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Castro : abjection castriste, trahison française

La mort du dictateur cubain Fidel Castro a donné lieu à certains hommages relativement déplacés en France.

Tribune

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Castro : abjection castriste, trahison française

L'esprit de Fidel Castro veille toujours sur le quadrillage général de la vie sociale. Crédit ALFREDO ESTRELLA / AFP

Tristesse, infinie tristesse : Fidel Castro est mort et le souvenir de mes amis cubains persécutés, emprisonnés, torturés, assassinés, est enseveli avec lui. Arrivée de Ségolène Royal pour saluer la mémoire d’un homme qui mit le pays à feu et à sang ? Ni colère, ni même indignation, devant cette cérémonie de glorification dont n'osait rêver le tyran. Un sombre sentiment seulement. Sans doute l’histoire est-elle celle de nos espoirs déçus. Sans doute aussi, enveloppé par les doux parfums de la mer, ce sentiment m’avait-il déjà envahi, ce soir du 13 novembre 1999, sur la Malecón à La Havane, quand entouré de quelques dissidents, nous préparions la manifestation de femmes pour le lendemain. "Enfin, la France va nous aider", disaient-ils, l’espoir accroché au cœur, le regard tourné vers cet océan où ils imaginaient la France en vaisseau amiral de la liberté. Hélas !, amis, hélas !, comment vous dire la vérité ?

Quelques heures plus tôt, à l’hôtel Nacional, sorti d’une chambré truffée de micros, dans le hall, quatre Français, un roi du poulet, un artiste célèbre et deux politiques, avaient plus simplement proposé de dîner avec Fidel et Raul Castro. A l’occasion du sommet ibéro-américain, un seul objectif leur paraissait digne d’être vécu : "faire la fête". Images de la France officielle, pour ces charmants drilles, Fidel Castro disait vrai : "Nous n’avons pas de prisonniers politiques, nous avons des prisonniers contre-révolutionnaires". Bien avant le pathétique Mélenchon, ils voulaient croire en cette fantasmagorie des attentats à répétition contre leur héros au lieu de se demander si, en bon stalinien, il ne se servait pas de cette accusation absurde pour liquider ses opposants.  A la manière de la sinistre Danielle Mitterrand, ils se donnaient même des airs de combattant de la libération en couvrant de leurs rires et de leurs chants les cris d’horreur des prisonniers.

Rencontrer l’épouse d’Oscar Elias Biscet, emprisonné depuis trois mois, vivant nu parmi des détenus de droit commun, torturé, privé de sommeil, interdit de visite, survivant avec la ration quotidienne de 70 grammes donnée aux prisonniers politiques ? Ils n’y avaient même pas songé. La nuit tombée, par des ruelles improbables, déjouer avec nous la surveillance policière, passer secrètement de domicile en domicile, rencontrer des initiateurs du projet démocratique, le Valera Project, qui seront tous arrêtés, leur donner un passeport de la liberté, soutenir les familles des détenus en pleurs qui raconteraient avec pudeur leurs vies terrifiées, celles de Jasmin Perez Porra, Juan Carlos Gonzales Leyva, Laeticia Gomez Arias, Lazaro Garcia, Omar Ruiz Hernandez et de tant d’autres ? Et, à chaque rencontre du Cuba réel, célébrer, cœurs enlacés, ces âmes meurtries, éprises d’humanité et de liberté ? Non, vous dis-je, à la Havane comme à Paris, politiques, diplomates, industriels français n’étaient pas intéressés. Quant aux intellectuels, pas un ne voulut me suivre quand tant accouraient pour entonner des chants révolutionnaires entre deux Cohibas. Déjà, à l’époque, pourquoi gâcher son plaisir dans ce pays où règnent corruption et prostitution, enfants compris, et penser aux centaines de détenus politiques qui vivent dans des cellules de 2m30 de large sur 2m de long, sans matelas, au milieu des rats, réveillés toutes les heures par des éclairages violents et frappés à coups de bottes ? Pourquoi s'inquiéter entre deux langoustes des "Comités de Défense de la Révolution" qui terrorisent, les quartiers ou des Brigades d’intervention rapides et groupes de "bons citoyens en colère" qui débarquent chez les dissidents, les brutalisent, insultent leurs enfants dans les rues, taguent leurs domiciles, voire les détruisent ? Pourquoi vivre dans le souvenir des dizaines de milliers de familles cubaines noyées par les gardes-côtes qui balançaient des sacs de sable sur les frêles embarcations de ceux qui fuyaient l’utopie castriste par le détroit de Floride ? Que la petite bande française des Tartuffe et des faux-culs de la moralité s’amuse.

Nous amuser, nous ne l’avons pas pu. Après une nuit de courses contre la police dans La Havane, le 14 novembre au matin, la manifestation n’eut pas lieu. Pas un Cubain dans le parc. Des femmes dissidentes avaient été arrêtées au petit matin, et emprisonnées. Je le fus à mon tour dans l’après-midi : rien qui vaille la peine d’être raconté, ni la pression, ni les menaces, ni la violence, tant le malheur qui frappe ce peuple m’avait conduit à l’indifférence et j’avais presque de la peine pour ces geôliers qui ne savaient sur quel pied danser avec un étranger et qui ne croyaient plus en rien, simplement effrayés de ne pouvoir assurer la répression qui leur permettait de survivre avec leur famille.

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 01/12/2016 - 09:56 - Signaler un abus Merci Mr Roucaute

    Et bravo pour votre courage. Vous citez le terroriste Mandela. Il avait fait venir en Afrique du Sud des médecins cubains. En bon Prix Nobel de la Paix et obéissant à son pote le dictateur Castro leurs passeports leur avaient été retiré pour éviter qu’ils ne s’enfuient. L’expérience fut désastreuse car leur compétence était catastrophique et ils furent ramenés dans leur prison insulaire. Qu’on se souvienne que le dictateur a été opéré 3 fois avant d’être sauvé par un vrai chirurgien venu de Madrid. Toutefois on peut reconnaitre à la grande médecine cubaine un exploit. Ils ont raccourci la vie de Chavez.

  • Par vangog - 01/12/2016 - 10:50 - Signaler un abus Merci pour cet hommage aux résistants au socialisme!

    Et honte à nos dirigeants et journalistes de FR3, chaîne de sévices public, qui glorifient le fasciste cubain, après sa mort...Decidemment, le socialisme n'a rien appris de son histoire! 110 millions de morts et des dizaines de pays ruinés économiquement...contrainte, manipulation et torturés physiques et morales sont les constantes du socialisme. La France gauchiste sera-t-elle un des derniers pays révisionnistes de l'horreur socialiste ( 3 fois plus de morts que l'horreur national-socialiste)?

  • Par LouisArmandCremet - 01/12/2016 - 15:14 - Signaler un abus Aveuglement

    L'aveuglement de la gauche envers ce tyran et ses légions de sbires -bourreaux, m'étonne toujours autant. Comment peut-on à ce point nier les réalités ?

  • Par langue de pivert - 01/12/2016 - 18:48 - Signaler un abus Maudits soient les Francialos !

    Mitterrand (et sa pouffe) savaient ! Mitterrand avait visité en 1974 un camps de concentration à Cuba où les prisonniers politiques étaient astreints à des travaux forcés dans des conditions effroyables. Battus, affamés ! Les Castros sont des maquereaux ! Cuba un bordel pour bobos européens, Français en tête ! Langoustes, plages, cigares, folklore, et pipes à volonté ! Castro, une fois aux manettes, avait fait exécuter le prêtre qui lui avait sauvé la vie en demandant et en obtenant sa grâce auprès de Batista ! Voilà le lascar que la gauche bouffeuse de curés encense ! Entendre Kouchener et Lang se pâmer avec leur "romantisme révolutionnaire" ! Quelle honte ! Ils souillent la France ! Ségolène sur le trottoir ! Tapin !

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.

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