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Casques bleus tués au Mali : quand la France est bien seule dans sa lutte contre le terrorisme au Sahel

Neuf personnes ont été tuées dans deux attaques distinctes à Douentza et Tombouctou. Hasard du calendrier, le conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mardi 15 août pour évoquer la situation au Sahel.

Réunion

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Une des craintes est que les salafistes-djihadistes venus du nord ne fassent leur liaison avec ceux du Nigeria où Boko Haram c’est scindé au moins en deux factions qui, pour l’instant, sont plutôt liées à Daech.

Un volet - bien qu’officiellement inscrit - est peu discuté : celui de la lutte contre les trafiquants et la contrebande en tous genres.

Les autorités régaliennes locales préfèrent rester discrètes sur ce sujet car cette économie parallèle permet aux populations les plus défavorisées de survivre (et donc, de ne pas rejoindre les rangs des rebelles) et à des potentats de s’enrichir tout en graissant la patte à certins.

Si le déploiement de cette force n'est toujours pas lancé, c'est avant tout en raison de son budget qui est évalué à 400 millions de dollars. Les plus sceptiques sur le financement étant les américains qui doutent de la capacité de cette force  à lutter efficacement contre le terrorisme. Pensez-vous que les attaques de ces derniers jours pourraient permettre d'accélérer les négociations ?

La France est intervenue auprès de l’ONU pour obtenir un mandat officiel auprès du Conseil de sécurité. La Russie et la Chine se sont montrées favorables mais Washington et Londres se font tirer l’oreille pour suivre d’autant que cela obligerait l’organisation à aligner entre 250 et 300 millions d’euros. Ils ont peur que cela se fasse à fonds perdus, d’autant qu’il faut tout faire pour bâtir cette fameuse force : recruter, équiper (équipements individuels, armements, munitions, véhicules, hélicoptères …) et former les hommes. Il est vrai que des initiatives sécuritaires du même genre ont été lancées dans le passé pour des résultats très décevants. En conséquence, l’ONU s’est contentée de « saluer le déploiement de cette force », ce qui ne lui coûte pas un radis…

Il y a aussi un grand problème d’échanges de renseignements qui se ferait très mal entre les différents pays de la région. Enfin, l’Algérie ne veut pas y mettre le doigt pour des raisons d’indépendance nationale. Globalement, l’armée algérienne parvient très bien à juguler le risque terroriste dans ses frontières et c’est ce qui lui importe au premier chef.

Les attentats qui viennent d’avoir lieu au Sahel ont peu de chance de faire changer d’avis l’administration Trump qui ne veut plus gâcher un dollar pour aider des pays  tiers. Comme d’habitude, La Grande-Bretagne suit les États-Unis et il ne faut pas s’en étonner. De toute façon, il y a eu d'autres attentats comme en janvier 2016 déjà à Ouagadougou (20 tués), en Côte d’Ivoire à Grand-Bassam deux mois plus tard (16 tués) - les deux revendiqués par AQMI -. Cela n'a pas provoqué de grandes réactions.

La France se retrouve une fois de plus bien seule - certes soutenue par des pays européens dont l’Allemagne qui vient de perdre deux militaires lors d’un crash accidentel d’un hélicoptère Tigre -. A n’en pas douter, l’armée française est engagée au Mali et, plus généralement au Sahel, pour longtemps alors que, selon les autorités politiques de l’époque (janvier 2013), l’opération Serval devait être de courte durée. Ce n’est pas totalement faux; elle a changé son nom en Barkhane et sa mission s’est élargie reprenant aussi la très ancienne opération Épervier (début en 1986 au Tchad). Bien sûr, l’option militaire doit être accompagnée d’une aide au développement et au règlement des conflits politique et ethniques si présents au Sahel. Il faut toujours faire preuve d'optimisme…

 
Commentaires

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  • Par Shebear88 - 16/08/2017 - 16:53 - Signaler un abus La déstabilisation du Sahel

    n'est-elle pas une suite directe de l'intervention occidentale de 2011 qui a renversé le régime libyen ? Depuis lors on assiste aux développements négatifs, pour la Libye et pour les pays africains voisins, de ce "changement de régime". Je laisse les personnes plus qualifiées que moi, juger si les conséquences pourtant prévisibles avaient été ou n'avaient pas été évaluées début 2011 par les services spéciaux et spécialisés des 3 pays intervenants (Foreign Office, Quai d'Orsay, Secrétariat d'Etat des USA). Si elles ne l'avaient pas été, c'est un syndrome collectif d'incompétence préoccupant à ce niveau. Si elles l'avaient été, préalablement à l'action de lobbying diplomatique et à l'intervention qui a suivi, c'est autre chose et alors il ne faut pas s'étonner du résultat. A noter que B.Obama et E.Macron ont porté, a posteriori, un jugement négatif sur l'intervention de 2011.

  • Par RODIER - 16/08/2017 - 18:52 - Signaler un abus à Shebear88

    Vous avez raison, c'est une conséquence de l'intervention occidentale de 2011. Mais, pour préciser les choses, les services (et les AE) "informent" les autorités politiques qui ensuite décident (et c'est bien normal dans une démocratie). Le problème réside dans le fait que ces mêmes autorités politiques ne tiennent pas forcément compte de ce qui leur a été fourni. A leur décharge, elles croulent sous les rapports parfois contradictoires. A plusieurs reprises, il a été noté des différences d'interprétation entre les AE et le Ministère des Armées dont dépend la DGSE. , On soupçonne souvent des "conseillers extérieurs" d'avoir plus d'influence que les professionnels. Mais, ne mettons pas tout sur le dos de BHL car s'il a pu influencer le président Sarkozy, il n'était pas derrière les Britanniques et les Américains. Merci de me lire. Alain Rodier

  • Par Shebear88 - 17/08/2017 - 08:49 - Signaler un abus à RODIER

    Merci de votre réponse monsieur Rodier. Sous votre contrôle encore, C'est tout de même N. Sarkozy qui avait réussi à obtenir de la Russie qu'elle renonce à mettre son veto à la résolution 1973, celle qui a dans les faits conduit à l'intervention et au renversement du régime libyen. Si le président de la République française a été influencé dans cette affaire par la personne que vous citez, son influence aurait donc été déterminante, au final, car la position haute et claire de la France sur ce dossier a pu influencer à son tour la position de ses alliés dans un moment perçu comme critique.

  • Par RODIER - 17/08/2017 - 11:05 - Signaler un abus a Shebear88

    vous avez sans doute raison mais je n'étais pas présent lors des entretiens de l'époque. Les choses sont généralement plus compliquées que l'on ne peut l'écrire. Mais je pense que c'est surtout Washington qui était à la manœuvre ayant gardé une sérieuse "dent" contre Kadhafi. Il n'a pas été très difficile de convaincre Londres et Paris qui on servi de bras armé à Washington (qui a fourni toute la logistique et les renseignements opérationnels nécessaires à la bonne marche des opérations). Quant aux autorités russes et chinoises, elles ont été bernées par les trois autres membres du Conseil de sécurité car la résolution n°1973 ne prévoyait pas un changement de régime mais une protection des populations et l'ouverture de négociations (entre autres; voir le texte intégral publié à l'époque par Le Monde);. Cordialement Alain Rodier

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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