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Cancer : les traitements alternatifs peuvent être efficaces, c’est prouvé scientifiquement mais à une condition indépassable :

Ils doivent être des traitements complémentaires.

Non négociable

Publié le - Mis à jour le 4 Janvier 2018
Cancer : les traitements alternatifs peuvent être efficaces, c’est prouvé scientifiquement mais à une condition indépassable :

Atlantico : Dans une récente étude, plusieurs scientifiques de l'Ecole de Médecine de Yale se sont intéressés à l'utilisation de traitements alternatifs contre le cancer, et à leur impact sur la survie des patients. Quelles en sont les conclusions? Quel est l'efficacité de tels traitements?

Guy-André Pelouze : Le cancer peut être considéré comme le plus grand défi de la médecine et de la biologie moderne. Encore aujourd’hui de nombreux patients sont au delà de nos ressources thérapeutiques. Il faut donc être modeste et humble dans nos recommandations et rappeler que c’est l’innovation qui permettra de guérir plus de cancers. Il faut aussi être respectueux des souffrances majeures que cette maladie impose aux patients avant de les priver trop souvent de leur vie. Plus qu’ailleurs le charlatanisme dans ce domaine est impardonnable.

Revenons sur cette étude (https://academic.oup.com/jnci/article/110/1/djx145/4064136/Use-of-Alternative-Medicine-for-Cancer-and-Its) .

 Quelle est l’hypothèse du travail?

Certains patients choisissent délibérément de ne pas recourir aux traitements conventionnels du cancer. C’est en se saisissant de leur devenir que les auteurs ont bâti leur hypothèse de travail. Ils ont comparé une série de patients qui ont fait ce choix et une série de patients traités conventionnellement. L’équipe de Yale a testé l’hypothèse suivante: les deux groupes ont-ils une survie équivalente?

Pour ce faire ils ont pris quelques précautions méthodologiques, en appariant les deux groupes.

Les deux groupes diffèrent cependant par certaines caractéristiques:

-        Il y a plus de patients ayant des formes avancées de cancer dans le groupe des traitements alternatifs (14,8% versus 28,7%)

-        Il y a plus de comorbidités dans le groupe des traitements conventionnels (19,% versus 10,7%).
 

Pour autant soulignons qu’il s’agit d’une étude observationnelle c’est à dire que les patients ont été suivis après qu’ils aient fait ce choix de leur propre initiative. En aucun cas les patients n’ont été assignés à un groupe ce qui compte tenu de ce que nous savons n’aurait pas été éthique. Ensuite les patients ont été sélectionnés suivant un critère de gravité: il s’agit de patients ayant une tumeur maligne sans métastases à distance connue. Le suivi a été particulièrement long puisque l’objectif a été de suivre les patients pendant 84 mois.

Quels sont les résultats?

Ils sont bien décrits dans le tableau N°1. Ces résultats sont intéressants à plusieurs titres. Tout d’abord il y a deux groupes pour lesquels la survie est très différente, prostate, côlon, rectum et sein sont des organes où le cancer est curable. Pour le poumon et il en est de même pour le pancréas la situation reste très difficile. Ensuite quand le cancer est peu agressif la différence entre le traitement conventionnel et les médecines alternatives en première ligne est faible et non significative c’est le cas de la prostate. Finalement, les deux groupes diffèrent quant à leur survie pour tous les cancers sauf la prostate sans qu’il soit possible d’en douter raisonnablement et ce de manière majeure. 25% de survie en plus pour tous les cancers avec des disparités énormes, plus du double de la survie pour les cancers du côlon, du rectum et du poumon, 30% pour le sein. Les traitements conventionnels sont associés à une amélioration de la survie et à des guérisons.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 03/01/2018 - 17:43 - Signaler un abus Oui

    Très bien: les stats sont, en elles mêmes suffisamment éloquentes! il n'était pas besoin ensuite d'expliquer en 5 pages que pour un cancéreux soigné de manière conventionnelle il n'était pas dangereux d'avaler à côté une potion préparée par Hogatha la sorcière à base de chabichou fabriqué par Pictafesse Royal (et uniquement celui là SVP -avec une tête de phoque su le couvercle)! Bon pour le reste, on sent la main de Dieu et de Gaia ! ceux qui prennent des machins alternatifs sont des écolos qui devraient être ravis d'être plus rapidement transformés en compost pour le plus grand bien de nos jardins et de nos cervelles! Juste un truc: Pellouze!! un moment j'ai cru que c'était Patrice Pelloux qui venait faire sa pub suivi de Bouffemerde TV OUF!

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 08/01/2018 - 09:53 - Signaler un abus Les stats ne disent pas tout

    Je ne peux que conseiller aux lecteurs d’aller au-delà du tableau des statistiques. Pourquoi ? Premièrement parce que ces statistiques sont des moyennes de survie de patients atteints d’un cancer particulier sans métastases. Il faut donc envisager qu’elles ne reflètent pas par exemple ce qui se passe pour certaines formes de cancer très peu invasif ou au contraire des cancers avec métastases. Deuxièmement parce que les traitements complémentaires quels qu’ils soient ne sont pas tous bénins . Il faut regarder en détail et discuter précisément de toute intervention thérapeutique en particulier celles qui sont mentionnées et qui peuvent interférer avec la cellule cancéreuse ou certains organes clés du métabolisme humain. C’est un exemple typique d’une approche de la complexité. Il ne peut y avoir de pensée simpliste en médecine. Trop souvent la presse pousse les auteurs à réduire le format au détriment de la complexité. D’une manière générale c’est un des avantages des articles publiés par Atlantico.

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Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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