler un abus DIscutable

    Une étude américaine très sérieuse remet en cause l'utilité des cellules psychologiques. Ceux qui en bénéficient immédiatement après un choc, récupéreraient moins bien car cela oblige a revivre la situation traumatisante.

  • Par cpamoi - 16/11/2015 - 23:09 - Signaler un abus Cellule psy : la bonne conscience des politiques.

    Aux USA les traitements psys appliqués aux vétérans ont fait 3 fois plus de morts que la guerre en Irak. Pourquoi ? D’abord parce que la psychiatrie n’a jamais guéri personne, ensuite parce que les vétérans sont bourrés de psychotropes qui finissent par les anéantir. En vérité, ces cellules psychologiques donnent bonne conscience aux politiques, les blanchissent de l’écrasante responsabilité qui est la leur : quels sont les Français qui voulaient d’une guerre en Afghanistan, en Syrie, en Libye ? Les boutefeux de l’Elysée sont responsables de ce retour de flamme. Reste une solution : envoyer nos psychiatres résoudre le problème DAESH, vu qu’ils sont très entraînés dans le massacre des rats.

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Hélène Romano

Hélène Romano. Docteur en psychopathologie, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

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