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Les calculs de plus en plus visibles de Manuel Valls pour faire chuter Hollande et exploser la gauche en 2017

Déchéance de nationalité, remaniement et projet de loi El Khomri : rien ne va plus entre les deux têtes de l’exécutif. Ces tensions mettent à jour les stratégies des deux hommes, et notamment celle de Manuel Valls, dont l'objectif serait de faire échouer Hollande en 2017 pour s'imposer en 2022.

Meurtre politique

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En se démarquant des positions du président de la République, notamment sur la déchéance de nationalité et les questions d'ordre économique (loi Macron, projet de loi El Khomri), que peut-on en déduire de la stratégie de Manuel Valls ? Qu'en est-il de celle de François Hollande ?

Jean-Sébastien Ferjou : Tout laisse à croire que Manuel Valls est disposé à faire échouer, par tous les moyens, la réélection de François Hollande en 2017 pour mieux jouer deux cartes. La première de ces cartes est celle de sa candidature pour 2022, la seconde celle de la recomposition de la gauche. Il semblerait donc que Manuel Valls ne joue pas contre François Hollande pour 2017, faisant davantage le constat suivant : le seul moyen pour lui d’être élu serait que le PS, tel qu’on le connaît à l’heure actuelle, n’existe plus. En faisant ce constat, il semblerait que Valls veuille éviter le piège qui s’est refermé sur François Fillon. En effet, ce dernier, en restant Premier ministre durant l’intégralité du quinquennat de Sarkozy, s’est trouvé dans une posture délicate lorsqu’il s’est agi pour lui de faire un inventaire très sévère de la politique de Sarkozy, alors même qu’il en avait été l’artisan pendant cinq ans.

Pour continuer dans la comparaison avec François Fillon, contrairement à ce dernier, Manuel Valls ne cherchera pas à se distinguer en termes de ligne politique. Il n’y a qu’à se rappeler la campagne menée par l’actuel Premier ministre lors des primaires de 2012, basée ouvertement sur une ligne sociale-libérale contrairement à François Hollande.

Ainsi donc, si l’on revient au cas de Manuel Valls, ce dernier agit comme s’il voulait prouver que l’échec du quinquennat Hollande, puisqu’il sait très bien que c’est précisément cela qui lui sera opposé après 2017, ne serait pas dû à des lignes politiques sociales-libérales mises en œuvre durant ce quinquennat, mais à la méthode Hollande : celle de la synthèse, celle qui vise à vouloir constamment "ménager la chèvre et le choux". C’est là-dessus que la stratégie très offensive de Manuel Valls constatée ces derniers jours prend son sens. Si l’on reprend notamment ses prises de position très dures à l’égard des syndicats, alors que ces derniers sont vent debout contre ce projet de loi, que la CFDT habituellement beaucoup plus encline à accepter les réformes et les compromis est elle aussi très opposée au projet de loi El Khomri, on peut affirmer que la stratégie de Valls consiste à pousser la gauche de la gauche, les syndicats notamment, à la faute. En faisant cela, il pourra ainsi dire que l’échec du quinquennat Hollande est dû aux empêchements de la gauche de la gauche vis-à-vis des réformes sociales-libérales. C’est à cet endroit précis qu’on constate le  piège que Manuel Valls est en train de tendre à François Hollande. Ce piège permettrait ainsi à Manuel Valls de faire vivre sa ligne sociale-libérale en recomposant donc entièrement la gauche.

D’ailleurs, selon des bruits de couloir entendus ces derniers jours, il semblerait que François Hollande ait pleinement conscience de cette stratégie développée par Manuel Valls. Car le Président sait parfaitement qu’avant même de rassembler des électeurs de droite au second tour face éventuellement à Marine Le Pen, il lui faudra d’abord accéder à ce second tour, et pour cela, être en mesure de récupérer les voix des électeurs de gauche. Or, Manuel Valls est en train de mettre François Hollande dans une stratégie qui ne permettrait pas ce scénario. Tout se passe donc comme si Manuel Valls misait sur une défaite de François Hollande en 2017et l’explosion de la gauche due à une humiliation de son élimination au premier tour. 

>>> A lire aussi : Comment Manuel Valls monte au créneau pour faire porter tous les échecs du quinquennat à la gauche du PS

Yaël Goosz : Cette situation de tensions entre l’un et l’autre constitue, à mon avis, un jeu de rôles qui convient parfaitement à François Hollande, qui est un social-libéral, faisant ainsi porter le chapeau de cette ligne directrice à son Premier ministre, celui-ci ayant recours à un verbe plus direct et affirmé que le Président dont le langage est toujours polissé. On l’a encore vu il y a 10 jours à Munich lors de la réunion sur la crise des réfugiés au cours de laquelle Manuel Valls a clairement dit à Angela Merkel que l’Europe ne pouvait plus accueillir davantage de réfugiés et qu’il refusait le système de répartition souhaité par l’Allemagne ; et François Hollande de dire, quelques jours plus tard sur France Inter, la même chose, avec des mots plus atténués, en parlant de l’accueil de 30 000 réfugiés comme une limite qui ne sera pas dépassée. En partant de ce constat, on pourrait même aller jusqu’à se demander si Hollande ne souhaite pas devenir le Gerhard Schröder français avec notamment le projet de loi El Khomri, dans l’éventualité où il ne consentirait pas à des arrangements de ce projet, notamment avec les syndicats. Dans l’éventualité de cette attitude du Président, celui-ci sacrifierait ainsi sa réélection pour 2017 au profit d’une loi dont les effets positifs se feraient sentir d’ici plusieurs années. Mais nous sommes encore au début du processus concernant ce projet et il est encore trop tôt pour affirmer avec certitude ces hypothèses. Ce que l’on peut dire en tout cas concernant la stratégie véritable de François Hollande, c’est qu'elle est difficilement lisible à l’heure actuelle : on passe d’un remaniement en direction de la gauche et de ses fondamentaux, pour enchaîner peu de temps après avec le projet de loi El Khomri. Ce comportement brouille les pistes, d’autant plus que le projet de loi El Khomri, par sa nature social-libérale, se démarque absolument de la ligne politique défendue en 2012.

Pour Valls, à l’inverse, un refus de ce projet de loi pourrait marquer son départ du gouvernement, accusant la gauche de la gauche de cet échec et provoquant ainsi l’implosion de la gauche. Ce scénario lui permettrait ainsi un retour en tant que refondateur de la gauche suivant sa ligne sociale-libérale et se tenir ainsi prêt pour la présidentielle de 2022. D’ailleurs, il est intéressant de rappeler qu’à peine quelques jours après le remaniement, Manuel Valls était dans son fief de l’Essonne, à Evry, en meeting avec Carlos Da Silva, au cours duquel il a réitéré sa vision de la gauche à l’heure actuelle : une gauche divisée entre deux gauches irréconciliables, celle qui gouverne et assume, et celle qui s’oppose. Par cette déclaration, il affirme son existence dans le paysage politique français comme candidat à la présidentielle de 2022. Selon sa conception de la gauche, il y a, pour Manuel Valls, une place à occuper au centre. Il n’a jamais compris les bâtons mis dans les roues de François Bayrou par Martine Aubry à Pau lors des législatives de 2012. C’est là que constitue la faute originelle pour Valls : il aurait fallu laisser Bayrou gagner pour pouvoir éventuellement construire avec lui par la suite. 

Jean Petaux : J’ai le sentiment que les différences entre Hollande et Valls, sur les questions que vous évoquez, sont plus des différences de forme que de fond. Ce sont aussi des différences de postures incontestablement. Il faut toujours avoir à l’esprit que les relations au sommet de l’Etat, en France, depuis 1958 entre le président de la République et son Premier ministre sont absolument absurdes. Elles sont conçues comme une sorte de supplice chinois permanent. Il y a fort peu de régimes politiques où a ainsi été conçue une machinerie institutionnelle transformant le chef du gouvernement en une sorte de punching ball destiné à être tout à la fois un "fusible" (c’est lui qui doit griller pour éviter un court-circuit général qui affecterait le chef de l’Etat) ; un "intendant" (il "gouverne" et a autorité sur l’administration et sur les ministres qu’il propose à la nomination du président) ; un "souffre-douleur" (il doit accepter sans broncher que le " PR " - comprendre le président de la République – lui fasse subir les pires avanies, humiliations, contradictions, capitulations, etc.) et peut même se " faire pourrir " quotidiennement par tel ou tel conseiller du président ou " ministre ami " du président, qui " oublient " même de l’informer des coups tordus qu’ils lui réservent. En d’autres termes, quand certains observateurs, très fins, comme Bruno Dive ou Françoise Fressoz, parlent de " la malédiction de Matignon ",  ils n’ont pas tort du tout. Il est dans l’ordre des choses politiques que, passés les premiers " feux de l’amour " au niveau de la diarchie (le couple président de la République – Premier ministre) chacun (et surtout le second du binôme) pense aux conditions de sortie de ce mariage plus de raison que de passion. On assiste à cela en ce moment, Même si Manuel Valls n’ambitionne pas de se présenter en 2017,  il se pourrait que les fameuses " circonstances " - terme cher à Georges Pompidou justement en 1968 – 1969 dans la perspective de " l’après de Gaulle " l’y poussent. Si tel n’est pas le cas,  l’actuel Premier ministre a forcément les yeux sur la ligne d’horizon de 2022… Il lui faut donc faire en sorte que les conditions de sa fin de mandat à Matignon ne soient pas totalement irrécupérables aux yeux de l’Histoire. De ce point de vue-là, ses intérêts sont liés à ceux du Président, même si les échéances ne sont pas les mêmes. Pour faire simple « François et Manuel sont dans le même bateau…Si François tombe à l’eau trop tôt ou trop brutalement, Manuel ira aussi ! »… Et pas certain qu’il remonte à la surface s’il se prend, en plus de sa chute dans l’eau, un coup de rame plus que sévère sur le crâne… D’où peut-être, la volonté chez Valls de ne pas prendre toute sa part du boulot actuel…

 
Commentaires

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  • Par vauban - 24/02/2016 - 07:56 - Signaler un abus Petaux:0/20

    HORS SUJET !

  • Par Benvoyons - 24/02/2016 - 11:08 - Signaler un abus Mais un Roquet Catalan n'est pas un rassembleur

    loin s'en faut :)::))

  • Par Anguerrand - 24/02/2016 - 11:58 - Signaler un abus Ces deux la s'aiment

    Hollande ne pensait jamais que Valls le torero le devancerait. Le problème de Hollande c'est qu'il se croit supérieur à tout le monde. Heureux sont les imbéciles

  • Par Borgowrio - 24/02/2016 - 14:10 - Signaler un abus Avocat du diable

    Loin de moi l'idée de me faire l'avocat de Valls , mais je ne pense pas que celui ci prendrait le risque , en torpillant Hollande de torpiller la gauche pour toujours . Au contraire il est conscient qu' aucune réforme structurelle n'ayant été faites , l'urgence est de tenter un électrochoc pour éviter un bilan désastreux . Ce n'est pas gagné , mais lui il comprend que c'est une question de vie ou de mort pour le socialisme à la française .

  • Par cdealbuquerque - 24/02/2016 - 17:23 - Signaler un abus Giscard n'a pas été la première femme présidente

    Valéry Gisgard d'Estaing, pas Valérie Gisgard d'Estaing.

  • Par vangog - 24/02/2016 - 23:03 - Signaler un abus Et pendant un an...

    les science-pipologues, les médiocres politologues biberonnés à la pensée unique, et autres journaleux suiveurs, vont s'interroger sur les chances de Flamby et de Valls pour la Présidentielle!...alors qu'il y a urgence pour la France à éviter le déclin gauchiste, ces Médecins de Molière ressortent leur vieux double-décimètre gauche-droite, pour tenter de savoir si l'un se rapproche de l'extrême-gauche du socialisme, ou s'il cherche à séduire l'extrême-droite du centre, ou s'il reste centré sur ses courbes non inversées...pfffft...Pitoyable et minable!

  • Par Gordion - 25/02/2016 - 06:39 - Signaler un abus @Y.Goosz

    ...Hollande se prenant à devenir le Schröder français? Vous plaisantez, j'espère?

  • Par Deudeuche - 25/02/2016 - 20:09 - Signaler un abus OSEF

    On S'En Fout

  • Par janckroirien - 29/02/2016 - 11:26 - Signaler un abus Le seul ...

    l'unique ennemi de la France et des autres pays du monde c'est le socialo-communisme encore appelé gauche...inévitablement maladroite c'est le moins que l'on puisse dire sans jeux de mots.

  • Par kronfi - 07/04/2016 - 14:37 - Signaler un abus ces types sont comme dans le film la chute

    même le dernier mois , ils y croiront encore... et leurs petits calculs ne changeront rien.. Valls est autant grille que hollande... La place est a Macron... autre stature liberale sociale, que l'aboyeur a la main tremblante qu'est Valls...

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Yaël Goosz

Yaël Goosz est le chef du service Politique de France Info. 

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Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ». Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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