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Les calculs de plus en plus visibles de Manuel Valls pour faire chuter Hollande et exploser la gauche en 2017

Déchéance de nationalité, remaniement et projet de loi El Khomri : rien ne va plus entre les deux têtes de l’exécutif. Ces tensions mettent à jour les stratégies des deux hommes, et notamment celle de Manuel Valls, dont l'objectif serait de faire échouer Hollande en 2017 pour s'imposer en 2022.

Meurtre politique

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Les calculs de plus en plus visibles de Manuel Valls pour faire chuter Hollande et exploser la gauche en 2017

Atlantico : Ce mardi matin, sur RTL, à la question de savoir si Manuel Valls était en train de préparer "l'échec électoral de François Hollande" en 2017, le Premier ministre a répondu : "Drôle d'analyse : Moi, je ne pense pas à un horizon électoral, je ne pense pas forcément uniquement à la gauche même si j'en suis, mais je pense d'abord aux Français." En ne répondant pas par un "non" franc et massif à la question posée, celle du "meurtre politique" de François Hollande, le Premier ministre n'entretient-il pas les soupçons contenus dans la question ?

Jean-Sébastien Ferjou : En entendant cette interview, et même si la manœuvre ainsi orchestrée par Valls était habile, on est en droit de se demander s’il n’est pas entré dans une stratégie sanglante vis-à-vis du Président.

Si l’on considère le débat public sur la loi El Khomri, on constate que le Premier ministre est sur une ligne nettement plus offensive que celle de François Hollande, ce dernier ayant cherché l’apaisement, comme à son habitude, vendredi soir dernier sur France Inter, en rappelant qu’il ne s’agissait absolument pas de demander des sacrifices aux Français, ni aux salariés. De son côté, Manuel Valls, même s’il a tenu des propos sensiblement similaires, est monté d’un cran dans sa stratégie de la terre brûlée. Cette stratégie va même plus loin, et revêt les caractéristiques de la rupture : on le voit bien lorsque Matignon a fait rajouter, dans l’interview de Myriam El Khomri parue la semaine dernière dans Les Echos, la mention au recours à l’article 49.3, ou bien encore lorsque Manuel Valls a soutenu qu’il existait deux gauches, celle du XIXème siècle et celle du XXIème siècle, renforçant cette dernière affirmation en avouant la semaine dernière qu’il y a une gauche avec laquelle il n’est pas possible de s’entendre. On peut donc en venir à se poser la question, comme l’a fait RTL, sur ses intentions vis-à-vis du Président.

Ce qui est frappant également dans les rapports entre Manuel Valls et François Hollande ces derniers jours, ce sont les affirmations de leur entourage respectif sur les considérations psychologiques de l’un et de l’autre. On a pu entendre des confidences en provenance de Matignon selon lesquelles le président de la République aurait été tellement abasourdi par les attentats du 13 novembre que ce dernier aurait été porté à bout de bras par le Premier ministre le soir-même. A cela, l’Elysée aurait rétorqué il y a peu par des affirmations sur des considérations à propos de l’état de nervosité, voire presque de déséquilibre de Manuel Valls, à quoi se serait d'ailleurs laissé aller notamment Emmanuel Macron.

Yaël Goosz : Entre les deux hommes, cette situation de tension est une constante depuis que Valls est au gouvernement. La principale raison est que le Premier ministre a régulièrement cherché à imprimer sa ligne : une gauche rénovée, modernisée, recomposée. Il ne cesse de prôner la création d'une nouvelle maison commune, sous l’appellation des "progressistes" énoncée pour la première fois en 2014 lors de sa venue au Congrès des radicaux de gauche. Il n'y a donc rien de nouveau dans la nature de ces tensions liées à deux conceptions différentes de la gauche, différence marquée depuis son arrivée à Matignon. Ces épisodes de tension depuis la nomination de Manuel Valls en tant que Premier ministre sont, il faut le dire, hystérisés par les entourages des deux hommes : on a pu le constater lors du débat sur la déchéance de nationalité, au cours duquel l’entourage de Hollande a accusé Manuel Valls d’avoir poussé le Président à la faute en affirmant la déchéance de nationalité pour les binationaux devant la représentation nationale réunie en Congrès à Versailles le 16 novembre dernier. Il s’agissait, là, dans la stratégie de Valls, de préserver l’unité nationale en évitant l’éloignement de la droite et en évitant que celle-ci ne lui fasse un procès trop tôt. Les tensions ont gagné en intensité avec le remaniement qui a constitué une double humiliation pour Valls : le retour de Jean-Marc Ayrault par la grande porte sur un domaine vis-à-vis duquel le Premier ministre a peu d’emprise (les Affaires étrangères) et en même temps sous l’autorité de son ennemi juré entre 2012 et 2014, il faut quand même le souligner ; et l’éviction de Fleur Pellerin, amie de Manuel Valls, remplacée par une proche de François Hollande à la Culture, Audrey Azoulay. Enfin, si l’on considère la toute récente affaire du projet de loi El Khomri, on peut affirmer que la mention du recours à l’article 49-3 a été agitée par Matignon, et non pas par El Khomri, qui a d’ailleurs fait pression sur le cabinet de cette dernière pour que l’interview devant être publiée dans Les Echos soit modifiée afin de faire référence à ce recours.

Comme je l’ai dit plus haut, ce qui est au cœur de ces tensions entre Valls et Hollande, ce sont leurs conceptions différentes de la gauche. Bien que François Hollande soit davantage le défenseur d’un logiciel assez traditionnel, il est malgré tout difficile de savoir précisément ce que contient ce logiciel, ce qu’il pense exactement aujourd’hui. Il dit tout de même, à l’heure actuelle, que la sécurité ne fait pas une politique de gauche. Egalement, l’idée de recomposer la gauche, notamment en direction des centristes, ne lui parle pas : en témoigne son remaniement orienté en direction des radicaux de gauche et des écologistes. Ce bloc de gauche lui est indispensable pour dépasser les 20% au premier tour de la présidentielle de 2017. Pour lui, il s’agit d’éviter un scénario comme Jospin en 2002, celui-ci s’étant retrouvé alors face un candidat écologiste et un candidat des radicaux de gauche. Face à la volonté de réforme et de modernisation de la gauche promue par Valls, Hollande se montre ironique, comparant d’ailleurs le Premier ministre à Michel Rocard qui prônait le " Big Bang " de la gauche sur le modèle de la " recomposition " du PS défendue par Valls. 

Jean Petaux : Le fait que Manuel Valls n’apporte pas un vigoureux et formel démenti à cette " leading question " ne signifie rien de particulier. S’il s’était drapé dans une indignation hautement et fortement exprimée d’aucuns n’auraient pas manqué de relever qu’il en faisait trop et que sa vertu (politique) offensée était bien le signe que s’il n’avait eu rien à se reprocher, il l’aurait " joué " plus sobre.

En réalité la situation est plutôt originale et cette configuration s’est fort peu présentée sous la Vème République. A 14 mois du premier tour de la présidentielle de 2017, la question de la candidature du Président sortant à un nouveau mandat se pose avec de plus en plus d’incertitudes quant à la réponse. Si on regarde bien le passé, on ne rencontre guère une situation comparable, à la même échéance. Pour avril 1981 il est clair, en février 1980, que Valérie Giscard d'Estaing va se présenter pour un second septennat. Raymond Barre, son Premier ministre, est " en salle des machines " et ne montre aucune ambition particulière. En février 1987, il est tout aussi évident que François Mitterrand va tenter un second septennat. La cohabitation, première du genre, a déjà, aux trois-quarts, rincé Jacques Chirac, à Matignon ;  les 14 prochains mois qui s’annoncent vont être consacrés à le " sécher "… En février 2001, pendant la seconde cohabitation, Lionel Jospin, Premier ministre, est plus usé qu’il n’en a l’air. La fameuse " dream team " de 1997 a perdu quelques-unes de ses têtes d’affiche (DSK a dû démissionner) et Jean-Pierre Chevènement est déjà rentré en dissidence en claquant la porte du ministère de l’Intérieur en août 2000. Le poison du 21 avril infuse… Jacques Chirac est en train, lentement et sûrement, de se remettre en position de gagner en mai 2002.

En fait aussi bien en février 2006 qu’en février 2011 (deux cas où nous ne sommes pas en cohabitation), jamais un Premier ministre n’a été non plus en situation d’apparaître comme une carte crédible pour la présidentielle à venir 14 mois plus tard. En 2006, Chirac l’a espéré très fort, pensant que Dominique de Villepin " ferait le job " en allant contrecarrer les ambitions de Nicolas Sarkozy. En réalité, il a juste joué au bellâtre sur la plage de La Baule… sans plus. En 2011, ce n’est pas Fillon qui allait menacer en quoi que ce soit alors le président sortant. Autrement dit, si Manuel Valls se trouve ainsi en situation aujourd’hui d’apparaître comme une sorte d’alternative à la candidature logique de François Hollande, cela est tout autant provoqué par la dépression sondagière (massive) du second qu’à l’ambition présidentielle (qui est néanmoins réelle) du premier.

 
Commentaires

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  • Par vauban - 24/02/2016 - 07:56 - Signaler un abus Petaux:0/20

    HORS SUJET !

  • Par Benvoyons - 24/02/2016 - 11:08 - Signaler un abus Mais un Roquet Catalan n'est pas un rassembleur

    loin s'en faut :)::))

  • Par Anguerrand - 24/02/2016 - 11:58 - Signaler un abus Ces deux la s'aiment

    Hollande ne pensait jamais que Valls le torero le devancerait. Le problème de Hollande c'est qu'il se croit supérieur à tout le monde. Heureux sont les imbéciles

  • Par Borgowrio - 24/02/2016 - 14:10 - Signaler un abus Avocat du diable

    Loin de moi l'idée de me faire l'avocat de Valls , mais je ne pense pas que celui ci prendrait le risque , en torpillant Hollande de torpiller la gauche pour toujours . Au contraire il est conscient qu' aucune réforme structurelle n'ayant été faites , l'urgence est de tenter un électrochoc pour éviter un bilan désastreux . Ce n'est pas gagné , mais lui il comprend que c'est une question de vie ou de mort pour le socialisme à la française .

  • Par cdealbuquerque - 24/02/2016 - 17:23 - Signaler un abus Giscard n'a pas été la première femme présidente

    Valéry Gisgard d'Estaing, pas Valérie Gisgard d'Estaing.

  • Par vangog - 24/02/2016 - 23:03 - Signaler un abus Et pendant un an...

    les science-pipologues, les médiocres politologues biberonnés à la pensée unique, et autres journaleux suiveurs, vont s'interroger sur les chances de Flamby et de Valls pour la Présidentielle!...alors qu'il y a urgence pour la France à éviter le déclin gauchiste, ces Médecins de Molière ressortent leur vieux double-décimètre gauche-droite, pour tenter de savoir si l'un se rapproche de l'extrême-gauche du socialisme, ou s'il cherche à séduire l'extrême-droite du centre, ou s'il reste centré sur ses courbes non inversées...pfffft...Pitoyable et minable!

  • Par Gordion - 25/02/2016 - 06:39 - Signaler un abus @Y.Goosz

    ...Hollande se prenant à devenir le Schröder français? Vous plaisantez, j'espère?

  • Par Deudeuche - 25/02/2016 - 20:09 - Signaler un abus OSEF

    On S'En Fout

  • Par janckroirien - 29/02/2016 - 11:26 - Signaler un abus Le seul ...

    l'unique ennemi de la France et des autres pays du monde c'est le socialo-communisme encore appelé gauche...inévitablement maladroite c'est le moins que l'on puisse dire sans jeux de mots.

  • Par kronfi - 07/04/2016 - 14:37 - Signaler un abus ces types sont comme dans le film la chute

    même le dernier mois , ils y croiront encore... et leurs petits calculs ne changeront rien.. Valls est autant grille que hollande... La place est a Macron... autre stature liberale sociale, que l'aboyeur a la main tremblante qu'est Valls...

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Yaël Goosz

Yaël Goosz est le chef du service Politique de France Info. 

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Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ». Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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