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Carriérisme et spins doctors : comment la communication tue la politique à petit feu

Pour l'ancienne ministre Corinne Lepage, nous vivons une époque où la communication et le souci de l’image l'emportent sur toute autre considération. Une attitude délétère sur le long terme. Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement (1/2).

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Carriérisme et spins doctors : comment la communication tue la politique à petit feu

La classe politique est aujourd’hui extrêmement influencée par la communication Crédit Reuters

Le public et les journalistes se réfèrent à la "classe" politique. Ce mot est rejeté par les politiques en général qui considèrent qu’il ne correspond à rien. En réalité, s’il est péjoratif, il correspond très précisément à la représentation que s’en font les Français. Le mot de classe renvoie à une vision marxiste de la société dans laquelle une classe en exploite une autre. Or, les citoyens ressentent intuitivement cette prise de pouvoir par une très petite caste hermétique à laquelle ils ne pourront jamais accéder et qui confisque en réalité la démocratie.

Certes, à intervalle régulier, il leur est demandé de voter, c’est-à-dire de reconduire tel ou tel, ou au contraire de s’en défaire. Mais, ils n’ont aucun pouvoir sur le choix de la personne représentant tel ou tel courant politique et, comme nous venons de le voir, le système mis en place rend extrêmement difficile l’élection de personnalités qui ne viendraient pas du cercle politique. De plus, la notion de représentant ou de mandant rendant des comptes à ses mandataires a complètement disparu des radars. À l’exception des élections locales, voire des municipales dans certaines grandes villes où les maires ont su tisser des liens réels, comme à Bordeaux ou à Lyon, et où les élus locaux ne sont pas nécessairement assimilés à la « classe politique », le fossé n’a cessé de se creuser, et ce à juste titre.

Les élus sont pour l’immense majorité le fruit du carriérisme politicien, c’est-à-dire le résultat d’un cursus qui passe le plus souvent par l’ENA ou au moins par Sciences Po, parfois une Grande École, l’"encartement" soit le choix de s’affilier à tel ou tel parti, puis le passage par un poste d’assistant parlementaire ou mieux encore par un cabinet ministériel. Viendront un mandat local dans le sillage de son "patron" et un mandat national qui peut déboucher sur un poste ministériel.

Cette voie royale, suivie par l’immense majorité, a créé une carrière professionnelle très particulière, totalement déconnectée de la vie normale et entièrement dépendante du bon vouloir de la hiérarchie partisane. Le "cirage de bottes", la complaisance et la défense de "sa" chapelle et/ou de son écurie l’emportent sur toute autre considération puisque c’est de son "job" dont il s’agit. Une fois les premiers degrés atteints, il s’agit de viser le "coup d’après", y compris lorsqu’on a la chance d’occuper un poste ministériel. Ce "coup d’après" consiste non pas à remplir au mieux, c’est-à-dire courageusement sa fonction, mais à rendre des services pour obtenir des "affidés" et à se médiatiser au maximum pour entrer dans le CAC 40 des personnalités politiques.

C’est alors qu’entre en scène une caste très discrète, celle des agences de com’. La communication des hommes et femmes politiques est en effet le "sujet" majeur. Après que le "faire savoir" fut devenu beaucoup plus important que le "savoir-faire", c’est désormais la "com’ pour la com’" qui l’emporte sur tout. Bygmalion est le parangon de ces agences qui facturent des sommes astronomiques pour organiser les événements, mais la palme revient aux agences qui conseillent et forgent l’image des politiques. Ces conseillers en communication et marketing politique ou spins doctors privés, comme l’était Patrick Buisson pour Nicolas Sarkozy, exercent souvent une influence déterminante sur le personnage politique, pour lui faire prendre des positions qui leur paraissent correspondre à ce que l’électorat attend plutôt que ce qui est bon pour le pays et l’intérêt général. Idem pour quelqu’un comme Franck Louvrier, ancien conseiller en communication du ministre puis du président de la République Nicolas Sarkozy, dont on se souvient de la manipulation médiatique quand il avait envoyé un SMS aux journalistes pour les inciter à parlerd’une femme, arrêtée au volant, portant le niqab.

 
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  • Par Benvoyons - 31/01/2015 - 12:06 - Signaler un abus L'on sent dans cette article que la personne a été brossé dans

    le sens du poil par Hollande. Le Chaudron a Hollande était là pourquoi ne pas en boire dès fois qu'une lace se libère! Là nous savons qu'elle n'est pas une Sans-Dents!!

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Corinne Lepage

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).

Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014. En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC - Cap21.

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