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Quel que soit le candidat élu, le pouvoir est-il encore vraiment à l’Élysée ?

Mais quelle sera vraiment la marge de manœuvre du Président, alors que l'essentiel du pouvoir se trouve à Bruxelles ?

Beaucoup de bruit pour rien...

Publié le

Atlantico : La campagne bat son plein et les candidats multiplient les promesses les plus ambitieuses. Mais ont-ils réellement le pouvoir, s’ils arrivaient à l’Elysée, d’appliquer leurs programmes ?

Christophe Deloire : En tout cas, il aurait moins de pouvoir qu’il ne le prétend.

Evidemment, le président de la République française a beaucoup de pouvoir au point de vue national. Il est dans ce domaine beaucoup plus puissants que ces homologues des autres démocraties. C’est d’ailleurs un problème démocratique national. Un homme seul très puissant ne permet pas de mobiliser autant une société que si le pouvoir est plus disséminé et les décisions plus légitimes.

Il est beaucoup moins puissant que ce qu’il prétend car bon nombre des pouvoirs qu’il prétend avoir ne relèvent en réalité plus de lui. Cette élection, même si on y parle beaucoup plus d’Europe qu’au cours des précédentes, donne l’impression qu’un chef de l’Etat plein de volonté qui fait primer sa volonté sur les conservatismes bruxellois pourrait obtenir gain de cause si l’on choisit la bonne personne. Je pense que c’est le contraire d’un raisonnement politique et que c’est contraire au fonctionnement du système.

L’un des problèmes de cette élection, c’est de laisser croire que la politique est une affaire d’hommes, d’êtres humains ayant plus ou moins de volonté et de talent, alors que la politique est avant tout une question de systèmes. Les discours sur le système me paraissent extrêmement faibles dans cette campagne. C’est d’ailleurs aussi pour cela que Jean-Luc Mélenchon monte : il a un discours sur le système. Ce n’est peut-être pas le bon, mais il s’attaque à cette question.

Les Français sont-ils conscients de cette situation ? Cela contribue-t-il au faible intérêt de l’électorat pour la campagne en cours ?

Je pense que l’électorat français, soit consciemment, soit intuitivement, sait que les hommes politiques sont plus impuissants qu’ils ne le laissent penser au travers de leurs promesses électorales. Parfois, il peut attribuer la responsabilité à des questions de corruption politique, qui n’est à mon avis pas l’essentiel. On peut aussi estimer que c’est une mauvaise volonté des personnalités politiques. Là non plus, je ne crois pas qu’ils soient spécialement de mauvaise foi, même s’ils peuvent être influencés par la classe sociale au sein de laquelle ils passent tout leur temps.

Bon nombre de conséquences sont en réalité dévolues à d’autres institutions, notamment au sein de l’Europe. La formule de la chancelière allemande, Angela Merkel, est d’ailleurs intéressante : « Aujourd’hui, l’Europe, c’est une question de politique intérieure ». Le problème, c’est qu’en France, elle reste traitée politiquement et médiatiquement comme un sujet de politique étrangère. Le citoyen est influencé de fait : il a l’impression que c’est distant. Les électeurs pourraient avoir plus de poids s’ils pouvaient s’en préoccuper de manière plus directe.

C’est ce que nous décrivons dans Circus Politicus : un système a été mis en place au sein duquel l’électeur n’a pas le choix parce que tout est prévu par des traités ou par des politiques particulières. Ces responsables politiques sont d’ailleurs très peu responsables devant nos représentants. Dans tous les cas, ils sont très distants des électeurs.

 
Commentaires

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  • Par cqoiqéqon - 07/04/2012 - 08:30 - Signaler un abus Des gens sous estimés par les

    Des gens sous estimés par les politiques et des politiques sur estimés par leurs électeurs. Bref un jeu de dupe, une mise en scène, un grand bordel qui s'appelle démocratie. Les uns ayant trop de pouvoir et les autres n'en prenant pas assez.. j'imagine avec Platon une indispensable participation citoyenne au décision aux grandes orientations d'un pays. Une démocratie, régulée, apaisée et transparente car agrémentée de stochocratie. Mais de Gaulle avait raison, les Français sont des veaux et un veau c'est élevé pour aller à l’abattoir. Ce qu'il fait parfaitement bien d'ailleurs.

  • Par ZOEDUBATO - 07/04/2012 - 08:56 - Signaler un abus De l'intérêt d'un pouvoir indépendant à Bruxelles

    Bruxelles permet de prendre des décisions d’intérêt général à l’abri du clientélisme et de la démagogie. C’est pourquoi son rôle n’est pas de produire des tonnes de normes sur les poulaillers mais d’être un lieu de discussion, de régulation, d’organisation, d’encadrement des problèmes régaliens interférant sur tous les états de la communauté pour avancer et protéger les citoyens, les Etats et l’Europe ( bien sûr les décisions prises et les décrets d’application doivent ensuite être validées au niveau de chaque pays) Exemple par analogie : la lutte contre le dopage dans le sport n’a commencée à être efficace qu’avec la création d’un organisme mondial et indépendant car avant c’était l’orgueil de chaque pays qui prévalait

  • Par Cap2006 - 07/04/2012 - 09:24 - Signaler un abus Bruxelles ne valide RIEN sans l'accord du président.

    Aujourd'hui, les politiques ne peuvent s'exonérer aussi facilement... en France, un référendum est si facilement balayé par une poignée de politiciens sous influence à défaut d’être corrompus... Ce qu'il faut... et vite... Tout ce qui touche à la diplomatie internationale, à la sécurité extérieure, à l'économie ( régulation,fiscalité, péréquation,recherche, normalisation, etc...) , la criminalité transfrontalière, à l'écologie, à l'énergie aux transports devraient être dévolu à un gouvernement européen, sous le contrôle réel du parlement démocratiquement élu. Tout ce qui se rapporte au quotidien des citoyens : santé, éducation, sécurité, logement, culture, aménagement de son territoire ( 3h de voiture), etc... devraient être géré au plus près des citoyens avec 2 échelons : Communauté de communes puis 7 à 8 régions..... C'est aussi la disparition de l'administration d'état... Le parlement français conservant un rôle législatif de transcription des décisions européennes et de validation/généralisation des projets de loi issue des régions. Allez, l'utopie à du bon...

  • Par Joséphine - 07/04/2012 - 09:34 - Signaler un abus Merci pour ce livre

    Circus Politicus est un livre courageux et nécessaire. L'organisation européenne est fondée sur l'idée que l'intérêt général européen existe (alors que les pays européens ont souvent des intérêts divergents: voir l'évolution comparée des balances commerciales française et allemande) et qu'il peut être déposé entre les mains d'un organe non élu, la Commission (ce qui est esserntiellement antidémocratique). La conjonction des deux a eu pour résultat que notrre sort est aujourd'hui entre les mains des lobbies, c'est à dire de la finance et des multinationales, car la société civile ne pèse rien auprès de ces intérêts organisés. J'en veux pour preuve l'affaiblissement de plus en plus manifeste de la politique de concurrence, composante originelle de la construction européenne, à laquelle les grand lobbies s'attaquent depuis 30, ans, avec un succès croissant. Le démantèlement du tarif extérieur commun est un autre exemple. Bientôt, le démantèlement de la PAC en sera une nouvelle manifestation, car la France ne sera plus en position de s'y opposer. Notre vote de 2012 est la dernière occasion de sortir de la seringue.

  • Par Joséphine - 07/04/2012 - 09:36 - Signaler un abus Traité de Lisbonne

    Le Traité de Lisbonne est une trahison qui délégitime définitivement les institutions européennes en France. Rien que pour cela, il n'est pas possible de revoter pour Sarkozy.

  • Par laurentso - 07/04/2012 - 09:50 - Signaler un abus @zoedubato

    "Bruxelles permet de prendre des décisions d’intérêt général à l’abri du clientélisme et de la démagogie." Vous êtes rigolote vous ! Bruxelles est le lieu de rendez-vous de tous les groupes de pression européens! L'UE est devenue la courroie de transmission de tous les clientélisme, c'est bien ce qu'on lui reproche d'ailleurs.

  • Par Equilibre - 07/04/2012 - 10:27 - Signaler un abus La France, un état ou une région

    Nous ne votons plus pour un président de la République, au sens ou nous l'entendions avant Maaastricccht, mais plus pour un gouverneur d'état à la ricaine (j’exagère si peu). Et les choses vont aller en s'accroissant puisque le but de l'europe est de sucer tous les pouvoirs (ou presque) nationaux. Le MES en cours de vote nous fera perdre une partie de notre souveraineté niveau décision budgétaire avec un droit de regard externe et de rectification (si cela ne plait pas), le tout fait par des "gens" non élus sur lequel personne n'a de prise, si je ne m'abuse. C'est ça une démocratie? Non. Sortons de l'UE; il n'y a rien à attendre de bon de ce machin. . @laurentso: merci de rappeler quelques vérités qu'apparemment beaucoup ignorent.

  • Par ricouti - 07/04/2012 - 11:04 - Signaler un abus @josephine : il y a plein de

    @josephine : il y a plein de raisons pour virer Sarkozy, mais le Traité de Lisbonne n'est pas la meilleure. Sans l'aide du PS et en particulier de Hollande, ce traité n'aurait pas été voté

  • Par Jpl - 07/04/2012 - 11:44 - Signaler un abus Lisbonne ?

    Belle hommage posthume a Phillipe Seguin. Quant à stigmatiser les signataires du traité de Lisbonne, la vindict devait plutot se porter sur tous les cabris nous ayant vendu Maastricht en l'état comme l'Alpha et l'Oméga d'un avenir radieux. Lisbonne , le MES et tous les traités Européen à venir, étaient inscrit en filigrane dans le dit traité de Maastricht.

  • Par yoda - 07/04/2012 - 17:10 - Signaler un abus Je ne pense pas ! la plupart.....

    baisseront leur culotte devant ceux qui sont au sein de l’Europe et c'est un bien terrible mal de se faire commander sur tout par cette oligarchie !

  • Par kronfi - 07/04/2012 - 17:32 - Signaler un abus juste une question

    a l'auteur... ou avez vous vu que SEUL melenchon s'attaque au systeme melenchon donnera sa voix a Hollande... en cas de duel hollande sarkozy. bref un pouvoir elyseen que ce soit un ps gagnant ou un ump gagnant, qui sera sous le dictat de bruxelles. l'auteur aurait ete credible , si il avait dit seule MLP veut une vraie rupture, et ne tolère aucun compromis ou indication de vote pour l'un ou l'autre candidat au deuxième tour... Ceci dit le fait de poser le problème , montre que le probleme existe et que Bruxelles, est le vrai centre de decisions pour les peuples européens.. le reste c'est du replâtrage en plus ou en moins, d'une même politique.

  • Par walküre - 07/04/2012 - 17:39 - Signaler un abus Très bonne question

    Mais la réponse est depuis longtemps résolue. Les traités et conventions internationales ont tissé un écheveau inextricable qui fait du citoyen français un condamné à perpétuité avec chaînes et boulets aux pieds. Economie, droit, relations extérieure, n'ont cessé de se diluer dans cette réelle mondialisation, difficile à comprendre, mais aux effets bien notoires. D'ailleurs le pouvoir gouvernemental n'a fait, de son côté, depuis trente ans environ, qu'un mouvement de translation de ces domaines où il ne peut plus grand-chose vers des domaines plus internes sur lesquels il peut encore agir. On en arrive à un certain paternalisme d'état, encouragé par les uns et les autres qui y trouvent leur compte, notamment la gauche, mais qui se transforme peu à peu en de l'assistanat généralisé. Le risque pour le citoyen est l'abâtardissement politique, suivi de la perte de sa liberté.

  • Par François 38 - 07/04/2012 - 17:56 - Signaler un abus Citation.

    Il y aura bientôt quarante ans, Alain Peyrefitte écrivit un livre qui fit grand bruit à l'époque , son titre: "Le mal Français"! ,on peut y lire notamment qu' à une question que Peyrefitte posait au Général de Gaulle ayant trait aux "lenteurs" dans les applications des réformes pourtant votées , le Général eut cette réponse désabusée:" En France le pouvoir c'est l'impuissance". Etonnant !

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Christophe Deloire

Christophe Deloire est journaliste, auteur et éditeur.

Il est le co-auteur de "Circus politicus" avec Chrsitophe Dubois (Albin Michel, 2012).

Depuis février 2008, il est le directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ), l'école de journalisme de la rue du Louvre à Paris.

Depuis 2006, Christophe Deloire est directeur de collection au département « littérature générale » de Flammarion.

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