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"Capitalisme vert" : un concept
marketing qui ne bernera
que les doux rêveur

Alors que la Conférence Rio + 20 peine à promouvoir une définition claire des objectifs de développement durable, la notion de capitalisme vert est pointée du doigt. Sa dimension verte apparaît de plus en plus dépassée et elle ne serait finalement que du marketing.

Pas si vert ?

Publié le

Atlantico : Le capitalisme vert est-il possible ? Ne peut-on pas voir une contradiction entre les deux termes ?

Alexandre Vatimbella : Pour le capitalisme, l’important est de produire au meilleur coût afin de faire le meilleur profit possible. Si produire «propre» avait été le moyen d’y parvenir, il aurait choisi ce modèle. Nous voyons bien que ce n’est pas le cas. Produire en respectant l’environnement est généralement plus cher même si les coûts dans certains secteurs et grâce à de nouvelles technologies les ont fait baisser.

Donc, nous sommes, en effet, dans une sorte de contradiction.

Reste que, à l’inverse de ceux qui croient que l’on peut «moraliser» le capitalisme (qui n’est ni moral, ni immoral mais une technique «neutre» permettant de créer de la richesse), il peut avoir intérêt à être «vert». D’abord parce que les ressources naturelles ne sont pas forcément infinies et que le recyclage ou des produits de substitution plus «propres», comme, peut-être un jour, le soleil à la place du pétrole, peuvent devenir moins cher à utiliser que celles-ci. Puis, parce qu’un produit ne se vend que s’il y a des acheteurs. Et ceux-ci peuvent exiger d’avoir des produits qui ont été fabriqués en respectant l’environnement et/ou dont l’utilisation sera «propre». Ensuite parce que, en matière de pollution, il en va de notre santé à tous et de la viabilité de la planète, d’où l’utilité de produire vert afin d’éviter une crise aux conséquences désastreuses pour tous. Enfin, parce que si la moralité n’a rien à faire avec le capitalisme, ceux qui s’en servent, eux, peuvent avoir une éthique, des valeurs et une vision du monde qui les amènent à vouloir produire «vert» comme d’autres mettent en pratique les valeurs chrétiennes dans la gestion de leur entreprise.

Sans oublier deux autres raisons. Une «externe», c’est la réglementation qui peut obliger à produire vert. Une qui concerne le marché même de l’écologie où des acteurs économiques spécialisés trouvent à faire du profit en mettant aux points des produits verts ou en proposant des services verts comme la gestion des déchets ou le traitement de l’eau par exemple. Les gouvernements de nombreux pays espèrent d’ailleurs que cette industrie verte va prendre un essor encore plus grand et sera celle qui permettra de sortir d’une absence de croissance et d’un fort taux de chômage. C’était ainsi le souhait de Barack Obama avec son grand plan en la matière qu’il n’a pu mettre en place faute de majorité au Congrès et face au lobby très agressif de l’industrie.

D'après-vous, peut-on voir une transformation de notre modèle économique au profit de technologies verte ou propres ?

On a l’habitude de dire que l’écologie est une préoccupation de riches. Ainsi, dans les pays en développement mais aussi dans les pays émergents, la préoccupation principale est de pouvoir vivre décemment et non de protéger la nature. De même, en période de crise économique comme nous en connaissons une actuellement, les populations des pays avancés sont moins préoccupées par la pollution et plus intéressées par avoir du travail ou un revenu. Pour autant, les Chinois voient tous les jours leurs cours d’eaux souillés, leur air irrespirable dans de nombreuses villes et des dommages énormes causés à leur environnement. Et ils s’en inquiètent et demandent des mesures au gouvernement.

Donc, même si tout ne se passe pas sans à-coups, notre modèle est condamné à terme à être «vert». Et cette transformation viendra de la capacité d’innovation qui est au cœur du système économique capitaliste qui demeure celui le plus à même de créer de la richesse.

 
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Alexandre Vatimbella

Alexandre Vatimbella est le directeur de l’agence de presse LesNouveauxMondes.org qui est spécialisée sur les questions internationales et, plus particulièrement sur la mondialisation, les pays émergents et les Etats-Unis.

Il est également le directeur du CREC (Centre de recherche et d’étude sur le Centrisme). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages (dont Santé et économie, Le Capitalisme vert, Le dictionnaires des idées reçues en économie, Le Centrisme du Juste Equilibre, De l’Obamania à l’Obamisme).

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