Zone franche
Cannes 2011 :
quand le cinéma va, rien ne va
Le cinéma français se porte formidablement bien. Mais on ne le crie pas sur les toits pour ne pas déstabiliser la population avec de bonnes nouvelles.

Ouverture du Festival de Cannes : "Aïe, si je monte plus haut, je vais sûrement me casser la figure..." Crédit Vincent Kessler / Reuters
Dans cette vallée de larmes qu’est notre pays, c’est surtout l’absence d’une mauvaise nouvelle économique majeure qui surprend lorsqu’on allume sa radio le matin.
Entre les fermetures d’usines et les suicides chez France Telecom (aïe, je ne suis pas 100% certain qu’il soit convenable d’ironiser là-dessus...), on se demande d'ailleurs comment il peut nous rester des ateliers délocalisables et des agents Orange (assez !), depuis le temps…
Ainsi, traditionnellement, l’ouverture du festival de Cannes est l’occasion d’évoquer la terrible crise du cinéma français, la fin du film d’auteur, la hausse scandaleuse du prix du ticket et l'implacable rouleau compresseur hollywoodien. Oui, chaque année, ça ne rate pas, des tribunes aux accents de sonnerie aux morts sont publiées dans Le Monde et Libération (pas dans Le Figaro, qui milite plutôt pour l’hégémonie des navets US) et rappellent à quel point le cancer est métastasé.
C’est bien simple : l’agonie du cinéma français dure depuis si longtemps qu’il n’y a guère que celle de l’Education nationale pour lui faire une concurrence crédible. Le malaise des profs et le malaise des réalisateurs, ça doit être le genre de maladies orphelines sur lesquelles les grands labos pharmaceutiques assoiffés de profits refusent de faire plancher leurs crânes d’œufs.
Industrie du cinéma : tous les indicateurs dans le vert
Pour autant, et même s’il est encore trop tôt pour assurer que les fameuses tribunes ne feront pas leur apparition dans les gazettes avant la remise de la Palme d’or, préemptons sournoisement leurs arguments : le cinéma français se porte comme un charme !
Oui, le cinéma français va tellement bien qu’on se demande s’il ne devrait pas changer de nationalité tant le concept d’une industrie en bonne santé nous est devenu étranger.
Tous les indicateurs sont au beau fixe : la fréquentation d'abord, puisqu’avec 206 millions des spectateurs, les salles n’avaient plus accueilli autant de monde depuis 1967 ; le nombre d’écrans (5 470), qui bat tous les records grâce au développement des multiplexes ; les recettes, tellement abondantes qu’elles approchent du milliard et demi d’euros (hors vidéo, droits télé, etc.) ; la part de marché des films autochtones, l'une des plus élevées au monde à un peu plus de 35% ; le nombre de films produits, qui crève le plafond avec 261 longs métrages…
Bref, c’est la fiesta.
C’est tellement la fiesta, d’ailleurs, que Luc Besson est en train de passer la dernière couche de peinture sur sa Cité du Cinéma, un énorme complexe de studios à un jet de pierre du centre de Paris propre à rivaliser avec les grandes structures de Pinewood ou de Cinecittà ― 160 millions d’euros ayant été investis sur une ancienne friche EDF de sept hectares.
C'est sûr, il y aura toujours des esprits chagrins pour expliquer que le succès des films français, c’est surtout du gros comique gras (c’est faux) ; que les multiplexes ne passent que des blockbusters (c’est faux) ; que les cinémas de centre-ville disparaissent (ce n'est plus vrai : ils reviennent) ; qu’aller au cinéma, ça coûte la peau des fesses (en théorie seulement : les cartes d’abonnement font chuter le prix moyen à 6 euros) ; que les exploitants gagnent leur vie en vendant du popcorn et du Coca (et alors ?)…
Mais les esprits chagrins, c’est un peu leur truc à eux, cette tendance à ne voir que le mauvais côté des choses. C’est même pour ça qu’on les appelle esprits chagrins. Donc, le cinéma français se porte formidablement, Cannes reste le premier festival au monde et en plus, il fait beau. Mais ne le crions pas sur les toits tout de même : un tel bonheur, c'est indécent.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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@Opening,
Au mais c'est bien sûr des qu'on dit aux gens, soyez responsable de vos oeuvres au lieu de faire payer le contribuable c'est maaaaaal. En fait, c'est vrai, d'aprés OPENING, quoi de plus respectueux pour le contribuable que de lui faire payer des films qu'il ne veut pas voir. Je précise que l'arrêt de l'aide public devrait s'arrêter pour tous les pays, aprés, le talent décidera.
La contribution de Koris est une amusante caricature.
Tous les clichés y passent : tonneau de subventions; peu de films français rentables; de toute façon, ils ne sont pas intéressants; et enfin, le public vu uniquement comme un consommateur. Je trouve qu'il aurait pu finir en nous recommandant Fast and Furious 5. Démasquez-vous : qui est le plaisantin qui a signé cela ?
C'est un classique pour un secteur que de pleurer. Au mieux, ça fait des subventios supplémentaires, au prie, c'est du préventif pour éviter qu'on coupe les subentions existantes...
Bizarre que certains ne comprennent pas que le cinéma français est un porte drapeau.
Enfin, il y en a marre de la pensée primaire, condamnant toute forme d'aide ou de subvention, au cinéma ici, à l'agriculture ailleurs, ... Demandons-nous plutôt : est-ce que ça marche ? est-ce notre intérêt ? Peut-on améliorer les choses ? Dans le cas d'espèce, la réponse est : oui, oui et oui.
"Supprimons les aides, laissons faire le marché" : réflexe bébête, pensée courte. Sans ce système, "Des hommes et des dieux", énorme succès 2010, n'aurait pas vu le jour. On pourrait multiplier les exemples de films produits ainsi et bénéficiaires : Les Emotifs Anonymes, le nom des gens, ... Le système doit être adapté (trop de films produits chaque année) mais pas supprimer.
Ce système a permis de maintenir le cinéma français à la 1ère place européenne juste devant le cinéma anglais. Les autres cinéma ne sont guère vaillants.
En Angleterre, le UK Film Council (notre CNC, si l'on veut) participe au financement de la plupart des films. Le gouvernement veut le supprimer : grosse inquiétude sur le devenir du cinéma anglais (quasi inexistant dans les années 60/70)
1. c'est justement parce qu'il y a un système cohérent d'aides et de règlementations que le cinéma français va bien. Donc, il serait idiot d'affirmer "ca va bien, donc supprimons les aides".
2. Pas mal de cet argent provient de prélèvements sur les recettes via le CNC : donc, le système fonctionne en partie en vase clos, les gros films aidant en quelque sorte les plus petits.
ben voyons, si on déduits les subventions énormes accordées à l'industries du cinéma (je ne parle même pas de l'ensemble de la culture pour ne pas effrayer), on est vraiment mal.
Très peu de film français sont rentables (interessants vous dites?). Pour remettre vraiment le cinéma d'aplomb, on pourrait commencer par supprimer les règlementations et aides publiques, par respect pour le consommateur
Au contraire : c'est justement un secteur où les différents systèmes d'aides directes (type CNC), réglementaires (comme les obligations de production par les chaînes) ou fiscales (sofica) se révèlent efficaces. Ce n'est pas si fréquent...
Chut faut pas dire ça ! Comment on va justifier les subventions si tout va bien !!!