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Le calvaire d’un ancien conseiller d’Eric Woerth victime d’une usurpation d’identité

En plein scandale Bettencourt à l’automne 2010, Eric de Sérigny, ex-banquier, membre du cabinet d’Eric Woerth, se voit accuser d’être à la tête de sociétés panaméennes. Bref, d’être un fraudeur. La presse fait état de documents accablants. Or, ils étaient faux. Le nom de Sérigny a été usurpé. Il demande réparation, courant mars devant la Cour d’appel de Paris. Retour sur une histoire digne de Kafka.

Ça n’arrive pas qu’aux autres

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Le calvaire d’un ancien conseiller d’Eric Woerth victime d’une usurpation d’identité

Etre victime de l’usurpation de son nom même par plaisanterie - cela arrive - n’est jamais agréable. Mais lorsque cette usurpation a pour seul motif une envie de nuire, voilà qui est plus que déplaisant. Cela peut même tourner au cauchemar. C’est la mésaventure aux conséquences terribles qui est survenue à un homme dans les années 2010. Pendant des semaines, ses amis et relations lui ont tourné le dos, il n’a plus retrouvé de travail, bref c’est devenu un paria. Il s’appelle Eric de Sérigny. Ancien banquier, fils d’Alain, le célèbre directeur de l’Echo d’Alger, connu pour ses opinions pro-Algérie française, il demande aujourd’hui réparation à la justice.

Une audience est prévue devant la Cour d’appel de Paris dans le courant du mois de mars. 

Mais si cette histoire a pris un tour quasi-dramatique, c’est parce qu’elle s’est déroulée en pleine affaire Bettencourt, au moment où le ministre du Travail, Eric Woerth, était montré du doigt, parce que soupçonné d’avoir concouru au financement de Nicolas Sarkozy, via Patrice de Maistre… Lequel aurait reçu des fonds de la comptable de Liliane Bettencourt. Or, c’est là où les ennuis de Sérigny commencent, alors qu’il est conseiller pour l’économie, au cabinet de Woerth. Il est aussi le fondateur du W19, un club très fermé où se côtoient mécènes et soutiens de la carrière du député de l’Oise. Retour sur une manipulation dans laquelle, en toute bonne foi, est tombé le site Rue 89.

Nous sommes le 29 septembre 2010. Rue 89, le site dirigé par Pierre Haski publie un papier assassin sur Eric de Sérigny. D’abord le titre : "Sérigny, conseiller de Woerth, ange du paradis fiscal panaméen." Puis, après avoir présenté Sérigny comme "ami de Sarkozy et de Woerth", et lié au gestionnaire de fortune de l’actionnaire principale de l’Oréal, Rue 89 en vient à l’essentiel, en révélant qu’Eric de Sérigny a occupé, à la fin des années 80, les fonctions d’administrateur d’au moins 11 sociétés panaméennes détenues par des trusts aux Bahamas, aux Iles Vierges britanniques, aux Iles Caïman ou Jersey. Pour faire bonne mesure, le site publie un fac-simile qui semble attester que Sérigny est domicilié en 1987 à Saint-Hélier (Jersey). Toujours selon les documents publiés par Rue 89, il apparaît que ces sociétés offshore à la tête desquelles se trouve Eric de Sérigny - sans que sa signature et son état-civil ne soient mentionnés - comptent aussi deux directeurs au pedigree peu reluisant. Le premier, Keith R. Bish, domicilié aux Iles Vierges britanniques, est impliqué dans la faillite, à hauteur de 3,5 milliards de dollars, des fonds Kingate en 1994. Quant au second, Jean-Claude Schaeffer, toujours interrogé par Rue 89, ex-numéro de 2 de la Chase Manhattan Bank à Luxembourg, il se montre catégorique : il connait parfaitement Keith R. Bish et Sérigny, ce dernier rencontré lorsqu’il était vice-président de la Chase Manhattan Bank à Paris.

A la lecture de l’article, Eric de Sérigny "s’étrangle"… Comment lui, qui pendant plus de quarante ans, a eu une carrière exemplaire, de la banque Rothschild, au Crédit commercial de France en passant par la Llyods et la Chase Manhattan Bank, désormais dans le giron de JP Morgan, aurait-il pu déraper ? Comment lui, banquier apprécié par ses pairs aurait-il pu faire fi de ses obligations tant auprès de la SEC américaine que de la commission bancaire ? Oui, Alain de Sérigny ne comprend pas. Le ciel lui tombe sur la tête… Certes, nous sommes en pleine tempête Bettencourt, la presse se déchaine… Mais là, dans le papier de Rue 89, tout est faux. Alors, Eric de Sérigny va voir son avocat, Me Olivier Baratelli et décide de porter plainte pour faux et usage, faux commis dans des écritures publiques authentiques et usurpation d’identité. Puis, il dépose une plainte en diffamation contre le site de Pierre Haski et l’auteur de l’article David Leloup. Le banquier envoie également un droit de réponse à Rue 89…

 
Commentaires

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  • Par MONEO98 - 24/02/2016 - 09:38 - Signaler un abus Qui?

    y a plus de barbouzes chez nous c'était du temps du sac c'est comme l'affaire des comptes sarkozy au luxembourg....qui voulait la peau de Sarko en 2010?

  • Par raslacoiffe - 24/02/2016 - 11:19 - Signaler un abus Le procès en diffamation pour Rue 89

    C'est quand ? La même boutique que Médiapart, ils exploitent des faux dont ils sont à mon sens convaincus qu'ils sont faux, mais nuire à la droite ou à ses proches c'est tellement jubilatoire...

  • Par Benvoyons - 24/02/2016 - 12:09 - Signaler un abus raslacoiffe - 24/02/2016 - 11:19 Jamais! Les gens comme cela

    ne sont pas sur le Mur des Cons :)::))

  • Par Ganesha - 26/02/2016 - 01:00 - Signaler un abus Mensonges

    Si vous lisez attentivement cet article, vous y trouverez : ''La société JP Morgan Chase Bank, alors dénommée Chase Manhattan Bank , a commis une faute, en utilisant entre 1984 et 1988, à l’insu d’Eric de Sérigny , son nom pour le faire figurer…''. Il y a donc bien eu des documents de la banque, qui étaient authentiques, mais mensongers !

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à l'Express, chargé de l'investigation.

 

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée et La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut), et La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014).

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