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Cardinal Burke : "Face à l'islam, il n'est pas déraisonnable de ressentir une certaine peur. Une peur juste"

Un entretien exclusif avec la star des conservateurs catholiques américains, dont beaucoup ont considéré qu'il était entré en résistance face au pape François. Explications, alors que s'ouvre le synode sur la famille.

Catholicisme & modernité

Publié le - Mis à jour le 9 Octobre 2015

Vous parlez de scandale moral, est-ce que vous pensez que l'Eglise devrait aller jusqu'à sanctionner ces catholiques ?

A minima, nous devons le souligner, au nom de la charité pastorale, car ils font des choses graves contre leur foi, et créent un scandale pour les autres.

Certains nous demandent si l'Eglise va changer sa doctrine sur l'avortement. Il y a des années, j’ai eu une conversation avec un haut responsable gouvernemental et il m’a dit connaître 80 à 90 catholiques au Congrès qui votent en faveur de l'avortement. Je pense que l'enseignement de l'Eglise sur ce thème doit être plus ferme.

Nous devons avoir des personnes qui servent l'intérêt général selon leur foi et non contre cette foi.

Eminence, il y a aussi aux Etats-Unis, notamment dans la Silicon Valley, des géants du web qui travaillent sur l'immortalité ou le transhumanisme. Avez-vous l'impression qu'il s'agit de sujets suffisamment débattus ? L'Eglise catholique américaine s'est-elle exprimée sur le sujet ?

Il me semble que oui. J'ai l'impression aujourd'hui que beaucoup dans l'Eglise catholique se rendent compte que cette activité est grave et dangereuse.

J'ai commencé à étudier ces sujets même si  je n'ai pas encore écrit sur la question. Ce qui est certain, c’est que je suis très préoccupé et je tiens à approfondir l’étude de ces nouveaux défis.

Aux Etats-Unis, il y a des gens qui disposent d’immenses pouvoirs économiques, tout particulièrement dans le champ des nouvelles technologies et qui ont décidé de les utiliser pour travailler à la mise en œuvre de leur vision de ce que la vie pourrait devenir dans le futur. L'argent leur sert pour faire progresser leurs projets et les imposer à la société américaine alors même qu’ils peuvent s'avérer très mauvais pour l'avenir. C’est d’ailleurs aussi le cas dans d’autres parties du monde.

Iriez-vous jusqu'à dire que la dignité même de l'Homme est en danger dans le monde actuel ?

Oui. Certainement entre autre à cause de cette activité transhumaniste. Je ne sais pas ce qu'il reste de la dignité de l'homme dans une telle vision.

Nous avons parlé des Etats-Unis, la religion reste très importante outre-atlantique mais ici le simple fait de se revendiquer croyant est presque devenu scandaleux. Quel est le regard que vous portez sur l'Europe et ses racines chrétiennes qu'elle a parfois du mal à assumer ?

J’ai deux observations. Ma foi trouve ses racines en Europe. La foi que mes parents m'ont enseignée est d’origine européenne. Mon père est irlandais, ma mère est de sang irlandais et anglais. J'ai reçu une foi catholique profonde venue d’Europe. J'ai des souvenirs de mon enfance marquée par la profonde dévotion de mes parents.

>>> Lire aussi - Cardinal Sarah : "Je veux rappeler aux Français qu'ils sont chrétiens même s'ils ne veulent pas le savoir et qu'ils n'aiment pas l'entendre"

Maintenant oui, nous avons l'impression qu'en Europe il y a une différence sur l'acceptation de la foi sur la scène publique. Il est certainement plus difficile d’assumer ouvertement ses convictions religieuses en Europe.

J'ai néanmoins remarqué qu'en France, en Angleterre, en Irlande, en Italie, en Allemagne beaucoup de personnes restent encore très dévouées et investies dans leur foi et témoignent d'une vraie profondeur. J'ai souvent commenté la Manif pour tous. Que tant de gens se soient prononcés sur la place publique pour exprimer leur foi m’a beaucoup touché. Le fait de participer à une telle manifestation, cela révèle qu'il y a quelque chose encore qui persiste dans le cœur des Européens – du moins des Français.

Sentez-vous qu’il s’agit d’un mouvement qui va grandissant, qui vous donne de l'espoir ?

Je pense que oui. Particulièrement parce je rencontre beaucoup de jeunes qui témoignent d'une grande ferveur. Les nouvelles générations sont plus soucieuses de l'Eglise que ne l'étaient leurs parents. L’expérience que j’ai pu recueillir au cours de mes visites en Angleterre, en Italie mais aussi aux Etats-Unis confirme le phénomène.

Que vous inspirent les angoisses identitaires de l’Europe notamment vis-à-vis de l'Islam ? On voit qu'en France et ailleurs en Europe, des gens sont inquiets de la place que prend l'Islam sur le continent. Quel regard portez-vous là-dessus ?

Pour moi, l’angoisse ressentie est justifiée. Nous devons nous rappeler que l’islam est aussi un gouvernement, pas une simple religion. Cette religion dans sa dimension politique a l'ambition de gouverner le monde. Lorsqu’une population, par exemple en France, devient de plus en plus musulmane, il faut affronter la possibilité de vivre un jour sous un gouvernement islamique, avec toutes les conséquences que cela implique.

Avez-vous l'impression que le Pape François partage votre regard sur le sujet? 

Je ne sais pas exactement ce que lui pense de cette situation, peut-être n'ai-je pas lu suffisamment ce qu’il a dit. Je ne sais pas exactement ce qu'il a pu dire sur le sujet, en dehors bien sûr du fait qu'il ait demandé aux paroisses et aux institutions de recevoir les réfugiés de Syrie.

Il s’agit d’une décision humanitaire dans une situation de crise. De manière plus large, souhaiteriez-vous que le pape ait une parole plus claire sur les flux migratoires puisque vous nous dites que vous-même n’arrivez pas bien à percevoir où il se situe ?

Mon rôle n’est pas de commenter la manière d’agir ou de parler du Pape.

Propos recueillis par Jean-Sébastien Ferjou

 
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  • Par clint - 04/10/2015 - 23:56 - Signaler un abus Si on a à faire au même dieu, primauté à la dernière révélation!

    Si c'est le même dieu "unique" tout naturellement la dernière religion révélée est la bonne, venant corriger les déviations des autres. Et tout naturellement tout bon musulman est amené à répandre la dernière religion révélée par ce dieu unique. Alors qu'attendons nous pour nous convertir ? On voit que les églises sont souvent prises au piège de l'amalgame et du sophisme. Si Jésus est le dieu incarné pourquoi l'église accepte les thèses de l'islam sur Jésus ? pour le vivre ensemble ? !!

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Cardinal Raymond Leo Burke

Raymond Leo Burke, né le 30 juin 1948 à Richland Center aux États-Unis est un prélat américain de l'Église catholique romaine. Élevé à la dignité épiscopale en 1994, il a successivement servi comme évêque de La Crosse, puis comme archevêque de Saint-Louis. Il est appelé en 2010 à Rome par le pape Benoît XVI, pour devenir le préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique et devient cardinal de l'Église catholique. En 2014, le pape François le nomme patron de l'Ordre de Malte.

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Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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